Le consentement dans la romance

sans oui, c’est non : le B.A.BA du consentement

Dit comme ça, ça paraît simple, mais dans les faits, on se rend compte que la question du consentement semble digne d’un sujet de philosophie. Et c’est aussi vrai dans les livres, où les limites sont floues, détournées ou utilisées pour créer des moments « romantiques ».

 

Une définition et des notions

 

Pour donner une définition simple du consentement sexuel, il s’agit de l’accord volontaire donné par une personne ayant atteint la majorité sexuelle à son (ou ses) partenaire(s) pour une pratique, dans la mesure où cet accord résulte d’un choix libre et éclairé.

Dans cet article, je vais également aborder les notions de dubcon (dubious consent = consentement douteux) et de non-con (non-consensual = absence de consentement).

En expliquant ceci, j’imagine que tout le monde se dit que c’est évident. En effet, si on dit non, on devrait s’en tenir là. Si on change d’avis (parce qu’on n’a plus envie, parce qu’on a peur ou pour n’importe quelle raison), notre partenaire devrait nous écouter et le respecter. Si on n’aurait pas dit oui dans notre état normal (ébriété, fragilité émotionnelle…), notre partenaire devrait être capable de se retenir et de différer l’acte. Si on nous met la pression, on nous fait chanter, on nous agresse, on devrait être capable de se défendre.

universite2Mais voilà : j’ai tout mis au conditionnel parce que ça ne se passe pas toujours dans le respect. Que le consentement enthousiaste est encore trop peu recherché. Et que c’est la victime qui est encore montrée du doigt. Parce qu’elle (la victime, hein ? mais elle peut être un homme) s’est habillée de manière provocante, ou qu’elle a bu, ou qu’elle a « chauffé » son agresseur… Comme si la victime devait porter la culpabilité. Comme si l’agresseur ne pouvait pas contenir une pulsion ou assumer ses actes.

 

La banalisation du non-respect du consentement

 

En romance, quand on y réfléchit, il y a de nombreux exemples où le consentement est, au mieux douteux, au pire inexistant. En réfléchissant à l’article, j’ai cherché lesquels utiliser et j’en ai retenu trois. Trois qui sont à des degrés différents dans le dubcon ou le non-con, mais trois qui sont finalement récurrents, au point d’être banals et que beaucoup puissent les considérer comme romantiques.

Et on note aussi qu’il y a un ressenti à double vitesse : si l’intérêt amoureux se comporte comme un goujat et oublie le B.A.BA du consentement, on va soupirer d’aise et se dire que c’est trop beau, trop romantique, et que c’est fou l’amour. Tandis que le même comportement venant du « méchant », l’empêcheur de se mettre en couple, sera forcément de l’abus et mériterait mille morts…

En attendant, place à mon top 3 !

 

  • Le premier baiser

article-2734330-20cce9a000000578-178_634x769Imaginez la scène : vos deux personnages se tiennent tête, la tension sexuelle est à son comble depuis plusieurs pages, ils se rapprochent tout en se criant dessus. Et l’un d’eux trouve que c’est le bon moment pour embrasser l’autre passionnément, coupant effectivement le flot de ses paroles. L’autre n’étant pas vraiment opposé à ce baiser finit par y répondre.

Seulement, est-ce que ce baiser était vraiment voulu à ce moment ? Le fait qu’il faille surmonter la surprise d’être embrassé pour embrasser à son tour n’est-il pas vécu comme une agression ? N’est-ce pas aussi un manque de respect envers son opinion puisqu’on ne le laisse pas argumenter ?

Alors qu’il faudrait peu pour que la scène tienne compte du consentement des deux personnages. Que l’un s’exclame : « Putain, mais qu’est-ce que j’ai envie de t’embrasser ! » et que l’autre acquiesce rapidement avant qu’ils ne se jettent l’un sur l’autre pour leur baiser passionné.

 

  • Le trope de l’alcool

blurring-the-line-alcool-uwc-edu Peut-être l’un des plus utilisés et qui marche le mieux. Quoi de plus évident pour désinhiber un personnage et lui faire adopter un comportement plus aventureux ?

L’alcool est LA bonne excuse pour faire faire quelque chose à un personnage qui ne correspondrait pas à son caractère. « On est plus honnête avec ses désirs quand on a bu » ou « On a plus confiance en soi après un verre ou deux ». Et celui qui se retrouve confronté au personnage en état d’ébriété est montré comme un sauveur : il le ramène chez lui, s’en occupe quand il n’est pas capable de le faire lui-même… Alors où est le problème s’il en profite pour tester la marchandise, non ?

Cependant, si on choisit de se servir de ce trope, il faut avoir conscience que le personnage aura très probablement des regrets le lendemain, que l’autre personnage qui a profité de la situation pourrait être considéré comme un agresseur (d’autant plus si lui était sobre).

Prendre la mesure des conséquences et les exploiter ne peut qu’enrichir l’histoire, permettre au lecteur de mieux s’identifier aux personnages.

 

  • Mais ton corps a dit oui

edmonton-campagne-lit2Alors, celui-ci est certainement celui que j’ai le plus rencontré en romance M/M, notamment. Si l’auteur ne se débrouille pas trop mal, on va être dans un dubcon : un personnage qui n’a pas trop envie mais finit par se laisser convaincre. Déjà, le malaise est là.

Mais bien souvent, c’est du non-con : un personnage qui dit non, qui le répète à plusieurs reprises mais qui est ignoré par son partenaire. Qui, en plus, se fait rappeler que son corps le trahit par des réactions purement mécaniques (qui ne sont pas liées à l’excitation sexuelle). Et qui se prend en conclusion un magistral : « Tu vois que tu as aimé finalement. »

Là, je ne peux qu’encourager à repenser la façon dont la scène a été amenée ou à vraiment en traiter les conséquences : le personnage qui vient de se faire violer ne peut simplement pas accepter la situation et proférer son amour. Même si c’est une dark romance (genre plutôt à la mode en ce moment), la victime devrait passer par divers stades de haine et de colère.

 

conclusion

 

Le but de cet article est de montrer que le consentement est encore trop éludé dans les romances. Cela ne veut pas dire que les situations que j’ai citées ou d’autres n’ont plus leur place dans les romans. Il s’agit plutôt :

  • de prendre conscience de la contradiction entre ce qu’on trouve sexy dans un livre et pourtant révoltant dans la réalité ;
  • de ne pas amoindrir les conséquences d’une agression sexuelle ou d’un viol ;
  • d’essayer de proposer des romances qui fassent rêver entre personnages consentants !

Il existe d’autres situations, des particularités (comme le BDSM). N’hésitez pas à venir en discuter avec nous (en commentaire, sur la page Facebook…)ou à nous proposer vos témoignages.


Magena Suret

Magena Suret est une auteur de romance et d’érotique publiée notamment aux éditions La Musardine et Laska.


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le consentement expliqué par une tasse de thé

 

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11 réflexions sur “Le consentement dans la romance

  1. Valéry K. Baran dit :

    Très bon article.
    L’élément permettant de voir, pour une autrice, si son personnage a été respectueux de l’autre ou non est peut-être d’ailleurs dans cette phrase : « si l’intérêt amoureux se comporte comme un goujat et oublie le B.A.BA du consentement, on va soupirer d’aise et se dire que c’est trop beau, trop romantique, et que c’est fou l’amour. Tandis que le même comportement venant du « méchant », l’empêcheur de se mettre en couple, sera forcément de l’abus et mériterait mille morts… »

    Aimé par 1 personne

  2. vivianefaure dit :

    Un article important, merci !
    C’est un de mes plus gros problèmes avec la romance, surtout le fameux « mais au fond tu aimes ça ».

    L’alcool, bon y a pas mal de nuances entre « un petit verre pour me donner du courage » et « je sais même plus où j’habite ». Je pense que c’est un trope qu’on peut utiliser si on se situe du point de vue de la personne qui a (le plus) bu et qu’on montre bien que l’initiative vient d’elle et qu’elle maîtrise.

    Quand au baiser fougueux qui vient interrompre une conversation, j’avoue, je trouvais ça romantique à 18 ans, quand j’ai commencé la fanfic. Depuis que j’ai essayé de visualiser la situation « en vrai », mouais en fait, bof.

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    • Magena dit :

      Merci à toi :).

      Les exemples sont les cas les plus rencontrés selon mon expérience. Et poussés à l’extrême.

      Le viol camouflé par le plaisir ne passe pas pour moi, c’est aussi celui pour lequel je suis la moins tolérante.

      Les deux autres, j’ai été la première à les employer et à trouver ça bien pratique (l’alcool) ou romantique (le baiser-surprise). C’est avec le recul que je me rends compte que c’est aussi limite question consentement. J’ai réécrit une nouvelle parce que mon héros faisait des aveux et se jetait sur l’autre en étant ivre et on voyait bien qu’il ne maîtrisait rien et qu’il regretterait son geste…
      Le tout est de trouver l’équilibre selon les personnages ou la situation pour que le lecteur trouve l’instant drôle ou romantique, pas qu’il projette le malaise qu’il ressentirait à la place du protagoniste.

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  3. taraxacumofficinalis dit :

    Excellent article!; Et je trouve bien que ce trop du premier baiser volé soit inclus, parce qu’on le voit un peu trop souvent qualifié de mignon, celui-là.

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  4. C.S. Ringer dit :

    En fait ce n’est pas très compliqué de marquer le consentement dans une histoire, ça peut tenir en deux lignes :
    « – Est-ce que je peux t’embrasser ?
    – Oh oui grand fou ! »
    Et voilà ! Ça n’enlève rien à la tension sexuelle et en plus c’est sain. Alors c’est quoi l’excuse pour éluder le consentement ? 😉

    Aimé par 1 personne

    • Magena dit :

      C’est vrai que ça paraît simple ^^

      En fait, je pense que c’est surtout une question de culture : on baigne dans des œuvres qui ont romancé ce genre de scènes au point où les auteurs les reproduisent sans vraiment y réfléchir.
      Et c’est le cas pour d’autres choses : quand on écrit, on a tendance à reprendre les éléments de ce qu’on a lu. C’est naturel. Et c’est peut-être encore plus flagrant dans la fanfiction où certaines idées se retrouvent intégrées dans la majorité des fics alors qu’il n’y a rien dans l’œuvre originale pour les supporter…

      Mais à partir du moment où on en prend conscience, on peut faire bouger les choses 😉

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  5. Julien Hirt dit :

    J’aime beaucoup cet article, qui vise juste selon moi.

    La question du consentement dans la fiction n’est pas tout à fait la même que dans la réalité: il ne s’agit pas d’une agression en tant que telle, mais d’une représentation de l’agression, parfois si banale que l’on ne s’en aperçoit pas. Il est salutaire de le souligner, cela peut faire évoluer les consciences.

    Maintenant, j’éprouverais des réticences vis-à-vis de toutes celles et ceux qui souhaiteraient se servir ce ce constat pour vouloir museler les auteurs. Il est pour moi tout aussi légitime d’écrire une romance qui montre des scènes problématiques du point de vue du consentement que d’écrire un roman policier mettant en scène des meurtres. Dans les deux cas, inclure ce genre de scène ne signifie pas qu’on les approuve.

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    • Magena dit :

      Merci 🙂

      Le but est bien de faire réfléchir, de prendre un peu de recul sur ce qu’on a l’habitude de lire. Avec l’expérience (aussi bien dans la lecture qu’au quotidien), on affine notre sensibilité et on se rend compte, pour certains sujets, que ce n’est pas parce que c’est banal que c’est normal.

      Quant à museler les auteurs, ce n’est pas du tout l’objectif. En ayant conscience du problème, on pourra plus facilement l’exploiter, en jouer ou le contourner. Lire des scènes problématiques ne me pose pas de souci tant que l’auteur a conscience qu’elles le sont et qu’il s’en sert dans l’histoire (que ce soit pour les dénoncer ou les assumer en proposant un texte noir qui ne les romancera pas). Le traitement ne sera pas le même s’il pense que c’est normal et romantique parce qu’il l’a déjà lu/vu dans des dizaines de livres ou de films.

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