« De toute façon les gens savent bien faire la différence entre un livre et la vraie vie » – 1/3

Une petite série d’articles pour répondre à l’argument le plus souvent avancé contre la prise en compte de la réalité des risques sexuels dans la littérature ! C’est à dire sa potentielle inutilité, son caractère dispensable, qui est exprimée dans des phrases comme les suivantes :

  • Les gens savent que ce que ce n’est pas parce qu’ils voient quelque chose dans un livre qu’ils doivent faire pareil,
  • Un roman n’a pas à être réaliste,
  • Un auteur écrit bien ce qu’il veut…

Etc.

Il y aurait pas mal de choses à dire à ce sujet, en fait, on va donc développer dans trois parties :

  1. Du réalisme dans la littérature,
  2. De ces lecteurs qui sauraient si bien faire la différence entre un livre et la réalité,
  3. De l’absence présumée d’influence de la littérature sur le réel.

Première partie aujourd’hui, donc :

 

Du réalisme dans la littérature

Alors, posons bien les questions :

Un roman doit-il être forcément réaliste ?

NON ! La littérature de l’imaginaire manquerait cruellement, sinon. On est bien d’accord à ce sujet.

Un roman doit-il respecter les règles de son univers dès lors qu’elles sont posées ?

Ah… vous voyez que le problème est en fait plus complexe.
Et la réponse à cette question est bien : OUI !
Ceci est vrai même dans un univers non réaliste.

Dans un roman, on attend d’avoir des personnages qui se comportent de manière réaliste par rapport à l’univers dans lequel ils sont placés. C’est une base. Quel que soit l’univers, il y a donc toujours des règles à respecter. Ces règles, c’est l’auteur qui les pose, donc s’il décide de faire un univers magique dans lesquels les personnages peuvent utiliser de la magie, c’est posé. Et si, à un moment où ils devraient utiliser de la magie, les personnages ne le font pas sans qu’aucune explication ne soit donnée à ce sujet, le lecteur sera en droit de se demander ce qu’on lui fait lire.

Eh bien c’est pareil dans un univers réaliste : il y a des règles physiques, de santé, sociales… qui sont inhérentes à cet univers. Si vous écrivez un univers réaliste, qui respecte impeccablement les règles de notre société dans toutes les situations, et que, soudain, le commandant d’un Boeing 777 propose contre toute logique à votre personnage de prendre les commandes, avant que celui-ci fasse faire quatre loopings à l’appareil les doigts dans le nez, votre lecteur sera en droit de penser que vous vous moquez de lui.
Ces règles-là : physiques, de santé, sociales… etc., soit vos personnages les respectent parce qu’elles sont logiques, soit ils ne les respectent pas (ils en ont parfaitement le droit) mais il est alors impossible que ni eux ni quiconque de leur entourage ne tique à ce sujet et/ou que ce soit sans conséquence. Et, là aussi, en tant qu’auteur, si vous décidez de faire fi de ces règles appartenant à votre univers (contemporain ou non), le lecteur sera en droit de se demander ce que vous lui faites lire.

On peut prendre des questions très simples :
S’il neige, est-ce que vos personnages sortent en chaussettes dehors et ni ils ont froid ni personne ne les regarde avec surprise, ni ils se disent qu’ils attraperont peut-être la crève ?
Si vos personnages donnent leur sang, vont-ils utiliser la même aiguille, la même poche, la même tubulure, sans que ni eux ni les soignants ne sourcillent le moindre instant à ce sujet ?

Non ? Ben alors non également pour le fait qu’ils aient un rapport sexuel à risque sans préservatif et sans même songer qu’ils sont en train de prendre un risque. Un univers, ça se respecte jusqu’au bout.

En conclusion, oui, un roman doit respecter les règles de son univers dès lors qu’elles sont posées, donc si vous écrivez du contemporain/réaliste, n’écrivez pas des personnages qui ont des rapports à risque sans qu’à aucun moment ils ne fassent ne serait-ce que s’interroger à ce sujet. Respectez cet élément de votre univers comme vous respectez les autres, tout simplement.

 

A suivre pour la partie 2 : De ces lecteurs qui sauraient si bien faire la différence entre un livre et la réalité.


We Need More Safe Sex Books. Article écrit par multi-intervenants.


 

A lire aussi :

« De toute façon les gens savent bien faire la différence entre un livre et la vraie vie » – 2/3

 

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2 réflexions sur “« De toute façon les gens savent bien faire la différence entre un livre et la vraie vie » – 1/3

  1. Dédé Mu Mukan-shin dit :

    Eh oui ! (J’aime le coup des chaussettes !)
    Et puis, quand on crée un univers alternatif, on sait bien que la sexualité existe là aussi. Si ce n’est pas un univers préhistorique, il y a forcément des usages sociaux et des éléments culturels liés à la sexualité. Faire l’impasse dessus, dans un monde ne serait-ce qu’un peu civilisé, c’est une incohérence et c’est dommage : c’est ce genre d’élément qui ancre le récit dans des référentiels auxquels le lecteur est habitué, et grâce auxquels cet UA va devenir crédible à ses yeux et riche pour son imagination.^^

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  2. Camille-Miko (@CamilleMiko) dit :

    Ha ! La cohérence… Ca fait des années que j’essaye d’expliquer que c’est pas juste un joli mot, mais un concept à appliquer. Et pas que dans la sexualité, mais aussi avec les personnages que les auteurs n’aiment pas ou qui ne les arrangent pas, parce que des femmes et des ex-petite-amie, alors qu’ils veulent faire de leurs personnages masculins des gays !

    J'aime

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