Sade VS Dark romance

Sade : précurseur malgré lui de la Dark romance ?

Ici, point de romance, mais du libertinage. Encore que… le viol, si propre à Sade, au même titre que l’inceste, faisant les beaux jours de la Dark romance, je suis prête à tout entendre. Surtout après avoir relu Les 120 journées de Sodome pour le bien de cet article… Je m’appuierai donc essentiellement sur cette œuvre majeure de Donatien Alphonse François, dit Marquis de Sade, né en 1740 et mort en 1814.

Pour ses récits, qualifiés de pornographiques à l’époque, il enchaîne les séjours en prison. C’est même durant son incarcération à la Bastille, en 1785, qu’il écrivit Les 120 journées de Sodome. Les 50 Shades et autres romans érotiques sur fond de BDSM soft peuvent clairement aller se rhabiller.

Sade, ce ne sont pas seulement des propos crus, des descriptions outrageuses où s’entremêlent plaisir et sévices, c’est aussi une maîtrise parfaite de la langue française, une critique des institutions et une réflexion en pied de nez au mal, ainsi qu’à la morale.

Par cette virulence, Sade aura marqué l’Histoire de son empreinte, et avec la palanquée de textes érotiques contemporains sur fond de viols romancés, quel accueil réserverait-on aujourd’hui à de telles œuvres ? Pour quelle(s) raison(s) qualifie-t-on Sade de philosophe libertin, malgré la répugnance manifeste pour sa plume ? Pourquoi reste-t-il un « exemple » de la littérature érotique, en tout cas l’un des piliers de l’écriture décomplexée ?

 

MISE EN CONDITIONS : LE LIBERTINAGE AU XVIIIÈME SIÈCLE

LE LIBERTIN AU SENS ORIGINEL DU TERME

Si, aujourd’hui, nous parlons essentiellement de « libertin de mœurs », il convient de rappeler que nous parlions, avant, de libre penseur. Les XVIIème et XVIIIème siècles ont ainsi donné le jour au libertinage intellectuel et il va sans dire que la plume de Sade s’y prête fort bien. (Je reviendrai plus tard sur le libertinage tel que nous le voyons désormais.)

Critique ouverte de la société, philosophie de la morale, questionnement sur le mal et sa nature, l’œuvre du Marquis appartient aux romans libertins du siècle des Lumières. Elle connaît parfaitement les codes de la société, les introduit et mène une quête du plaisir via la dépravation morale et la perversion. Dans un aspect plus contemporain, on y retrouve l’idée de l’initiation, de la femme-objet…

 

LE LIBERTINAGE SELON SADE

Au XVIIIème siècle, le libertinage devint un mode de vie. Les Encyclopédistes le définissent comme suit :

« L’habitude de céder à l’instinct qui nous pousse au plaisir des sens ; il ne respecte pas les mœurs, mais il n’affecte pas de les braver ; il est sans délicatesse et il n’est justifié dans ses choix que par l’inconstance, il tient le milieu entre la volupté et la débauche ; quand il est l’effet de l’âge ou du tempérament, il n’exclut ni les talents ni un beau caractère […] Quand le libertinage tient à l’esprit, quand on cherche des besoins plus que des plaisirs, l’âme est nécessairement sans goût pour le beau, le grand et l’honnête. »

Ainsi se résument parfaitement Les 120 journées de Sodome.

 

LA PHILOSOPHIE DE SADE

Sans rédiger ici un paragraphe trop « philosophique », j’ai tenté de comprendre l’œuvre de Sade au-delà de ce qu’elle présente, bref, de lire entre les lignes. Par le biais de sa plume, Sade présente l’ambition de soulever des interrogations sur la culture de son époque – interrogations étant restées très actuelles, aujourd’hui – et sur la raison de ces phénomènes culturels. Par le vice qu’il dépeint, il attire l’attention sur celui-ci et le fait détester. L’œuvre du Marquis est destinée à faire horreur, et en cela, on ne la qualifie pas de romance, tout comme il ne me viendrait pas à l’esprit de classer la Dark romance dans la romance non plus.

Si nous nous penchons sur les « ingrédients » des 120 journées de Sodome, nous obtenons un joyeux mélange de viol, d’inceste, de sévices… Exactement les mêmes que dans la Dark romance, à la différence que Sade n’a jamais cherché à les rendre beaux, romantiques ou que sais-je encore. À la différence qu’ils sont portés par une réflexion culturelle et sociétale, une interrogation des normes sociales. Quand on dit ou lit que le Marquis de Sade est un phénomène de société actuel, ça n’a jamais été aussi vrai.

 

FAUT-IL ENCORE ÊTRE CHOQUÉ(E) PAR L’ŒUVRE DE SADE ?

Choqué(e), peut-être pas, mais interpellé(e), oui. La torture, l’inceste, le viol sont cruellement d’actualité. Les mœurs ont évolué (pas forcément dans le bon sens) et l’information – qui circule partout, tout le temps –, la culture  (coucou 50 Shades) ont tendance à banaliser des comportements à risques et/ou illégaux.

La véritable question, ici, est de savoir, de comprendre, de déterminer pourquoi Sade écœure-t-il tant, alors que l’on admet, encense, parfois, des romans qualifiés de Dark romance qui, pourtant, reposent sur les mêmes bases que l’œuvre du Marquis. Qu’est-ce qui a changé ? Est-ce « l’emballage », la romance promise qui fait fondre les petits cœurs ? Personnellement, entre Sade et la Dark romance, j’exècre volontiers la seconde : elle ne reflète absolument pas ce qu’est une relation saine, et Sade, au moins, n’a jamais eu la prétention de vendre ses textes comme des histoires d’amour. Mais ceci est un autre sujet. Promis, je vous en parlerai.


Aude Reco

Aude Reco est une autrice de romance et SFFF.


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