Avertissement : une longue histoire

cachez ce préservatif que je ne saurais voir

Ouvrons un livre au hasard et tombons au moment précis où les deux héros, quel que soit leur sexe, s’apprêtent à passer un peu sérieusement à l’action.
Je ne vais pas vous détailler, vous êtes tous grands et adultes, vous savez comment les choses se passent.
Partons du principe que le consentement était éclairé, que le type n’est pas un psychopathe qui a torturé mentalement et physiquement sa victime, que tout va bien dans le meilleur des mondes.
Il y a souvent un truc qui fait masse, comme disent les électriciens ou le regretté Alain Bashung.
Le port du préservatif.
Reprenons notre livre au hasard, et appelons-le « 50 nuances de marquage au fer rouge à Panama sur la croix de feu », (je ne parle pas des croix de feu de sinistre mémoire, nous rappelant les zheureslesplussombresdenotrehistoire). Que voyons-nous, astucieux lecteur ?
Comme tu es un astucieux lecteur, tu m’objecteras intelligemment : « ben justement, Marlène, là est le souci : on ne voit rien. Du moins, rien sur le pénis du gars, et ceci que son partenaire soit un homme, une femme ou un transgenre. Rien du tout. Le gars a négligé la capote et sa/son partenaire a tout autant négligé de lui dire : « pas de capote, tu remballes, gars ! »

le problème des conduites à risques dans les livres

En tant qu’auteure, il m’arrive plus souvent qu’à mon tour d’oublier de coiffer la virilité de mes personnages d’une capote. Pourtant, c’est un des points auxquels je tiens beaucoup et j’ai bien peur que dans mes textes futurs, cela m’arrive, à nouveau. Je vais donc, tel un Perceval à l’assaut du Graal, me lancer sur la piste de « comment résoudre le problème des conduites à risque dans les livres ? »

les trigger warnings : une solution

Nous arrivons donc, par ce biais, à l’épineuse question des trigger warnings.

Si je peux me permettre de parler de mon expérience personnelle, je ne m’attendais absolument pas, quand mon premier livre est sorti, d’avoir des témoignages de lecteurs, me disant qu’il avait remué en eux des traumatismes d’adolescence. C’est certes, flatteur, mais perturbant. Aurais-je dû mettre un « trigger warning » en première page ? Probablement. Je suis absolument incapable de juger un livre portant sur l’alcoolisme féminin. J’ai mis des mois à me remettre de « il faut qu’on parle de Kévin » car mon fils avait le même âge. L’avantage des triggers warning est qu’au moins, le lecteur sait où il met les pieds et le lit en conscience. L‘inconvénient est que ça nuit à l’effet de surprise qui est tout de même l’intérêt premier d’un récit bien mené.

Si donc, amis auteurs, vous oubliez de faire enfiler une capote à vos héros, les triggers warning offrent trois solutions :

  • Spécifier au début du livre que vos héros vivent dans un monde idéal où les MST n’existent pas et que donc, ils peuvent folâtrer avec qui bon leur semble, voire à plusieurs, sans aucun risque de mourir dans d’atroces souffrances.
  • Spécifier au début du livre que TOUTES les actions, de nature sexuelle, même celles où ce n’est pas précisé, se font avec une capote.
  • Mettre en scène un couple ensemble de longue date, monogame, qui ne va pas voir ailleurs et donc, n’a pas besoin de capotes.

Note admin : nous allons proposer des extraits ou des exemples de ces avertissements ou trigger warnings pour illustrer cet article.

 


Marlene Jones

Marlene Jones est une auteure de romans M/M publiée aux éditions Textes Gais, L’Ivre Book, Evidence et Belphégor.


A lire aussi :

Le rôle d’un livre est-il d’éduquer ?

 

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