De la recherche d’un extrait safe ou qu’est-ce qu’une demande simple peut-être prise de tête

Cet article sera avec des gifs parce que parfois, les gifs, ça fait du bien.

Ça a toujours été comme ça. Depuis le début. A chaque fois que j’ai prospecté un peu autour de moi pour savoir si quelqu’un avait une idée de scène safe dans un bouquin que je pourrais prendre en extrait .

« Et pourquoi faire ? »
« Je ne vois pas pourquoi une histoire en aurait besoin. »
« On n’a pas besoin de ce genre de détails pour savoir que nos personnages sont consentants/sont responsables. »
Et puis tous les grands discours politique dissertant sur le fait que… que, eh bien, parler safe sex dans un bouquin, ce ne serait pas bien (parce que, en gros, c’est un peu l’idée qui ressort, hein ?)

Tou.jours.

Et toi, tu es là, tu te dis : « j’ai juste demandé si quelqu’un avait un extrait, hein ? », et tu observes la série habituelle des levers de boucliers, et les longs discours critiquant largement ta demande (oh, drame ! Quelqu’un a demandé s’il existait un extrait de scène de sexe parlant de SAFE SEX !!! Non mais vous ne vous rendez pas compte, vous, les gens, du haut niveau d’hérésie de cette demande, quoi), et les longues dissertations comme quoi on n’a pas besoin de le dire dans les bouquins et que, franchement, ta demande est problématique par rapport à ci ou à ça, et…

Ou alors, quand tu es un peu plus d’humeur, ou même simplement quand tu es un peu plus habitué, tu peux le prendre un peu plus à la cool. Après, avec le temps, on s’habitue, hein ? On est plus formé à l’idée que, voilà, c’est comme d’hab, qu’il va juste falloir attendre que les gens se calment un peu.

Et on scrole les réponses, en se disant « bon… à un moment donné… quelqu’un va peut-être répondre à la question, non ? » (non mais des fois que. Tu sais, quand quelqu’un demande « est-ce que vous avez un extrait de ? », on peut voir émerger des réponses qui sont simplement « oui » ou « non », hein ?).

Alors, point positif, quand même. Et je dirais même très positif. A force, dans certains milieux (enfin, dans les gens qui finissent par connaître cette demande de ma part/le travail que l’on fait sur We Need More Safe Sex Books), il y a une évolution dans le sens où c’est accepté. Si si. Simplement. Il y a des gens qui nous soutiennent, toujours. Et puis il y a aussi ceux qui ne sont pas sensibles à notre démarche (et ils en ont le droit), mais qui ne sont plus pour autant en train de se succéder les uns les autres à servir la soupe citée initialement à chaque demande que l’on pourrait faire. Parfois, même, ils nous orientent même vers des personnes qui pourraient nous aider/nous proposent des extraits s’ils en ont qui leur viennent en  tête. Je veux dire : Merci !!!!

Mais je tiens quand même à signaler que, sérieusement, il n’y a que le fait de rechercher une scène de safe sex qui suscite ça…

Je veux dire… Je fais la même demande demain : « Salut, pour un travail que je fais actuellement, je cherche un extrait de roman se déroulant dans un supermarché, est-ce que vous en avez en tête ? »… ou « Salut, je cherche un extrait de roman parlant d’autisme, vous avez ? »… ou on va dans le non-moral, après, pourquoi pas ? « Une scène où l’un des personnages se drogue », « Une scène de violence conjugale »… Non mais je suis absolument sure que je peux demander une scène parlant d’inceste aussi, hein ? Personne ne va me répondre en me demandant : et pourquoi je cherche ça ? Et pourquoi un roman devrait contenir une scène de ce genre ? Et à quoi ça sert d’abord ? PERSONNE ! Par contre, tu demandes du safe sex… Drame !

Alors je remarque que ça se produit désormais quasi uniquement dans des milieux où on ne s’est pas encore beaucoup manifesté. Ce qui est positif ! Parce que ça montre que, dans ceux où on a passé cette première étape du « pourquoi faire ? », notre démarche est désormais acceptée, et souvent même soutenue mais, au moins, voilà, on ne rencontre plus ces barrières délirantes, à chaque fois. Mais ça reste quand même quelque chose à vivre que de demander simplement un extrait de scène safe, ou ayant un petit détail parlant de consentement, ou du fait de se protéger dans les rapports sexuels, ou n’importe quoi de proche… Vous voyez, en mode naïf (non mais parce que la naïveté, ça revient vite, en fait : on oublie) : j’ai une petite question, coucou…

Et de redescendre en voyant le tsunami déclenché (en mode « ah oui, c’est vrai… »), tsunami qu’il faut longuement scroler en se disant « oui… et, dans le tas, est-ce que quelqu’un va quand même se manifester pour répondre à la demande ? Ne serait-ce qu’en disant « non, je n’en connais pas » » ?

Je ne débats plus, maintenant. Je m’en rends compte. J’ai eu un vécu désagréable, à l’époque où l’un de nos articles sur la Dark romance avait suscité un bad buzz, et je n’ai plus envie de me perdre dans des explications sans fin qui ne sont pas entendables parce que, de toutes façons, il y a trop de barrières en face et qu’on ne peut pas y arriver. Mais je continue à chercher des extraits ! Et à parler de ce sujet ici et sur les réseaux parce que je suis toujours convaincue que c’est un super sujet ! Et je pense toujours que proposer des extraits est intéressant, oui ! Que montrer simplement que, si si, ça peut se faire, et que ce sont même de chouettes scènes et que, eh, ce roman adapté depuis au cinéma en contient aussi, et que ce méga best-seller a une scène également qui…, c’est quelque chose de cool qui peut inspirer les auteurs et leur faire se dire que « ah ouais, tiens, on peut le faire aussi », « ce n’est pas tant une hérésie », « tiens, la scène n’est pas si mal, en fait »…

Bref, de sortir de cette impression d’hérésie liée au fait de parler simplement « safe » dans les scènes sexuelles.

(Non mais, sans blague, il y a un type de scène, pourtant pas du tout spécial ou touchant à une sexualité qui ne concerne pas beaucoup de monde, hein ?, je crois que je ne vais jamais parvenir à avoir un extrait dessus…)

EDIT : Finalement, j’y suis arrivée… avec un bouquin datant de 1977 (et une référence en littérature, qui plus est). Eh, et la modernité, les gens ?


Valéry K. Baran

Valéry K. Baran est une autrice d’érotique et de romance publiée essentiellement aux éditions Harlequin mais aussi chez divers autres éditeurs.


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Je lis du non-safe (et je vais bien)

Je lis du porn

Je lis du porn. Quand je dis porn, c’est tous les types de porn. Ça va du texte ampoulé jusqu’au trash en passant par le mièvre. Mais je lis surtout du porn hardcore. C’est ce que je préfère. C’est une sorte d’exutoire. Certaines personnes, pour se détendre, font de la méditation ou vont taper dans un punching-ball. Je n’ai jamais eu la patience pour l’un ni la force pour l’autre.

Mon défouloir, je l’ai trouvé dans le porn. Dans ces mangas très explicites, hentai, yaoi, bara, autres, qui dépeignent très souvent des viols, du bondage non-consenti, et tout un tas d’autres étiquettes (ou tags) dont voici un échantillon : mindbreak, romance, trap, gangrape, futanari, revengerape, femdom, hardcore, comedy, masturbation, tentacle

Parmi tous ces genres, les plus brutaux, les plus barrés, me plaisent particulièrement. Sans doute encore ce côté exutoire. Je ne me projette pas, je n’y vois qu’une représentation de choses que je pourrais imaginer. La violence rend le tout surréaliste, pas même un fantasme, seulement de quoi satisfaire mon aegosexualité.

En général, je vais sur des sites spécialisés, et je me sers de ces petites étiquettes pour visiter les catégories qui m’intéressent le plus. Les plus transgressives possibles. Au fond, c’est ça que j’aime, je pense : lire quelque chose dont je sais que ça ne doit pas arriver en vrai. M’enfoncer totalement dans l’aspect irréel, m’en convaincre par la violence, le surréalisme représentés. C’est sans doute pour ça qu’en revanche, j’ai beaucoup de mal avec le sexe non-safe quand il est romantisé : il perd de son intention première. Pire, il devient particulièrement malsain car il banalise des relations toxiques. Ce n’est pas la banalisation que je recherche, c’est l’exagération extrême, l’évidence de la transgression, pas sa normalisation. Ça ne m’empêche pas d’en lire, pour toutes les autres choses qui m’intéressent dans ce type d’histoire. Ça ne m’empêche pas non plus d’aimer aussi les scènes de sexe bien faites, réalistes, belles et consenties.

Mais où souhaité-je en venir ? Qu’est-ce que ce « coming-out » dans un espace qui a pour but de diffuser du safe-sex ?

Déjà, j’aimerais qu’il puisse déculpabiliser les personnes qui, comme moi, lisent des choses transgressives et les apprécient, tout en ayant conscience de leur nature.

Nous avons ce droit, d’aimer le trash, d’aimer le viol romantisé, tout comme d’autres aiment regarder Dexter ou Massacre à la tronçonneuse. Nous avons ce droit parce que nous sommes conscients de ce que nous lisons ou écrivons, tout comme les gens qui regardent Dexter savent très bien qu’il ne faut pas faire pareil en vrai. C’est ça, la valeur de la fiction : la possibilité d’être témoin de tout un tas de choses qui ne doivent ou ne peuvent pas arriver en vrai.

Si ce guide existe, c’est parce que malgré cette conscience que nous avons :

  • Parfois, par ignorance, on rate peut-être des choses ;
  • Parfois, on a besoin de se documenter ;
  • Parfois, d’autres moins renseignés risquent, contrairement à nous, de se fourvoyer sur ce qu’ils lisent. Nous, amateurs de trash, nous savons où nous allons. En revanche, nous n’avons pas le droit d’oublier, pour notre confort personnel, que ce n’est pas le cas de tout le monde.

Ensuite, j’aimerais proposer, non pas une alternative au safe-sex, mais :

une solution pour les personnes qui voudraient aller dans la transgression tout en faisant de la prévention.

En effet, ce n’est pas incompatible. Personnellement, je trouverais absolument génial que tout le monde ait simplement parfaitement conscience de ce qu’il lit. Mais comme le dit Nikita Bellucci :

« L’âge idéal [pour regarder du porno], c’est à partir du moment où […] tu arrives à savoir faire la différence entre un film et la réalité. Et que ça ne te perturbe pas ».

Donc, et pour avoir été moi-même inconsciente par le passé, je sais qu’il y a toujours besoin d’éduquer certaines personnes. Qu’on a tendance à se laisser influencer, convaincre, manipuler par ce qu’on lit ou entend, surtout quand rien ni personne ne nous a fourni la matière pour avoir du recul.

Un exemple :

Dans notre société, on sait que c’est pas bien de tuer des gens. Tuer une personne, ça s’appelle un meurtre. Même si cette personne était méchante et l’avait bien cherché, c’est toujours assez malvenu de dire « Aha, TLBM » (« Tu L’as Bien Mérité ») (on arrête même des gens pour ça).

En revanche, on vit dans une culture du viol, donc malheureusement, si, dans un cas, on va tout de suite dire « Ah oui c’est un meurtre », certains vont avoir tendance à dire « Ah mais non ce n’est pas un viol » (« Elle était d’accord au début », « Les hommes ça ne peut pas se faire violer », « En même temps iel couche avec tout le monde »)…

Là où la fiction entre en jeu, c’est quand, en voyant James Bond tuer des gens, on sait pertinemment qu’il ne faut pas faire pareil, mais que, quand il jette Pussy Galore dans la paille et l’embrasse de force, on n’arrive pas à reconnaître que c’est une agression sexuelle.

Ça ne serait pas un problème si on reconnaissait cette agression comme on reconnaît que James tue des gens. C’en est un parce qu’actuellement, beaucoup de personnes n’ont pas les outils pour reconnaître certaines formes de violences, ou de sexisme. C’est complètement le hashtag #representationmatters (que j’espère ne pas avoir détourné par ignorance).

Bref. Ce que j’aimerais expliquer, c’est que lorsqu’on dit que la représentation, c’est important, on ne dit pas qu’on veut aseptiser le monde de la fiction. On dit qu’on trouve ça important d’éduquer les gens pour qu’ils comprennent ce qu’ils lisent, inventent, et qu’ils aient assez de recul pour ne pas le reproduire dans la réalité si c’est transgressif. La transgression doit rester fictive. Et j’entends présentement par transgression tout ce qui a rapport au sexe non-safe.

Parce que j’ai eu seize ans, et qu’à seize ans, si moi ou une de mes amies s’était faite embrasser de force par un beau garçon, j’aurais peut-être trouvé ça cool. Parce que je l’ai vu et lu et écrit. Parce que dans la société dans laquelle je vivais, personne, ni la réalité ni la fiction, ne m’avait fait remarquer que c’était une agression.

Aussi, pour que la transgression reste fictive, à mon humble avis :

il faut l’identifier.

L’identifier pour ce qu’elle est, l’assumer pleinement.

Par exemple, le yaoi est un genre qui, par définition, représente des relations déséquilibrées et toxiques, souvent miroirs d’une réalité que vivaient ou vivent toujours les femmes japonaises, entre autres choses. Beaucoup de lectrices s’y attachent car il possède ce potentiel exutoire, cette possibilité de se défouler à travers une sexualité distante, violente, dans un renversement des rôles que l’on peut aller jusqu’à qualifier de revendication féministe. Tout ce que l’on voit dans le yaoi prend sa racine dans une frustration de femme à qui une société interdit la liberté, notamment sexuelle.

Mais actuellement, si la majorité des lectrices ressent, entre autres aspects, cet objectif – raison pour laquelle le genre est toujours florissant et très évolutif – , une partie d’entre elles n’a pas forcément les outils pour arriver à différencier les éléments fictifs des éléments crédibles par rapport à la réalité. Ce qui est d’autant plus complexe lorsqu’on est face à de la romantisation ou de la banalisation, qui peuvent aisément flouter la perception du public (re-coucou Pussy Galore).

C’est là que les étiquettes, les tags, les trigger warning, entrent en jeu : à mon sens, il faut mettre des mots, des mots justes, sur toute fiction. Si elle dépeint du viol, elle doit être catégorisée comme telle. Si elle comporte une relation toxique, cela doit être précisé également. Si elle parle de sujets potentiellement choquants, même, comme le suicide, elle devrait en faire mention. Non pas dans le seul but d’épargner la sensibilité de personnes pouvant être potentiellement choquées, mais plutôt dans le but de dire à celles que ça ne choquera justement pas : ceci n’est pas la réalité. Ceci est du viol, ceci est du sexe non protégé, ceci est du slutshaming.

Si vous, auteurs, n’avez pas envie de contextualiser votre histoire, si vous, lecteurs, n’avez pas envie qu’on vous rabâche durant la lecture que « c’est pas bien il faut pas faire ça en vrai », il suffirait d’une préface, d’une liste de petits mots ou d’un simple NC-17 (NC pour NonConsensual), comme on fait dans le monde de la fanfiction ou des jeux vidéos.

Il s’est bien trouvé Kana pour écrire au dos des couvertures de mangas un énorme « Attention, c’est japonais, ça ne se lit pas dans ce sens-là ! » – chose qui paraissait évidente pour certains, mais pas pour moi, 10 ans, devant le tome 26 de Ramna ½ que j’ai lu entièrement à l’envers sans me poser la moindre question, et sans rien comprendre du tout ; même pas honte.

Quid de tous ces auteurs qui, depuis la nuit des temps, expliquent leur intention ou justifient leur œuvre dans des pré ou postfaces ?

Alors, pourquoi pas un beau : « Attention, c’est du yaoi, tu vas adorer, mais les gens civilisés ne font pas ça dans la vraie vie, bisous ».

D’autant que ce n’est pas parce qu’un genre possède des codes précis qu’il ne faut pas les rappeler ou les questionner ; au contraire, ça fait même partie intégrante de son évolution et de son enrichissement. Ou sinon, on fait bien la différence entre la bit-lit et le fantastique traditionnel. Pourquoi ne pas faire du safe et du non-safe des genres de l’érotico-pornographique ?

Moi, j’aime la transgression, le porn trash. Mais j’aime aussi être certaine que personne ne le prendra pour une réalité.

Pour cela, il me paraît important d’informer, de prévenir, d’éduquer en toutes circonstances, même dans la fiction. C’est la fiction qui m’a faite. Elle a influencé mon caractère et ma façon de voir le monde. Ce sont les reflets de la société que j’y ai trouvés qui m’ont rendue sexiste adolescente, qui m’ont empêchée, par leur manque de représentation, de comprendre des pans entiers de moi-même, qui ont forgé mes préjugés et placé sur mes épaules tout un tas d’injonctions dont je suis encore en train de me débarrasser.

Je ne pourrais jamais dire qu’il y a trop de contenus transgressifs. Rien n’est jamais trop dans l’imaginaire. En revanche, trop peu d’ouvrages contrebalancent ces supports. Quand une pratique est majoritaire dans un domaine, on a tendance à ne plus voir qu’elle et à la prendre pour une vérité absolue.

C’est pourquoi il me semble important de soutenir la production d’ouvrages safe : ils ne font de mal à personne et n’ont pas pour but de concurrencer mon cher porn trash. Au contraire, ils ne peuvent qu’enrichir la fiction érotique et pornographique.

 

 

J’espère qu’un jour, en partie grâce à l’effort que nous, acteurs de l’imaginaire, fournissons actuellement, émergera une société où le safe-sex sera devenu une évidence, et où l’inconscient collectif saura que le reste appartient exclusivement au domaine de la fiction.


Delphine (DD)

DD traduit des mangas et des romans, écrit sous le pseudonyme de Tookuni et mène la barque d’YBY Editions sous le pompeux titre de « el jefe ».


A lire aussi :

La loi du silence

 

Osez 20 histoires érotique de Noël – Fellation et préservatif

EXTRAIT
Osez 20 histoires érotique de Noël
« Sur les genoux du Père Noël »

 

Autrice : Magena Suret
Éditions : La Musardine

Elle se glissa à genoux au sol et un éclair de compréhension satisfaite illumina le visage de Timothée qui se rallongea sur ses coudes. Il laissa Amandine lui descendre le pantalon jusque sur les chevilles et écarta au maximum les cuisses. Elle ne perdit pas de temps et plongea sur sa verge, l’enveloppant aussitôt dans sa bouche sur quasiment toute sa longueur. Si elle avait anticipé la fellation, elle aurait favorisé un préservatif aromatisé ; toutefois, le goût du caoutchouc était atténué par leur rapport préalable. Elle ne mit pas longtemps à entendre son partenaire haleter.
Elle suça et aspira avec d’autant plus d’enthousiasme, jouant avec les testicules au creux de sa paume, jusqu’à percevoir la veine gonfler sur sa langue. Elle l’avala alors aussi profond qu’elle le pouvait et le garda au fond de sa gorge tandis qu’il remplissait la protection de son plaisir.

L’écriture, le safe sex et moi

CONSENTEMENT ET SAFE SEX :

ÉCRIRE RÉALISTE N’EST PAS ÉCRIRE CHIANT

Peu importe ce que l’on a pu lire ou entendu dire, consentement et safe sex vont de pair. Pour les partenaires – et peu importent leurs sexe, orientation sexuelle et pratiques –, pouvoir dire non ou stop à tout instant est la garantie d’un rapport consenti, d’un choix libre et éclairé. Alors, non, le safe sex n’implique pas que de se protéger physiquement.

Cette notion du safe sex mise au point et son lien avec le consentement établi, passons au point de vue de la littérature.

 

LE CONSENTEMENT N’EST PAS LE PASSAGE CHIANT DE TOUTE SCÈNE ÉROTIQUE

Bien qu’il m’arrive de tomber sur du safe sex ennuyeux à mourir et parfaitement saboté, en général, c’est toute la scène qui se révèle sans intérêt. (Que ce soit pour l’évolution des personnages, de l’intrigue ou au niveau de l’écriture.)

Clairement indiqué ou moins évident, voire inexistant, le safe sex n’est que vaguement respecté.

DE L’AUTEUR·E ET DU SAFE SEX

L’absence de safe sex est parfois une décision consciente de l’auteur·e, qui ne sait pas toujours comment l’intégrer à sa scène ou appréhende de casser le rythme de celle-ci. Auquel cas, il conviendrait de glisser un petit message ou un rappel au début du texte sur l’importance de se protéger. (Physiquement et moralement, cela s’entend.)

Un tel rappel vous semble très convenu en tant qu’auteur·e ou lecteur·trice ? Imaginez-vous à la place d’un·e autre : vous ne souhaitez pas lire ce genre de passage ; au mieux, ils vous indiffèrent, et au pire, vous repoussent pour des raisons qui n’appartiennent qu’à vous. C’est votre droit. Tout comme nous parlons de consentement et de relation de confiance entre deux partenaires ou plus, nous parlons des deux mêmes notions entre l’auteur·e et son lectorat. Quand il ouvre un livre, c’est avec l’assurance de ne pas y trouver ce qu’il ne veut pas.

L’excuse de la couverture qui explicite l’érotisme – voire l’absence de consentement – n’en est pas une, car il serait alors jugé normal de s’attendre à un ou plusieurs rapports non consentis dans tout livre érotique. Certain·e·s seront attiré·e·s par du cul « bête et méchant », là où d’autres se sentiront plus à l’aise avec un consentement parfaitement établi ou un message expliquant son absence.

Sachez enfin que la négligence du consentement dans la littérature (et via les autres vecteurs culturels) participe largement à la culture du viol.

Le rôle d’un livre est-il d’éduquer ?

LE MYTHE DE LA PROTECTION « TUE L’AMOUR »

Vos personnages sont absolument consentants, et peu importent les réjouissances qu’ils ont prévues, il faudra en venir à la phase « protection ».

Lorsque j’ai commencé à écrire des scènes érotiques pour servir certains pans de mes intrigues, j’ai enquiquiné certain·e·s ami·e·s Facebook et l’un d’elleux m’a répondu que le sexe, ce sont aussi des maladresses. Il peut être tendre et cocasse, et alors que je lis des gens qui cherchent à écrire la scène érotique parfaite, je me dis qu’ils passent finalement à côté.

Une scène érotique peut être bien écrite et mettre en avant les moyens avec lesquels les partenaires usent du safe sex. (Citons, en vrac, le préservatif, la digue dentaire, la préparation…) Elle peut verser dans la tendresse sans être gnangnan, se vouloir réaliste sans devenir ennuyeuse. C’est un tour de main à prendre, si je puis dire.

Je terminerai ce paragraphe sur un point, à mon sens, très important : la préparation dans le M/M.

Comme pour tout, il y a du bon et du mauvais M/M. Il y a surtout une tendance à se passer de consentement et de préparation. La pénétration anale étant ce qu’elle est, les lésions devraient s’accumuler à force de préparation bâclée. On me répondra sûrement que le but de l’érotisme est de satisfaire les lecteur·trice·s (comme toute bonne histoire, en somme), ce à quoi je rappellerai que l’auteur·e peut conjuguer safe sex et augmentation de la température, et accessoirement, s’abstenir de véhiculer des clichés propres au M/M.

On baise à tout va sans se préoccuper de la nature des rapports et on multiplie les orgasmes et les idées reçues ; ce qui m’amène au point suivant.

 

LA BÊTISE DE CROIRE QUE LE CONSENTEMENT EST L’APANAGE DES FEMMES

C’est là que je vais brièvement causer féminisme, car certaines personnes croient, à tort, que ce mouvement a pour objectif suprême de supplanter les hommes dans tous les domaines. Je ne dis pas que des extrémistes ne peuvent pas le vouloir ; tous les troupeaux ont leurs brebis galeuses. Seulement, l’idée de départ consiste à avancer sur un pied d’égalité. Pas de genre supérieur, donc – désolée pour les obsédé·e·s du complot féminazi. Cette égalité passe par un traitement similaire et sans équivoque des personnages, qu’ils soient assignés hommes ou femmes.

Une femme que l’on force à une fellation, c’est un viol. Un homme que l’on force à une fellation, c’est un viol.

Une femme que l’on pénètre sans son consentement, c’est un viol. Un homme que l’on pénètre sans son consentement, c’est un viol.

Une femme qui ne repousse pas son agresseur n’est pas consentante pour autant. Un homme qui ne repousse pas son agresseur n’est pas consentant pour autant.

Le M/M a ses casseroles, au même titre que le M/F et le F/F, même si j’entends moins parler de ce dernier, mais le M/M reste celui qui soulève le plus de tollés en matière de consentement et de safe sex en général. (Du moins, dans mon environnement et hors Dark Romance pour le M/F.)

M/M, CONSENTEMENT ET SAFE SEX : QUEL EST LE PROBLÈME ?

Le M/M est majoritairement défini comme un genre écrit par des femmes et pour les femmes. Les auteures se multiplient et les lectrices en redemandent. Je ne m’étendrai pas sur le cas du manga, que je ne lis pas assez pour en juger.

Non, le problème n’est pas que des femmes s’épanchent sur la vie sexuelle (et souvent débridée) de deux hommes ou plus. On peut apprécier le M/M (en lire et/ou en écrire) sans tomber dans ce que j’appelle « le travers fangirl ». On peut écrire du M/M pour participer à la diversification des personnages. (Je le fais, mais pas dans le domaine de l’érotisme.)

Oui, le problème est donc quand le M/M devient prétexte à de mauvais traitements sous couvert de romance. (Sans donner dans la Dark Romance purement établie et assumée.) D’où mon rappel de début de paragraphe.

DU CARACTÈRE DES PERSONNAGES

Autre point qui mérite que l’on s’y attarde : la caractérisation des personnages qui refusent un rapport sexuel. La petite sainte se rétracte, Machin-chose ne veut pas, mais elle porte une jupe ultra-courte, c’est une salope, Bidulette hésite, oh, fais pas ta prude !

Un personnage qui dit non ou repousse un pot de colle ne devrait pas être présenté comme une forte tête ou un sale caractère. Le refus d’un rapport sexuel est un droit fondamental. La menace et la surprise portent atteinte aux droits fondamentaux de l’individu.

Je conclurai ici en ajoutant qu’un personnage, femme ou homme, qui a une réaction physique au cours d’un acte sexuel non consenti ne signifie pas qu’il a pris du plaisir ou qu’il a changé d’avis en route. Les conséquences en seront désastreuses, pareillement à la vraie vie. Voilà l’utilité des Trigger Warnings si votre récit se passe de consentement et de safe sex. Là où une couverture et un résumé ne permettront pas d’évaluer le degré de dérangement, un Trigger Warning avertira directement.

 

Consentement et safe sex ne sont pas une question de genre, de pratiques, encore moins de goûts et de couleurs. À la façon de partenaires qui établiront un rapport de confiance entre eux, l’auteur·e en établit un aussi avec ses lecteur·trice·s. Que vous passiez outre le consentement et le safe sex, d’accord, mais il faudra en avertir votre lectorat à un moment ou à un autre.


Aude Reco

Aude Reco est une autrice de romance et SFFF.


A lire aussi :

Le consentement dans la romance

« Le préservatif, ça casse la scène de sexe »

Je lis toujours cette phrase. A chaque fois qu’une conversation vient aborder la non-mention du préservatif dans les romances et les scènes de sexe, même juste un simple instant, il se trouve toujours quelqu’un, et parfois plusieurs personnes, quand ce n’est pas un cri commun qui s’élève soudain, pour sortir ça :

« Mentionner le préservatif, ça casse la scène de sexe ».

Et je ne peux m’empêcher de songer, à chaque fois :

« Et mentionner les vêtements qu’on enlève, ça casse la scène aussi ? »

En fait, et ce n’est pas limité aux romans, tout se passe comme si l’acte sexuel devait être un acte « irréel », lissé, avec un aspect très éthéré, hors du monde, et où tout ce qui ne serait pas dans la continuité de l’étreinte des corps serait un problème.

Monter l’escalier, si ce n’est pas fait en se tripotant, ça casse la scène.

Ouvrir la porte, si le couple ne s’y est pas plaqué en s’embrassant tandis que l’un d’eux abaisse discrètement la poignée, ça casse la scène…

Le déshabillage doit se faire à deux, réciproquement (sinon, ça casse la scène, ce n’est pas sexy, on est bien d’accord).

Même pour le préservatif, on vous suggèrera de le mettre avec une fellation, pour ne pas « casser l’instant », justement.

C’est ce qu’on entend dire sur les livres, mais c’est surtout une pensée très présente tout simplement dans la vie, et cette idée que ça va « casser la scène » en est entièrement le reflet. Il faut que le sexe soit lisse, propre, sans accrocs… Attention à cette magie si fragile ! C’est une faible bougie, un simple souffle pourrait en éteindre la flamme…

Mais c’est vraiment ça, le sexe ?

Le sexe, ce n’est pas des personnes qui peuvent parler, se chahuter, rire dans l’acte ? Le sexe, ce n’est pas la complicité ? Le sexe, ce n’est pas le partage, le fait de prendre soin l’un de l’autre, et prendre ce soin ça ne comprend pas le fait de se protéger comme de protéger son partenaire ? Le sexe, ce n’est pas pouvoir se parler, se regarder et se comprendre ?

J’ai l’impression qu’on est dans une vision infantile, limite, dans le sens où il ne faudrait rien y montrer qui ne soit recouvert de rubans dorés et de poussière d’étoiles… Un conte de fée de l’extrême. Et pourtant, il y a tant d’autres manières de parler de sexualité.

Je ne rejette pas la vision infantile. L’aspect conte de fées est tout à fait appréciable, il plait et c’est très bien. Moi aussi, il me plait. On a tou.te.s envie de contes de fée, parfois. Je critique l’idée qu’offrir une vision plus mature, plus réaliste, qui montre autre chose que des paillettes et des rubans puisse être forcément un problème. Cette idée-là. Que ça « casse la scène », indubitablement. Je le critique parce que, d’une part, c’est enfermer la représentation de la sexualité dans une seule version possible : celle du conte de fées avec son beau vernis posé dessus, et ses actes qui s’enchaînent parfaitement dans une danse muette où rien ne doit faire de vague plus forte ou plus faible que l’autre. Et je le critique parce que c’est même réduire encore cette version-là à une caricature. Les contes de fées ne sont ni aussi jolis, ni aussi lisses. Le temps les a édulcorés mais, même ainsi, ils restent souvent durs, cruels… On peut avoir la magie et l’horreur. On peut avoir l’émerveillement et  la peur.

On peut avoir une scène de sexe rêvée, avec les personnages qui s’enlacent en montant l’escalier, qui s’embrassent en appuyant discrètement sur la poignée de la porte derrière leurs corps collés, qui se déshabillent l’un l’autre sans parvenir à cesser de se toucher, ses mains à elle tremblantes au contact de sa chair à lui, et ses doigts à lui pressants, désireux, avec ses baisers qui lui font perdre la tête… et puis, lui qui ramène la main depuis ses vêtements où elle s’était égarée un instant pour pour lever un préservatif devant son regard à elle.

– Tu veux ? dit-il.

Elle se mord la lèvre. Il est juste au-dessus d’elle, penché, avec ses mèches souples qui retombent devant son front et son sourire en coin pourrait la faire fondre si elle n’était pas déjà si liquide entre ses bras.

Elle porte la main à l’emballage, l’attrape entre ses doigts fins, le fixe, obnubilée. Son cœur bat à toute vitesse. Puis elle relève le regard vers lui, vers ses yeux verts dans lesquels toute trace de jeu s’est désormais effacée, balayée par un désir qui la renverse toute entière, qui semble même le renverser lui, sur l’instant, tant il occupe toute la place… Et elle s’y perd. Son corps pulse de besoin. La réponse s’arrache d’elle-même à sa gorge :

– Oui.

– Mets-le moi.

Son timbre de voix est rauque, empressant.

Elle se redresse, aux berges du vertige. Ouvrir cet emballage est comme un compte à rebours. Le dérouler sur sa chair dure comme une impudence et, en même temps… Elle s’attarde sur le grain de sa peau, si doux sous ses gestes. Et elle lève les yeux sur son visage pour le voir lui, frémissant de désir, se retenant de la toucher, avec son torse qui s’élève et s’abaisse vivement, désormais, et son regard qui la brûle, la bouscule, l’enflamme.

Puis, d’un coup, il la renverse sous lui et entre enfin en elle.


Valéry K. Baran

Valéry K. Baran est une autrice d’érotique et de romance publiée essentiellement aux éditions Harlequin mais aussi chez divers autres éditeurs.


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Ceci est un article de Jason Crow.

Lorsque je me suis lancé dans l’écriture de mon premier texte m/m…

… J’ai fait des erreurs monstrueuses. Enfin, pour être plus exact et moins sévère, mes personnages ont fait des erreurs monstrueuses. Certes, il n’y avait pas de syndrome de Stockholm, certes celui qui recevait n’était pas en train de miauler comme un chaton à qui on donne du lait lorsqu’il se faisait sodomiser… Mais Jason et Nathaniel avaient une fâcheuse tendance à ne pas pratiquer le safe sex. Point de capote en vue et quid de la préparation ? Le fait est que Jason et Nathaniel venaient tous deux d’un milieu très dur où ce genre de choses n’est pas jugé nécessaire… Et c’est pourquoi dans Velvet Blackstar j’ai tenu à ce que ces erreurs soient réparées. Safe sex, préparation, protection, consentement… Même si ce livre n’est pas parfait, je pense avoir au moins réussi ça.

Ceci dit, en écrivant, je me suis rendu compte que mes personnages n’avaient pas nécessairement envie de sexe. Une petite scène érotique par-ci, un baiser par-là, voilà qui leur suffit amplement. Mais pourquoi ?

Eh bien parce que comme les hétérosexuels et contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, tous les gays ne sont pas fans de sexe. En fait, il y en a qui aiment et il y en a qui n’aiment pas. Il y en a qui pratiquent tous les jours, d’autres seulement le samedi soir… Bref, chacun son truc. Sans compter que le sexe gay et lesbien ne se limite pas à la sodomie ou l’utilisation de godes-ceintures. Pour les lesbiennes, il y a tant de positions différentes… Mais nous parlons de M/M alors restons sur le M/M.

La sodomie.

La sodomie, je le redis, ça n’est pas toujours agréable. Et on peut très bien se faire plaisir sans passer par là. Il y a des gays qui aiment la masturbation, d’autres qui préfèrent qu’on leur fasse une fellation… Et puis, là encore, il y a plein de positions possibles et imaginables ! L’idée que le sexe est une histoire de pénétration est avant tout issue de nos normes hétéronormatives. On ne nous apprend pas le sexe gay à l’école. On nous parle pénis et vagin, on nous parle reproduction. On ne nous dit pas qu’il y a plusieurs sexualités, plusieurs genres outre le système binaire que nous connaissons… Ces choses-là nous sont cachées. Par pudeur ? Par honte ? Par répulsion ? Je n’en sais rien. Je ne suis pas sûr de vouloir savoir.

Voici un petit guide de positions sexuelles gay. (déconseillé aux mineurs)

Quand bien même vous décideriez de décrire une sodomie, sachez qu’on n’écarte pas juste les jambes. Il faut les relever un peu, ou passer par derrière. En sandwich ? Elevated ? Bodyguard ? La sodomie, ce n’est pas qu’une histoire de « je te mets mon machin dans le popotin et tu aimes ». En fait, ce qui rend la sodomie agréable, c’est justement la position, l’habileté du partenaire… Et la préparation.

Préservatif à tous les étages !

Dans Velvet Blackstar, mes personnages n’ont bien sûr pas tous le temps de procéder à un lavement avant de faire l’amour. Alors plutôt que risquer de se retrouver avec des choses dégoûtantes sur les doigts ou la langue (rien de plus pathogène que les excréments, moi je dis ça, je ne dis rien), autant mettre un préservatif sur sa langue ou ses doigts. Je vous vois glousser mais ça peut s’avérer utile. Et surtout, on n’oublie pas le lubrifiant, une bonne dose s’il vous plaît. Votre partenaire vous en sera reconnaissant.

Pour information, ce qui rend la sodomie agréable pour un homme, c’est sa prostate. Elle se trouve à une phalange de l’entrée de l’anus, vers le haut. C’est une boule de nerfs d’une grande fragilité qui doit être traitée avec délicatesse. De la même façon que je sens mes poils se dresser sur mes bras lorsque je vois un mec faire squirter une fille comme un bourrin (deux doigts où je pense et pan pan pan comme un maçon), je n’aime pas lire des textes où l’homme se fait perforer comme un bout de papier. Par ailleurs, votre personnage aura beau enfoncer son sexe, ses doigts ou sa langue aussi loin qu’il veut, ça ne sert à rien, il ne touchera pas l’estomac de son copain. Par contre, il va lui faire mal.

Les risques d’une sodomie sans préparation ?

Déchirure anale (fissures), problèmes internes, douleur… Une sodomie sans préparation, ça n’est agréable pour personne et surtout pas pour celui qui la subit. Tiens en parlant de ça : on dit souvent que les trans aiment la sodomie. C’est faux. Il y en a qui aiment sûrement, je ne le nie pas mais tous les trans n’aiment pas le sexe, encore moins le sexe anal. Encore une fois, l’idée que le sexe est surtout une histoire de pénétration a quelque chose de très réducteur. C’est dommage.

Le mpreg…

Personnellement, je ne suis pas fan de mpreg. Stop ! Je n’ai pas dit que vous n’aviez pas le droit d’en écrire. Mais il n’y a pas si longtemps, je discutais avec Ed (mon amoureux scientifique et trans) de mpreg et on se disait que d’un point de vue strictement médical, c’est impossible. Même en étant hermaphrodite, ça engendre des risques. D’ailleurs, nombre d’hermaphrodites sont stériles. Quant aux trans, non, une grossesse chez un trans, ce n’est pas un fait commun et ça n’est pas du mpreg. Tous les trans ne souhaitent pas tomber enceinte. Il faut vous dire qu’un trans enceinte ne peut pas prendre de testostérone et va se retrouver avec un corps féminin ‘accentué’. Le pire cauchemar de quelqu’un qui déteste déjà son corps en fait. Là encore, tous les trans ne souffrent pas de dysphorie, tous les trans ne vont pas vouloir un sexe d’homme ou même une opération mammaire… Mais le fait est que nous ne sommes pas nos plus grands fans. Notre corps est l’antithèse de ce que nous sommes. Parlons de Klaus Katzen, par exemple. Klaus, dans Bad Rain, est un chanteur de rock transsexuel. Il vit en couple avec Nathaniel Nakamura, un homme gay cisgenre. Bon. Ils ne font que très rarement l’amour et généralement, il s’agit plus pour Klaus de masturber ou doigter Nathaniel. La seule fois où ils ont fait l’amour ‘normalement’, ils étaient ivres tous les deux et Klaus a eu des quintuplés. Il a très mal vécu sa grossesse, même si il adore ses enfants.

Non, tous les transsexuels ne rêvent pas d’un gode ceinture attaché à leur taille…

Comme dit plus haut, nous ne rêvons pas tous d’avoir un sexe d’homme. Déjà parce que les opérations à subir sont lourdes et irréversibles mais n’apportent pas nécessairement entière satisfaction (pour concevoir un ‘faux’ pénis, on utilise la peau de l’avant-bras, ça fait mal et ça laisse une cicatrice assez moche). Et ensuite, parce qu’un pénis ne fait pas un homme. Nous sommes nombreux à rêver de ne plus avoir de seins. Mais le pénis ? Non, ce n’est pas toujours un rêve. Je vous recommande cette chaîne youtube, créée par un transsexuel qui raconte sa vie et son parcours…

« Il est bâti comme un poney »

Personnellement, et ça n’engage que moi, je ris toujours en voyant des descriptions physiques d’hommes ‘parfaits’ pourvus de membres titanesques et de muscles saillants. Les hommes, il y en a des gros, des grands, des petits, des maigres, des minces… Bref, il y en a de toutes sortes. Ce qui veut dire qu’ils n’ont pas tous un membre digne de passer dans un porno. Et c’est là que les choses deviennent compliquées : souvent, pour une femme ou un homme hétéro, la vision du sexe gay vient des romans M/M ou des YAOI écrits par des hétéros.

Vous voyez où je veux en venir ?

Je pense qu’il y a de très bons auteurs de M/M. Vraiment. Mais je pense aussi qu’il y a un manque cruel d’information en ce qui concerne la communauté gay et sa vision de l’amour et du sexe dans tous les médias.

En conclusion :

J’aurais tendance à dire : you do you. L’important, c’est que vous vous y retrouviez et vos personnages aussi. Mais pensez toujours aux gens qui vous lisent. Surtout aux jeunes qui se renseignent sur leur propre sexualité. Je sais qu’un mythe peut être dangereux s’il est pris pour argent comptant. Je le sais d’expérience. Donc… Prudence.


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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L’amour a tous les droits… ou pas

« Je fais ça parce que je t’aime ! »

Tout a commencé, il y a fort longtemps, probablement à l’époque où l’auteur/trice a pris la plume pour écrire des romans d’amour. Du dilemme cornélien aux drames de Racine, où les héros mouraient sur scène, il a toujours été gravé dans le marbre, qu’au nom de l’amour, tout était permis.

Quelques siècles plus tard, Anna Karenine se jetait sous un train par remords d’avoir Résultat de recherche d'images pour "Anna Karenine"abandonné sa fille et son mari. Les amants maudits de Belle du seigneur finissaient par se suicider, ne supportant pas la déchéance de leur couple. Le phénomène n’est donc pas nouveau mais, tout comme Shakespeare gardait une certaine réserve sur Roméo et Juliette et leur suicide commun, les actions de ces héros étaient rarement présentées comme positives. Qui souhaite vivre la vie d’Anna Karenine, femme condamnée par son époque et qui méprise son mari et ses valeurs chrétiennes ? Qui a envie de mourir à seize ans comme Roméo et Juliette ? (Hélas, le suicide des adolescents est bel et bien un phénomène inquiétant…)

tout cela est justifié car « Je fais ça parce que je t’aime ! »

Il eut été logique qu’avec l’évolution des mœurs et le taux de divorce grimpant, la littérature et le cinéma suivent une courbe un peu plus… moderne. Hélas, la régression est à l’ordre du jour, surtout dans la romance.

Utile de parler du fameux Fifty shades of grey et de faire remarquer que depuis, nous avons eu bien pire ? De Christian Grey, qui achète une voiture à Anastasia car il estime que la sienne est dangereuse, à Gedeon Stark (Crossfire), qui fait tracer le portable d’Eva (notez l’originalité des noms, au passage) sans son accord, tout cela est justifié car « Je fais ça parce que je t’aime ! ».

C’est bien là où le problème se pose, selon moi : l’amour n’excuse pas tout. L’amour n’est pas la solution. Parfois, même, l’amour est le problème. Et il est tout de même étonnant que ce soit si bien accepté.

Que penser de l’accroche du roman Haker : « il ne demande jamais, il se sert », où il n’est JAMAIS question de consentement mais où, là encore tout est justifié par le sempiternel « ooohh mais j’ai tellement envie de lui ! ».

Le sommet des livres qui me sont tombés sous les yeux (car je n’ai, heureusement pas tout lu), reste l’insipide trilogie Panama où, à la minute où le héros rencontre l’héroïne, il lui interdit de manger des gougères sous prétexte qu’elle va prendre du cul, (heu… Une claque ?) et lui colle la main sous la jupe environ dix minutes après. Vous direz que cette trilogie m’obsède beaucoup trop et vous aurez raison, mais là encore, l’éternel argument : « Je suis amoureuse. J’ai envie de lui. »

J’ai adoré le livre de notre Valéry K. Baran nationale, (et ceci sans forfanterie aucune), Mariée…mais avec qui ? car, outre son côté interactif, la description très fine des personnages et l’histoire distrayante, sans être mièvre, Rose est très lucide sur sa libido débordante et les ennuis qu’elle lui crée : oui, Rose aime le sexe, se retrouve parfois dans des situations embarrassantes, mais elle le sait et assume. C’est également le cas des héros de Pas assez de toi.

parfois même, l’amour est le problème

De la même façon, mes personnages, le groupe de rock VersusJames, se comportent très souvent, (majoritairement, d’ailleurs), comme de parfaits crétins, à cause de leur libido et de leurs sentiments, parfois excessifs, en particulier Nathan Turner. J’ai d’ailleurs à ce niveau, commis un roman d’un pessimisme total : généralement, le héros ou l’héroïne a un passé éprouvant, (je pense notamment aux deux héros de Archer’s voice), a dégusté dans sa vie, mais il rencontre l’homme ou la femme de sa vie et dans la foulée, réalise ses rêves par miracle, après les inévitables rebondissements de « la scène V de l’acte IV », pour faire de nouveau référence à la tragédie. Dans le cas de Nathan Turner, il a eu une jeunesse épouvantable, il rencontre l’amour de sa vie et réalise ses rêves… et c’est encore pire !

L’amour n’excuse pas tout. L’amour ne justifie pas tout. L’amour n’est pas la solution : parfois même, l’amour est le problème, et les problèmes psychologiques (car, clairement, les héros de romance en sont bourrés jusqu’à la garde) ne se résolvent pas en étant amoureux fous. Imagine-t-on Christian Grey chez le psy suivant une vraie thérapie ? Non, pas plus qu’on imagine Anastasia prenant enfin conscience que les habitudes sexuelles de Christian Grey sont bien moins graves que sa tendance à la tyrannie. Tout expliquer par le fait que sa maman était brune et prostituée… eh bien, dans le genre psychologie de comptoir, ça se pose là. Christian Grey, comme Gedeon Stark, comme Esteban Cruz, ont un point commun : ils sont RICHES. Très riches et considèrent que s’ils veulent une femme, ils la prennent, faisant cruellement écho à l’actualité récente. Loin de moi l’idée de rendre les auteurs/trices des méfaits de ces hommes de pouvoir, sûrs de leurs bons droits mais les faits sont là.

Un panneau drolatique circule sur les réseaux sociaux : 50 nuances de grey, c’est glamour parce que le mec est riche et a un hélicoptère. S’il habitait une caravane, ce serait un épisode d’Esprits criminels. Drôle, certes, mais surtout cruellement vrai.

Certes, ce n’est pas moins vrai, (voire pire) dans les romans M/M. Comme le signale fréquemment Jason Crow ici même, le viol n’est pas un acte d’amour. Dans un de ces romans, dont un extrait a été partagé, figure cette phrase, ô combien révélatrice : « Ne pose pas la question à ton cerveau, mais à ton cœur ».

Si le type refuse la capote, emploiera-t-il le même argument ? « Fais-moi confiance, ne pose pas la question à ton cerveau, mais à ton cœur ? »

Dans la vie, il est tout de même préférable de poser la question à son cerveau. Voire de laisser son cerveau y répondre. Après tout, la mission première du cœur est de pomper le sang, pas de répondre à des questions.


Marlene Jones

Marlene Jones est une auteure de romans M/M publiée aux éditions Textes Gais, L’Ivre Book, Evidence et Belphégor.


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