« De toute façon les gens savent bien faire la différence entre un livre et la vraie vie » – 2/3

Deuxième partie de la série d’articles pour répondre à l’argument le plus souvent avancé contre la prise en compte de la réalité des risques sexuels dans la littérature, soit son présumé caractère dispensable.

Le premier a répondu à la question du réalisme dans la littérature,
Le deuxième aborde le sujet de ces lecteurs qui sauraient si bien faire la différence entre un livre et la réalité…

 

De ces lecteurs qui sauraient si bien faire la différence entre un livre et la réalité

 

Quelques anecdotes, pour commencer :

  • Celle d’une camarade qui, dans sa folle jeunesse (comprendre par là innocence) a suivi malheureusement les modèles fictifs qu’elle croyait réalistes. Et a « mordillé » son cher et tendre un peu trop fort (on mordillait beaucoup à une époque !). Et celui-ci n’a pas spécialement aimé…
  • Les statistiques affolantes sur la rupture de stock anglaise des boules de geishas, suite à une scène dans 50 nuances. La corrélation est là : c’était dans 50 nuances (quintessence du réalisme s’il en est, n’est-ce pas ? Et pourtant…), alors des centaines de femmes se sont précipitées sur un produit qu’elle ne connaissaient pas, sur la simple base d’un livre. Preuve qu’une fiction contemporaine peut avoir un influence colossale sur le monde.

Et puis des chiffres :

6000 nouveaux cas de VIH par an, plus de 200 000 avortements par an, la contraception d’urgence qui a doublé en 10 ans (il s’en vend en France plus d’un million par an), la syphilis en nette augmentation

Donc non, les gens ne savent pas ou sont mal informés, ou ne prennent pas en compte les risques. Le nombre de personnes pour qui le préservatif n’est pas devenu un réflexe lors d’un rapport avec un nouveau partenaire, voire qui ne savent même pas l’utiliser correctement, est loin d’être négligeable, y compris pour tout un tas d’autres pratiques dangereuses pour la santé. Même malgré tout le battage sur le VIH qu’ont connus certaines générations et les cours de préventions à l’école, nombreux sont ceux qui n’ont jamais été informés du risque d’infection par le sexe oral…

Enfin, a-t-on toujours des connaissances suffisantes pour savoir ce qui est réaliste ou non dans un roman ? Le cas des boules de geishas montre le contraire : la plupart des personnes en ayant achetées suite à leur lecture de 50 nuances ignoraient vraisemblablement que ces boules n’ont pas les vertus sur le plaisir décrites dans ce roman. Les gens connaîtraient vraiment les règles de sécurité dans le cadre d’une relation BDSM ? La notion de consentement serait si claire pour tous ?

On ne peut savoir que le sexe n’est pas réaliste dans un roman qu’à compter du moment où on possède déjà certaines connaissances à ce sujet. Beaucoup de lecteurs sont encore « jeunes » à cet égard, comme l’enfant qui croit aux dragons parce qu’il en a vus dans les livres. Alors, pour les dragons, la vie et l’éducation se chargeront de lui faire découvrir la réalité. Pour le sexe… la vie nous joue des tours assez moches si on s’en remet à elle. Quant à l’éducation, malheureusement, elle dépend de parents qui sont parfois trop embarrassés pour en parler, et le sont d’autant plus si les sujets à aborder sont plus complexes (consentement, rapports se situant hors de la norme…). Que reste-il ? Doctissimo ?

BONUs :

« Et le porno, c’est pareil, alors ? Pourtant tout le monde sait que c’est de la fiction ! »

Eh bien… Oui et non (mais encore une fois, on va justement développer !).

Oui, c’est pareil, parce qu’il serait bien que cette industrie fasse un effort sur le sujet, elle aussi. Oui, tout le monde sait que c’est de la fiction, parce que c’est traité d’une manière tellement parodique que c’est beaucoup plus palpable, contrairement aux fictions où le sexe est inscrit dans un récit et une relation.

Et Non, parce que les gamins qui regardent ça vont mettre tout de même un peu de temps à réaliser que ce n’est pas la vraie vie, et que ces codes ancrés en eux par cette représentation fictive du sexe les poursuivront.


A suivre pour la partie 3 : De l’absence présumée d’incidence sur le réel.


We Need More Safe Sex Books. Article écrit par multi-intervenants.


A lire aussi :

« De toute façon les gens savent bien faire la différence entre un livre et la vraie vie » – 1/3

 

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2 réflexions sur “« De toute façon les gens savent bien faire la différence entre un livre et la vraie vie » – 2/3

  1. Camille-Miko (@CamilleMiko) dit :

    Ce que je trouve le plus probant quant au fait que les gens ne savent pas faire la différence, c’est la manière dont le sexe est représenté. Soit les auteurs passent par des périphrases presque incompréhensible (« il le transperça de son glaive palpitant »), soit les auteurs répètent encore et encore les mêmes bêtises parce qu’ils ne connaissent que la version imaginaire et que la réalité ne leur parle pas du tout (la sodomie, ça fait toujours mal quoi qu’on fasse, quand on dit non ça veut dire oui, jouir en même temps c’est la preuve de notre immense amour, etc…)

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    • Valéry K. dit :

      Et l’orgasme, c’est toujours vaginal (le clitoris, connait pas) et fulgurant dès la première fois. 🙂
      Tiens, ce serait un point à ajouter dans l’article, d’ailleurs : combien de jeunes filles/femmes qui se demandent pourquoi elles n’ont pas d’orgasme vaginal comme dans les livres et qui se posent donc des questions sur leur corps en se croyant anormales ?…

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