« De toute façon les gens savent bien faire la différence entre un livre et la vraie vie » – 3/3

Troisième partie et dernière partie de notre série d’articles pour répondre à l’argument le plus souvent avancé contre la prise en compte de la réalité des risques sexuels dans la littérature.

Le premier article répondait à la question du réalisme dans la littérature,
Le deuxième article au sujet de ces lecteurs qui sauraient si bien faire la différence entre un livre et la réalité,
Le troisième aborde l’influence que peut avoir la littérature sur le réel.

 

De l’absence présumée d’influence de la littérature sur le réel

 

Alors déjà, depuis quand imagine-t-on qu’un livre n’a pas d’influence sur le réel ?
Mais développons encore une fois !
Nabokov aurait peut-être été bien heureux d’être reçu avec ce : « Mais ce n’est pas la réalité donc ça ne dérange pas« , mais ça ne s’est pas du tout passé comme ça.
Et quid de Victor Hugo, combattant la peine de mort à travers la fiction ? « Mais c’est une histoire, pourquoi on la prendrait en compte ?« 
Quid de tous ces auteurs qui se sont battus dans leurs romans pour faire changer les mentalités ? Quid de la littérature engagée…

De tous temps, les fictions ont forgé ou encouragé les opinions et le caractère de leurs lecteurs. Les scènes de sexe ne font pas exception à la règle. Elles sont une part, au même titre que n’importe quel autre élément culturel, de tout ce qui nous façonne, surtout quand elles touchent à un sujet sur lequel un certain nombre d’inconnues peut rester, et c’est le cas de la sexualité. Elles ont été plus d’une fois la marque d’un engagement de leurs auteurs : pour la libération sexuelle, pour le droit à la femme d’exprimer aussi ses propres fantasmes, etc.

L’influence par le biais « d’images » (texte, peinture, poésie, etc…..) est un élément extrêmement connu et abondamment repris par les publicitaires, et avec succès. Ce n’est pas pour rien qu’un fabricant de cigarettes a longtemps associé l’image de son produit à celle d’un cow boy. L’image de la cigarette associée à la virilité, le bad boy sexy… Toutes ces représentations ont été tellement bien ancrées qu’elles continuent à vivre. Et, si les publicitaires les utilisent, il ne faut pas se leurrer, c’est que ça marche !

En l’occurrence, que se passe-t-il quand on fait du préservatif, du consentement et/ou des règles de sécurité de base d’un rapport sexuel quelque chose d’anti-sexy, de dérangeant, de non naturel, qu’il convient de rayer/barrer/passer sous silence ? Puisque c’est ce qu’il se passe quand on en fait les seuls éléments réalistes qu’on décide de considérer comme inexistants, et certains auteurs l’expriment même clairement en ces termes. Eh bien, on les rend justement anti-sexy, dérangeant, non naturels, tabou…
Ça ne va pas aider les gens à être plus à l’aise pour sortir un préservatif, ça ne va pas les aider à pouvoir en sortir facilement, et ça ne va pas faciliter la communication. Au contraire.

 

En conclusion ?

Si la littérature érotique peut donner plein de bonnes idées à expérimenter, elle peut aussi contribuer à aider les lecteurs à se libérer sexuellement, à mieux connaître leur corps, à vivre plus sereinement leur sexualité… et elle peut aussi contribuer à banaliser l’utilisation du préservatif en créant des automatismes…. Si on veut reproduire dans la réalité ce qu’on a lu, on saura déjà quand et comment sortir le préservatif.

A l’ère de l’hyper information, certaines personnes sont très mal informées. Alors, si elles ne lisent que des œuvres offrant des visions déformées de la réalité sexuelle, elles pourront avoir des difficultés à savoir quand et comment se protéger, et quelle différence il convient de faire entre la situation rêvée qu’elles ont lue et la réalité derrière.

Si elles lisent, par contre, des œuvres mettant en scène l’usage des préservatifs, leur permettant de comprendre les notions de consentement, de différence entre risque de grossesse et risque de maladie, cela pourrait peut-être susciter un questionnement chez eux, au moins, voire les aider à avoir les bons réflexes au bon moment.

Et ce serait bien dommage de favoriser cette vision déformée et dangereuse de la sexualité à défaut de la deuxième.

 

 


We Need More Safe Sex Books. Article écrit par multi-intervenants.


 

A lire aussi :

« De toute façon les gens savent bien faire la différence entre un livre et la vraie vie » – 2/3

 

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