Avertissement : une longue histoire

cachez ce préservatif que je ne saurais voir

Ouvrons un livre au hasard et tombons au moment précis où les deux héros, quel que soit leur sexe, s’apprêtent à passer un peu sérieusement à l’action.
Je ne vais pas vous détailler, vous êtes tous grands et adultes, vous savez comment les choses se passent.
Partons du principe que le consentement était éclairé, que le type n’est pas un psychopathe qui a torturé mentalement et physiquement sa victime, que tout va bien dans le meilleur des mondes.
Il y a souvent un truc qui fait masse, comme disent les électriciens ou le regretté Alain Bashung.
Le port du préservatif.
Reprenons notre livre au hasard, et appelons-le « 50 nuances de marquage au fer rouge à Panama sur la croix de feu », (je ne parle pas des croix de feu de sinistre mémoire, nous rappelant les zheureslesplussombresdenotrehistoire). Que voyons-nous, astucieux lecteur ?
Comme tu es un astucieux lecteur, tu m’objecteras intelligemment : « ben justement, Marlène, là est le souci : on ne voit rien. Du moins, rien sur le pénis du gars, et ceci que son partenaire soit un homme, une femme ou un transgenre. Rien du tout. Le gars a négligé la capote et sa/son partenaire a tout autant négligé de lui dire : « pas de capote, tu remballes, gars ! »

le problème des conduites à risques dans les livres

En tant qu’auteure, il m’arrive plus souvent qu’à mon tour d’oublier de coiffer la virilité de mes personnages d’une capote. Pourtant, c’est un des points auxquels je tiens beaucoup et j’ai bien peur que dans mes textes futurs, cela m’arrive, à nouveau. Je vais donc, tel un Perceval à l’assaut du Graal, me lancer sur la piste de « comment résoudre le problème des conduites à risque dans les livres ? »

les trigger warnings : une solution

Nous arrivons donc, par ce biais, à l’épineuse question des trigger warnings.

Si je peux me permettre de parler de mon expérience personnelle, je ne m’attendais absolument pas, quand mon premier livre est sorti, d’avoir des témoignages de lecteurs, me disant qu’il avait remué en eux des traumatismes d’adolescence. C’est certes, flatteur, mais perturbant. Aurais-je dû mettre un « trigger warning » en première page ? Probablement. Je suis absolument incapable de juger un livre portant sur l’alcoolisme féminin. J’ai mis des mois à me remettre de « il faut qu’on parle de Kévin » car mon fils avait le même âge. L’avantage des triggers warning est qu’au moins, le lecteur sait où il met les pieds et le lit en conscience. L‘inconvénient est que ça nuit à l’effet de surprise qui est tout de même l’intérêt premier d’un récit bien mené.

Si donc, amis auteurs, vous oubliez de faire enfiler une capote à vos héros, les triggers warning offrent trois solutions :

  • Spécifier au début du livre que vos héros vivent dans un monde idéal où les MST n’existent pas et que donc, ils peuvent folâtrer avec qui bon leur semble, voire à plusieurs, sans aucun risque de mourir dans d’atroces souffrances.
  • Spécifier au début du livre que TOUTES les actions, de nature sexuelle, même celles où ce n’est pas précisé, se font avec une capote.
  • Mettre en scène un couple ensemble de longue date, monogame, qui ne va pas voir ailleurs et donc, n’a pas besoin de capotes.

Note admin : nous allons proposer des extraits ou des exemples de ces avertissements ou trigger warnings pour illustrer cet article.

 


Marlene Jones

Marlene Jones est une auteure de romans M/M publiée aux éditions Textes Gais, L’Ivre Book, Evidence et Belphégor.


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Yaoi : Briser les vieux clichés

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Yaoi =/= Guide du sexe

Ceci est un article de Jason Crow.

Nombre de jeunes gays découvrent le sexe via les yaoi

Avant de commencer cet article, je voudrais préciser quelque chose : j’aime les yaoi. Les yaoi bien écrits, bien dessinés, m’attirent toujours autant que quand j’étais ado. Mon préféré ? Maiden Rose. Ceux que j’aime le moins ? Junjou Romantica et Sekaiichi Hatsukoi. Pourquoi ? Parce que Maiden Rose, en plus d’avoir une histoire originale, ne dépeint pas le viol comme quelque chose de romancé. Ce qui arrive à Taki est clairement montré comme quelque chose de mal et Klaus finit par comprendre – avec horreur – qu’il s’est conduit comme un porc. Les deux hommes s’aiment, oui, mais ça n’excuse pas tout. Ce n’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on lui doit notre corps et notre âme. Un être humain n’est pas un objet dont on peut disposer sans se soucier des conséquences. Votre partenaire ne vous appartient pas. Seulement, dans nombre de yaoi (attention, je suis auteur de yaoi entre autres choses et je ne considère pas le yaoi comme une tare en soi, c’est juste les messages qui me hérissent un peu le poil), on retrouve quelques vieux clichés plutôt dangereux.

  1. Le viol c’est de l’amour.
  2. Le viol, c’est du BDSM.
  3. Non veut dire oui.
  4. Le sexe sans préparation aucune n’est pas dangereux.
  5. La capote ? C’est pour les idiots.

Prenons Sekaiichi Hatsukoi. Un personnage en viole un autre. Le sexe ? No condoms, no preparation. Tout ça présenté sur fond de romance et de musique douce. Je n’ai rien contre l’auteur mais c’est quelque chose qu’on retrouve dans la plupart de ses livres et ça me dérange d’autant plus que nombre d’adolescents gays découvrent le sexe via les yaoi et beaucoup de jeunes filles partent du principe qu’elles sont des alliées de la communauté LGBT parce qu’elles lisent/dessinent du yaoi. La plupart du temps pourtant, elles ont une vision absolument terrifiante des gays. J’ai déjà entendu des choses telles que ‘tu top ou tu bottom’ ou ‘un mec qui dit non pendant l’amour c’est sexy’.

Euh… Non.

Parlons d’un incident survenu il y a peu à une convention où se trouvait le cast de la série Gotham. Des fans, adeptes de fanfiction gay et de yaoi, sont allées voir Robin Lord Taylor, l’acteur gay qui joue Oswald Cobblepot et qui est connu pour être extrêmement timide et anxieux et elles lui ont demandé de signer une photo sur laquelle était marqué le mot « Nygmopowerbottom ». Pour ceux qui l’ignorent, Nygmobblepot est le nom du pairing Nygma/Cobblepot. Oswald et Edward. C’est mignon. Ce qui est moins mignon, c’est le coup du powerbottom qui fait référence à quelque chose de très sexuel.

Soyons clairs : que les gens aient des fantasmes, c’est une chose. Mais qu’ils les montrent à un acteur qu’ils savent mal à l’aise en public et qui est très pudique quant à sa vie privée avec son mari ? Nope. Ca ne se fait pas. Et elles trouvent que c’est normal parce que dans les yaoi et les fanfictions, ça marche comme ça.

Et pour revenir aux jeunes gays qui découvrent le sexe dans les yaoi…

Ok, ces filles étaient peut-être juste très mal élevées. Je suis d’accord. Mais ça reste perturbant parce qu’elles justifient leurs actions en disant que dans les livres c’est normal. Et elles ne sont pas les seules à penser ainsi : des jeunes gays découvrent le sexe dans les yaoi, je l’ai dit plus haut. Or, dans les yaoi :

  1. Pas de préparation ou peu
  2. Pas de nettoyage
  3. Pas de préservatifs

Il y a comme qui dirait un petit souci. Je l’ai déjà dit dans un précédent article, c’est un coup à se retrouver avec des choses pas très propres et du sang sur soi et quelqu’un sera blessé. Soyons clairs : un anus ne se lubrifie pas tout seul. Un anus est fragile. Une prostate est fragile. Un anus peut se déchirer. Un anus, ce n’est pas propre.

Et accessoirement, quand quelqu’un dit ‘non’ ou ‘stop’, il est temps d’arrêter. Ce n’est pas sexy. Le viol n’est pas sexy. Une tentative de viol n’est pas sexy. Si votre partenaire vous dit qu’il ne veut pas, qu’il n’aime pas ce que vous êtes en train de lui faire, arrêtez.

Silence =/= Consent 

Il arrive que la victime se freeze complètement et soit incapable de bouger, de parler, de réagir. Dans les yaoi, on retrouve parfois cette notion et le violeur s’en sert pour dire  » tu n’avais qu’à dire non ». Victim blaming, much ? Le silence n’est pas une preuve de consentement.

Erection =/= Consent

De la même façon qu’une femme peut jouir pendant un viol (ce qui rend l’expérience encore plus traumatisante), un homme peut avoir une érection et même une éjaculation pendant un viol. Une réaction physique n’est pas une preuve de consentement. La seule preuve de consentement qui ait une réelle importance, c’est celle que vous donne votre partenaire, un ‘oui’ franc et net, un ‘je suis d’accord avec ce que nous allons faire’.

Petit conseil

Il n’y a aucune honte à demander à votre partenaire s’il souhaite faire l’amour ou s’il veut seulement se limiter à quelques caresses, peut être une petite fellation. Et il n’y a aucun mal à être prudent. Demandez à votre partenaire comment il se sent pendant l’acte. Communiquez. Je sais, je sais, dans les yaoi, il est rare que le ‘dominant’ (les rôles peuvent s’inverser de temps en temps, un actif peut faire le passif et vice-versa) se montre aussi prudent. Mais vous n’êtes pas un personnage de manga. Alors prudence. Et par pitié, ne croyez pas qu’un anus s’élargit au fur et à mesure des rapports. Votre anus retrouvera toujours son étroitesse originale au bout du compte. C’est une barrière de muscles très fragile. Alors dooooucement cow-boy. On n’est pas au rodéo.

Oh et en ce qui concerne le lubrifiant ? La salive n’est PAS un lubrifiant. Voilà. Rien ne vaut le bon vieux lubrifiant classique, même si c’est cher. Quand j’étais jeune, j’ai tenté l’huile d’olive. Oui ? Bah ça fait mal et c’est très con. Et pitié, pitié, si vous n’êtes pas sûr que votre partenaire soit clean, utilisez un préservatif. Quant au nettoyage, ça ne prend pas longtemps et ça rend tout beaucoup plus agréable.

En conclusion

Un yaoi n’est pas un guide du sexe. Un yaoi est une oeuvre de fiction et comme toute oeuvre de fiction, un yaoi peut être franchement peu réaliste. Est-ce qu’un yaoi est une mauvaise chose ? Non. Loin de là. Mais un yaoi n’est pas la vraie vie.

Renseignez-vous. Posez des questions. Soyez prudents.

Et… Enjoy !


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Age of consent =/= consent

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Ou l’importance de définir la limite entre fiction et réel

Ceci est un article de Jason Crow.

En France, l’âge de consentement légal pour un mineur est de 15 ans. Au Japon, 13 ans. En Amérique, entre 16 et 18 selon les États. L’âge de consentement légal pour un mineur varie selon les pays et les mœurs et on ressent, dans certaines culture, une certaine pudibonderie à l’idée même qu’un ado de quinze ans puisse avoir des hormones. En Amérique par exemple, on est choqué par les âges de consentement français et japonais. Et les YAOI où figurent de jeunes ados font scandale dans le monde entier. Prenons Boku no Pico par exemple. Oui, je l’ai regardé, par curiosité et j’en suis ressorti un peu… marqué, dirons-nous, peut-être parce qu’un gamin de dix-quatorze ans n’a rien, mais alors rien à faire avec un adulte d’une vingtaine d’années dans une position sexuelle et qu’il est clairement suggéré que Pico ne sait pas ce qu’il fait dès le début de l’anime. Il le sait après bien sûr, il devient même un peu dévergondé, mais au début, non. Et c’est ça mon problème majeur avec certains manga et YAOI : qu’un ado soit en âge de faire l’amour, c’est une chose. Bon, dans le cas de Pico, on dirait qu’il a dix ans. Mais on va dire qu’il en a quatorze.

Bref. Prenons un manga shota classique. Généralement, un jeune – très jeune – ado rencontre un adulte. Ils font l’amour, l’ado ne comprend pas ce qu’il se passe mais il aime ça alors il en redemande. Tout comme le vieux cliché du « le viol c’est de l’amour », cette représentation quelque peu perverse des enfants a tendance à me hérisser le poil. Encore une fois, qu’un ado soit en âge de faire l’amour c’est une chose mais ça ne veut pas dire qu’il en a nécessairement envie ou qu’il sait comment ça fonctionne et surtout, il n’est pas sensé le découvrir entre les bras d’un adulte qui lui, sait clairement ce qu’il fait et que si ils se font attraper, il finira en prison.

Bon, après, il y a des ados qui ont réellement des relations avec des adultes me direz-vous. Mais c’est là que la limite du bon sens intervient : normalement, l’adulte doit dire « NON ».

Or, dans les manga type shotacon (je crois que c’est le bon terme ?), l’adulte provoque, l’adulte est content et le gamin… Le gamin finit par se dire que tout est normal.

Aujourd’hui, une personne m’a dit qu’il avait été abusé sexuellement par un pédophile qui adorait ce genre de manga et qui lui disait sans arrêt que tout était normal. Bah oui ! C’est comme ça dans les livres.

Personnellement, ça m’arrive d’écrire des romans montrant deux ados ensemble ou un ado de seize ou dix-sept ans avec un adulte. Mais JAMAIS dans une position sexuelle. Et surtout, surtout, il y a la notion de consentement. Prenons le cas de Levi par exemple. Levi a été violé par un homme qui lui a fait croire que ce qu’il lui faisait était du BDSM et que c’était normal, que c’était de l’amour. Venu faire les prélèvements pour un kit de viol, Haise (vingt ans), s’occupe du garçon de seize ans. Plus tard, en parlant avec lui, il s’attache à lui et finit par en tomber amoureux. Mais Levi aussi est amoureux. Et il est clair qu’ils ne coucheront pas ensemble avant que Levi soit majeur, tout simplement parce que, même s’il a la majorité sexuelle, Levi n’est pas prêt mentalement pour une relation sexuelle. Il est dans une relation amoureuse polygame avec Haise et son compagnon, Robin (trente et un ans), parce qu’il a envie d’être avec eux, mais il ne couche pas avec eux. Il pourrait. L’âge de consentement en France le permet. Mais il n’est pas prêt.

Je ne dis pas que tous nos personnages adolescents doivent rester vierges jusqu’au mariage. Je ne dis pas non plus qu’ils doivent sauter sur tout ce qui bouge. Je dis que si vous les mettez dans une position sexuelle avec quelqu’un, il faut préserver les ados du monde réel et faire en sorte qu’ils comprennent que ce qu’il y a dans les livres n’est pas parole d’Evangile.  Par exemple, Boku no Pico est l’archétype de la source matérielle vers laquelle les pédophiles se dirigent quand ils veulent convaincre un jeune de coucher avec eux.

Il n’y a rien de mal à imaginer deux personnages consentants en train de se faire plaisir. Loin de là. Mais gardons bien en mémoire ceci : l’âge de consentement n’équivaut pas à une preuve de consentement.

Je sais que vous le savez. Si vous lisez cet article, c’est que vous vous renseignez sur le safe sex. Et vous êtes peut-être parent.

Bon courage, soldat.


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Dangereusement Heureux – Accident de préservatif

EXTRAIT
Dangereusement Heureux

Auteur : Varian Krylov
Éditions :
Auto-édition

Avant même qu’il n’ait fini de parler, Dario me percuta durement et rapidement quatre ou cinq fois et se raidit, frissonnant, gémissant et finit par s’affaler sur moi. Peu à peu ses gémissements se calmèrent, son corps se détendit et je sentis sa main contre mes cuisses et mon cul alors qu’il retenait la base du préservatif avant de se retirer.

— Putain… Merde ! dit-il à nouveau.

Au début, je pensais que c’était à cause des répliques ou de la pression finale quand le sphincter appuie sur la queue lorsque l’on se retire et que le gland est si sensible, mais quand je vis le visage de Xavier, je sus que quelque chose n’allait pas. Peut-être que je saignais. Les mains de Xavier glissèrent de mes cheveux et Dario me releva, si bien que j’étais assis sur mes talons. Lorsqu’il rencontra mes yeux, il avait un étrange regard timide 

qui ne lui convenait pas du tout.

— Le préservatif s’est déchiré.

Je ne dis rien. Pas parce que j’étais en colère ou terrassé. Mais parce que je ne savais pas quoi dire.

— Je suis désolé, dit-il, cherchant une réaction sur mon visage. Je sais que c’est important et je veux que tu saches que je me fais tester tous les quatre mois. Je ne rate jamais un rendez-vous. Je suis sain. Et depuis le dernier, tu es le seul avec qui j’ai couché… en dehors de Vera.

— C’est bon, dis-je. Je vais bien.

— Demain, nous pourrons prendre rendez-vous. Pour nous deux. Juste pour que nous soyons tranquilles et que tu n’aies pas de soucis.

— Très bien.

Extrait soumis par : Kate Lyna.

Témoignage : Fiction ou réalité ?

Par : Jason Crow.
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Fiction ou réalité ?

De Batman à Killing Stalking

L’image que vous voyez ci-dessus est un extrait de Son of Batman, dans lequel on apprend que Batman, le Chevalier Noir, symbole de masculinité, de force et de bravoure mais aussi légèrement psychotique à ses heures perdues, a été violé par sa petite amie dans le but de concevoir un enfant. Et autant l’idée que Batman ait pu être violé ne me surprend pas – une autre criminelle a déjà tenté sa chance et l’a torturé puisqu’il ne pouvait pas avoir une érection -, autant je suis perturbé par le fait que ce moment traumatisant de sa vie ne semble avoir été pris au sérieux que par lui et certains Robins. Je m’explique : à chaque fois que Batman fait mention de son viol, ce qui arrive déjà rarement, il se prend une réflexion en pleine face. Pourquoi ? Parce qu’il est un homme. Un homme ne pleure pas, un homme ne crie pas. Et puis, il a eu une érection, non ?

J’ai déjà vu des fans dire « oh mais Talia n’est pas si mauvaise et puis, une femme ne peut pas violer un homme… ». Repeat after me children : tous les êtres humains, peu importe le genre, sont capables du pire.

Mais surtout, qu’est-ce que cela prouve ? Que cette partie du comics a été écrite pour choquer mais sans intention d’approfondir, de donner aux vraies victimes de viol une occasion de dire « eh, c’est arrivé à Batman, ça veut dire que je ne suis pas seul et que même un superhéros peut être vulnérable » ? Sans doute. On le ressent. Et quelque part, c’est tant mieux pour les auteurs, si ils n’ont jamais vécu ce genre de chose…

Mais moi je l’ai vécu. Je sais ce que ça fait de se réveiller en pleine nuit, terrifié, endolori, débraillé, le pantalon baissé. Et je sais ce que ça fait de voir un homme qui est allongé derrière vous et qui vous sourit à la pensée de ce qu’il vient de vous faire. Je sais ce que font les fashbacks. Je sais ce que font les triggers.

Je sais ce que ça fait de survivre à ça. Et ça se ressent dans mes écrits, premièrement parce que tous mes livres parlent à un moment donné de viol ou de violences domestiques de manière crue, détaillée, mais jamais romancée. Car romancer le viol revient à le banaliser.

Ce n’est que de la fiction ?

Eh bien… Pas tant que ça.

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Prenons Killing Stalking : un adolescent obsédé par son camarade de classe le stalke et finit par entrer chez lui par effraction. Il finit capturé par son camarade psychopathe, violé, battu, torturé. Il développe un véritable syndrome de Stockholm est s’attache d’avantage à son bourreau, tout en étant on ne peut plus conscient de sa folie.

Killing Stalking ne présente pas ses personnages de manière romancée. Et pourtant, nombreux sont ceux qui trouvent cette relation saine et naturelle. Ce qui m’inquiète un peu, quand je pense que certains lecteurs très influençables sont susceptibles de reproduire ce genre d’actions pour le thrill, pour l’adrénaline.

Mais non !

Mais si. Vous vous souvenez du gamin qui a tué sa mère et sa sœur parce qu’il voulait recréer son propre Halloween ? Et celui qui, déguisé en Ghostface, a tué sa petite amie ?

Je ne dis pas que la fiction inspire toujours la réalité. Mais il faut savoir qu’en tant qu’auteurs, nous avons la responsabilité d’informer nos lecteurs sur le contenu de nos livres et surtout, de bien mettre en avant le fait que ce qui est mal est mal et ce qui est bien est bien. Nous ne devons pas romancer des actes barbares et criminels. Le fait que ça ne soit que de la fiction n’est qu’une excuse et une mauvaise en plus.

Je vais vous donner un exemple tout bête. Quand j’avais quatorze ans, j’ai rencontré un garçon de seize ans. Il était gentil. Un peu nouille sur les bords mais adorable. Appelons le L. L aimait le BDSM, parce qu’il l’avait vu dans des pornos ou lu dans des livres. Et il avait une vision du sexe complètement faussée. Cela dit, L ne m’a jamais fait de mal. Il me préparait, je l’excitais un peu… Et voilà. Cela dit, j’avais quatorze ans. Et même L savait que c’était trop jeune pour passer aux choses sérieuses. Alors on s’est retrouvés quand j’avais dix-sept ans et là, c’est moi qui suis devenu le dominant. Mais moi, je ne me servais pas de livres ou de pornos. Et si j’ai un conseil à donner à ceux qui veulent tenter le BDSM… N’utilisez JAMAIS 50 Nuances. Pourquoi ? Parce que 50 Nuances, c’est du viol et de l’abus de pouvoir, pas du BDSM. Le vrai BDSM se fait dans le respect et l’amour de l’autre. Il ne s’agit pas nécessairement de coups de fouet ou même de violence. Il s’agit d’un jeu de rôle. Et on s’amuse. Il y a une notion de consentement et surtout, un safeword. Stop. Si L me disait qu’il avait mal, j’arrêtais aussitôt.

Malheureusement, tout le monde n’est pas aussi ‘gentil’. Dans mes livres, on retrouve souvent le thème du viol et de la violence domestique. La plupart de mes personnages principaux (Jonathan Miloslaw, Sherlock Black, Nathaniel, Jason…) ont vécu des trucs assez moches.

Pourquoi ? Parce que quand on écrit, on a besoin d’exorciser ses démons. Et moi, je mets mes traumatismes sur le papier. Je n’entrerai pas dans le détail de ce que j’ai vécu, mais ça a beaucoup influencé ma façon d’écrire et ça explique mon style assez sombre, de même que la mort de la mère de James Ellroy, violée et tuée, a beaucoup influencé les écrits de son fils. Il suffit de lire le Dahlia Noir ou Lune Sanglante pour s’en rendre compte. Il y a des viols dans tous les livres de John Irving.

Mais qu’ont ces auteurs en commun ?

Ils ne romancent pas le viol. Ils ne le banalisent pas. Malheureusement, nombre d’auteurs, surtout dans les yaoi (attention, je n’ai rien contre le yaoi, j’adore Maiden Rose), ont tendance à rendre le viol ‘mignon’. Le personnage violé dit ‘non, non’, et l’autre continue et le violé aime ça mais c’est traité comme une scène de sexe normale. Alors que non, ça devrait être traité comme quelque chose de moche, quelque chose de traumatisant. Par respect pour les victimes, déjà. Parce que je sais que quand je vois une scène de viol banalisée, ça me détruit le moral puissance douze. Ça me donne envie de me faire mal alors que ça fait un an que je n’ai pas touché à une lame.

Attention, je ne blâme pas les lecteurs. Et les auteurs sont libres de faire ce qu’ils veulent.

Mais prenons un exemple tout bête : je vais dans une librairie. Je n’ai pas le moral. Un homme me drague dans le rue, insiste lourdement. J’ai peur et je finis par me sauver en courant de peur que ‘ça’ recommence. Pourtant, ce ne sont pas les mêmes circonstances et cet homme ne me voulait probablement aucun mal. Mais j’ai peur. Je rentre dans la librairie en espérant trouver un peu de réconfort au milieu des livres. J’aime les manga. J’en choisis un au hasard.

Et la première scène à laquelle j’ai droit, c’est un personnage qui se fait violer. Et qui se fait traiter de tous les noms. Et quand il en parle, on lui dit « bah, t’as eu une érection ? Donc t’as aimé. ». Si bien que lui-même finit par s’en convaincre.

Et les lecteurs trouvent ça trop ‘kawaii’.

Moi je ne trouve pas ça kawaii. Moi, j’ai l’impression qu’on me dit que quoique j’ai pu vivre, je suis coupable.

L’importance du safesex et du consentement dans les livres vient avant tout du fait que la fiction peut impacter la réalité. J’ai déjà entendu des témoignages, des enfants, des ados, à qui des adultes ont fait croire que ce qu’ils faisaient était normal. Aujourd’hui, ces gamins sont adultes et suivent deux schémas :

  1. Ils cherchent à éduquer les autres/gardent le silence.
  2. Ils reproduisent ce qu’on leur a fait.

Conclusion :

Ce que je veux dire, c’est que… You do you. Vous lisez et écrivez ce que vous voulez. Mais par pitié, faites la part des choses et surtout, surtout, restez prudent.

Est-ce qu’une victime de viol peut jouir pendant l’acte ? C’est déjà arrivé. Et ça arrive de développer un gros syndrome de Stockholm pour l’agresseur. Mais ça ne veut pas dire que c’est normal. Les victimes ont besoin d’être entendues et soutenues.

Personnellement, je voudrais voir un trigger warning au début des textes, un petit disclaimer tout bête. Ca prend deux secondes à écrire et surtout, ça aide le lecteur à rester dans sa zone de confort. De plus, ça permet de dire « eh, je sais que ce qui est décrit ici (viol/violence/abus) n’est pas quelque chose qui doit être romancé. Je fais la part des choses. ». Et c’est mieux pour tout le monde.

Merci.


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Trans Men : fiction vs réalité

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Safe sex pour tout le monde !

Ceci est un article de Jason Crow.

Je l’ai déjà dit dans un précédent article, je suis un auteur gay, en couple avec deux hommes. L’un d’eux est cis (s’identifie à son genre de naissance) et bisexuel et l’autre est trans et gay. Et c’est de celui là dont je vais parler aujourd’hui et, de manière plus générale, du sexe avec un homme transsexuel. Fiction vs réalité. Alors bien sûr, je ne suis pas là pour vous apprendre à écrire. Je suis auteur, pas professeur de littérature et je n’aurai jamais la prétention de dire à quiconque comment il/elle doit écrire son livre. Mais le fait est que dans le monde merveilleux de la fiction, on a un peu trop tendance à s’imaginer que tout est rose ou complètement hardcore, dépendant de nos propres fantasmes et, qu’au lieu de se renseigner auprès des personnes concernées, on a tous une fâcheuse tendance à écrire de grosses bêtises. Attention ! Cela ne fait pas de vous un homophobe, un transphobe ou je ne sais quoi. En fait, je pense que la plupart des gens qui écrivent de la littérature gay se considèrent comme des alliés de la communauté LGBTQ et ça, c’est très bien.

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Cela dit, en ce qui concerne le sexe, il faut savoir qu’un trans n’aura pas de rapports sexuels de la même façon qu’un homme cis. Pourquoi ? Eh bien, pour parler crument, pour une question d’outillage d’abord. Un homme trans :

  1. Ne prend pas nécessairement de testostérone et ne souhaite pas forcément se faire opérer.
  2. Peut subir deux sortes d’opérations différentes: une qui retire les tissus entourant le clitoris et permet ainsi de le faire paraître plus gros et une qui crée un ‘faux pénis’ autour du clitoris à l’aide d’une greffe de tissus prélevés sur une autre partie du corps.

De plus, il faut savoir que tous les hommes transsexuels n’ont pas nécessairement un pénis de plusieurs centimètres de long. Il y en a qui ont un néo pénis, c’est à dire un macro clitoris. Tous les hommes transsexuels ne se font pas opérer au niveau de la poitrine, certains choisissent de s’occuper de leurs seins mais pas du bas, etc… Bref, un homme trans n’en est pas un autre. Et contrairement à ce que l’on peut croire, tous les hommes trans ne sont pas malheureux dans leur corps féminin. Ils ne sont pas à l’aise, certes, mais malheureux ? Les cas de dysphoria pure et dure ne sont pas si fréquents que ça. Et à dire vrai, je ne le souhaite à personne. Avoir envie de s’arracher la peau, de sortir de son corps, ça n’est plaisant pour personne.

Edward, mon petit ami, est transsexuel et souhaite se faire opérer au niveau des seins et prendre de la testostérone. D’autres iront jusqu’à se faire opérer pour avoir un pénis. D’autres encore ne se feront jamais opérer et pour finir, certains n’auront même jamais l’occasion de faire leur coming out.

Mais quid du sexe ? Ah, le sexe. Vaste question que le sexe. On se demande toujours si l’herbe est plus verte dans le pré du voisin, n’est-ce pas ? Et c’est normal d’être curieux. C’est normal de vouloir plus de diversité dans nos livres, nos séries ? Hell, j’aimerais bien voir un Batman transsexuel moi ! Mais un Batman transsexuel… réaliste.

Un de mes personnages, Robyn, que j’ai créé pour Edward et qui apparaît dans O Death, aime le sexe anal. Il ne supporte pas qu’on touche à son vagin, qui lui rappelle trop qu’il n’est pas un homme biologiquement parlant. Un autre de mes personnages, Sherlock, est asexuel. Son petit ami, Algernon, est très porté sur la chose mais Sherlock a horreur de ça. Pareil pour Jonathan Miloslaw, qui lui aussi est transsexuel mais n’aime pas le sexe pour des raisons personnelles.

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Et comment ça marche, me demandez-vous ?

Comme je l’ai dit plus haut, certains aiment le sexe anal. Mais bon, sans prostate, difficile de réellement prendre son pied comme ça pour certains hommes trans, n’est-ce pas ?

Alors que faire ? Eh bien… Il existe un petit bouton merveilleux appelé ‘Clitoris’. Oui, devenu plus gros, il est plus sensible. Mais il réagit toujours aussi bien aux caresses affectueuses d’un partenaire aimant. Et puis, il y a plein de façons de faire plaisir à quelqu’un sans forcément pénétrer la personne. Et encore une fois, être trans et gay ne veut pas dire qu’on aime le sexe. Certains détestent ça, d’autres adorent… You do you !

Cela dit, si vous choisissez la route du sexe anal pour vos personnages ou en réalité, soyez prudents : oui ça fait mal et mal fait, ça peut être très crade. Pourquoi ? Parce qu’un anus n’est pas un vagin et ne se ‘nettoie’ pas tout seul. Alors. Hygiène. Prudence. Safe sex pour tout le monde.

Le sexe, c’est un jeu.

Et comme dans tous les jeux, il faut parfois savoir jouer gentiment.


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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