De la recherche d’un extrait safe ou qu’est-ce qu’une demande simple peut-être prise de tête

Cet article sera avec des gifs parce que parfois, les gifs, ça fait du bien.

Ça a toujours été comme ça. Depuis le début. A chaque fois que j’ai prospecté un peu autour de moi pour savoir si quelqu’un avait une idée de scène safe dans un bouquin que je pourrais prendre en extrait .

« Et pourquoi faire ? »
« Je ne vois pas pourquoi une histoire en aurait besoin. »
« On n’a pas besoin de ce genre de détails pour savoir que nos personnages sont consentants/sont responsables. »
Et puis tous les grands discours politique dissertant sur le fait que… que, eh bien, parler safe sex dans un bouquin, ce ne serait pas bien (parce que, en gros, c’est un peu l’idée qui ressort, hein ?)

Tou.jours.

Et toi, tu es là, tu te dis : « j’ai juste demandé si quelqu’un avait un extrait, hein ? », et tu observes la série habituelle des levers de boucliers, et les longs discours critiquant largement ta demande (oh, drame ! Quelqu’un a demandé s’il existait un extrait de scène de sexe parlant de SAFE SEX !!! Non mais vous ne vous rendez pas compte, vous, les gens, du haut niveau d’hérésie de cette demande, quoi), et les longues dissertations comme quoi on n’a pas besoin de le dire dans les bouquins et que, franchement, ta demande est problématique par rapport à ci ou à ça, et…

Ou alors, quand tu es un peu plus d’humeur, ou même simplement quand tu es un peu plus habitué, tu peux le prendre un peu plus à la cool. Après, avec le temps, on s’habitue, hein ? On est plus formé à l’idée que, voilà, c’est comme d’hab, qu’il va juste falloir attendre que les gens se calment un peu.

Et on scrole les réponses, en se disant « bon… à un moment donné… quelqu’un va peut-être répondre à la question, non ? » (non mais des fois que. Tu sais, quand quelqu’un demande « est-ce que vous avez un extrait de ? », on peut voir émerger des réponses qui sont simplement « oui » ou « non », hein ?).

Alors, point positif, quand même. Et je dirais même très positif. A force, dans certains milieux (enfin, dans les gens qui finissent par connaître cette demande de ma part/le travail que l’on fait sur We Need More Safe Sex Books), il y a une évolution dans le sens où c’est accepté. Si si. Simplement. Il y a des gens qui nous soutiennent, toujours. Et puis il y a aussi ceux qui ne sont pas sensibles à notre démarche (et ils en ont le droit), mais qui ne sont plus pour autant en train de se succéder les uns les autres à servir la soupe citée initialement à chaque demande que l’on pourrait faire. Parfois, même, ils nous orientent même vers des personnes qui pourraient nous aider/nous proposent des extraits s’ils en ont qui leur viennent en  tête. Je veux dire : Merci !!!!

Mais je tiens quand même à signaler que, sérieusement, il n’y a que le fait de rechercher une scène de safe sex qui suscite ça…

Je veux dire… Je fais la même demande demain : « Salut, pour un travail que je fais actuellement, je cherche un extrait de roman se déroulant dans un supermarché, est-ce que vous en avez en tête ? »… ou « Salut, je cherche un extrait de roman parlant d’autisme, vous avez ? »… ou on va dans le non-moral, après, pourquoi pas ? « Une scène où l’un des personnages se drogue », « Une scène de violence conjugale »… Non mais je suis absolument sure que je peux demander une scène parlant d’inceste aussi, hein ? Personne ne va me répondre en me demandant : et pourquoi je cherche ça ? Et pourquoi un roman devrait contenir une scène de ce genre ? Et à quoi ça sert d’abord ? PERSONNE ! Par contre, tu demandes du safe sex… Drame !

Alors je remarque que ça se produit désormais quasi uniquement dans des milieux où on ne s’est pas encore beaucoup manifesté. Ce qui est positif ! Parce que ça montre que, dans ceux où on a passé cette première étape du « pourquoi faire ? », notre démarche est désormais acceptée, et souvent même soutenue mais, au moins, voilà, on ne rencontre plus ces barrières délirantes, à chaque fois. Mais ça reste quand même quelque chose à vivre que de demander simplement un extrait de scène safe, ou ayant un petit détail parlant de consentement, ou du fait de se protéger dans les rapports sexuels, ou n’importe quoi de proche… Vous voyez, en mode naïf (non mais parce que la naïveté, ça revient vite, en fait : on oublie) : j’ai une petite question, coucou…

Et de redescendre en voyant le tsunami déclenché (en mode « ah oui, c’est vrai… »), tsunami qu’il faut longuement scroler en se disant « oui… et, dans le tas, est-ce que quelqu’un va quand même se manifester pour répondre à la demande ? Ne serait-ce qu’en disant « non, je n’en connais pas » » ?

Je ne débats plus, maintenant. Je m’en rends compte. J’ai eu un vécu désagréable, à l’époque où l’un de nos articles sur la Dark romance avait suscité un bad buzz, et je n’ai plus envie de me perdre dans des explications sans fin qui ne sont pas entendables parce que, de toutes façons, il y a trop de barrières en face et qu’on ne peut pas y arriver. Mais je continue à chercher des extraits ! Et à parler de ce sujet ici et sur les réseaux parce que je suis toujours convaincue que c’est un super sujet ! Et je pense toujours que proposer des extraits est intéressant, oui ! Que montrer simplement que, si si, ça peut se faire, et que ce sont même de chouettes scènes et que, eh, ce roman adapté depuis au cinéma en contient aussi, et que ce méga best-seller a une scène également qui…, c’est quelque chose de cool qui peut inspirer les auteurs et leur faire se dire que « ah ouais, tiens, on peut le faire aussi », « ce n’est pas tant une hérésie », « tiens, la scène n’est pas si mal, en fait »…

Bref, de sortir de cette impression d’hérésie liée au fait de parler simplement « safe » dans les scènes sexuelles.

(Non mais, sans blague, il y a un type de scène, pourtant pas du tout spécial ou touchant à une sexualité qui ne concerne pas beaucoup de monde, hein ?, je crois que je ne vais jamais parvenir à avoir un extrait dessus…)

EDIT : Finalement, j’y suis arrivée… avec un bouquin datant de 1977 (et une référence en littérature, qui plus est). Eh, et la modernité, les gens ?


Valéry K. Baran

Valéry K. Baran est une autrice d’érotique et de romance publiée essentiellement aux éditions Harlequin mais aussi chez divers autres éditeurs.


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Osez 20 histoires érotique de Noël – Fellation et préservatif

EXTRAIT
Osez 20 histoires érotique de Noël
« Sur les genoux du Père Noël »

 

Autrice : Magena Suret
Éditions : La Musardine

Elle se glissa à genoux au sol et un éclair de compréhension satisfaite illumina le visage de Timothée qui se rallongea sur ses coudes. Il laissa Amandine lui descendre le pantalon jusque sur les chevilles et écarta au maximum les cuisses. Elle ne perdit pas de temps et plongea sur sa verge, l’enveloppant aussitôt dans sa bouche sur quasiment toute sa longueur. Si elle avait anticipé la fellation, elle aurait favorisé un préservatif aromatisé ; toutefois, le goût du caoutchouc était atténué par leur rapport préalable. Elle ne mit pas longtemps à entendre son partenaire haleter.
Elle suça et aspira avec d’autant plus d’enthousiasme, jouant avec les testicules au creux de sa paume, jusqu’à percevoir la veine gonfler sur sa langue. Elle l’avala alors aussi profond qu’elle le pouvait et le garda au fond de sa gorge tandis qu’il remplissait la protection de son plaisir.

« Le préservatif, ça casse la scène de sexe »

Je lis toujours cette phrase. A chaque fois qu’une conversation vient aborder la non-mention du préservatif dans les romances et les scènes de sexe, même juste un simple instant, il se trouve toujours quelqu’un, et parfois plusieurs personnes, quand ce n’est pas un cri commun qui s’élève soudain, pour sortir ça :

« Mentionner le préservatif, ça casse la scène de sexe ».

Et je ne peux m’empêcher de songer, à chaque fois :

« Et mentionner les vêtements qu’on enlève, ça casse la scène aussi ? »

En fait, et ce n’est pas limité aux romans, tout se passe comme si l’acte sexuel devait être un acte « irréel », lissé, avec un aspect très éthéré, hors du monde, et où tout ce qui ne serait pas dans la continuité de l’étreinte des corps serait un problème.

Monter l’escalier, si ce n’est pas fait en se tripotant, ça casse la scène.

Ouvrir la porte, si le couple ne s’y est pas plaqué en s’embrassant tandis que l’un d’eux abaisse discrètement la poignée, ça casse la scène…

Le déshabillage doit se faire à deux, réciproquement (sinon, ça casse la scène, ce n’est pas sexy, on est bien d’accord).

Même pour le préservatif, on vous suggèrera de le mettre avec une fellation, pour ne pas « casser l’instant », justement.

C’est ce qu’on entend dire sur les livres, mais c’est surtout une pensée très présente tout simplement dans la vie, et cette idée que ça va « casser la scène » en est entièrement le reflet. Il faut que le sexe soit lisse, propre, sans accrocs… Attention à cette magie si fragile ! C’est une faible bougie, un simple souffle pourrait en éteindre la flamme…

Mais c’est vraiment ça, le sexe ?

Le sexe, ce n’est pas des personnes qui peuvent parler, se chahuter, rire dans l’acte ? Le sexe, ce n’est pas la complicité ? Le sexe, ce n’est pas le partage, le fait de prendre soin l’un de l’autre, et prendre ce soin ça ne comprend pas le fait de se protéger comme de protéger son partenaire ? Le sexe, ce n’est pas pouvoir se parler, se regarder et se comprendre ?

J’ai l’impression qu’on est dans une vision infantile, limite, dans le sens où il ne faudrait rien y montrer qui ne soit recouvert de rubans dorés et de poussière d’étoiles… Un conte de fée de l’extrême. Et pourtant, il y a tant d’autres manières de parler de sexualité.

Je ne rejette pas la vision infantile. L’aspect conte de fées est tout à fait appréciable, il plait et c’est très bien. Moi aussi, il me plait. On a tou.te.s envie de contes de fée, parfois. Je critique l’idée qu’offrir une vision plus mature, plus réaliste, qui montre autre chose que des paillettes et des rubans puisse être forcément un problème. Cette idée-là. Que ça « casse la scène », indubitablement. Je le critique parce que, d’une part, c’est enfermer la représentation de la sexualité dans une seule version possible : celle du conte de fées avec son beau vernis posé dessus, et ses actes qui s’enchaînent parfaitement dans une danse muette où rien ne doit faire de vague plus forte ou plus faible que l’autre. Et je le critique parce que c’est même réduire encore cette version-là à une caricature. Les contes de fées ne sont ni aussi jolis, ni aussi lisses. Le temps les a édulcorés mais, même ainsi, ils restent souvent durs, cruels… On peut avoir la magie et l’horreur. On peut avoir l’émerveillement et  la peur.

On peut avoir une scène de sexe rêvée, avec les personnages qui s’enlacent en montant l’escalier, qui s’embrassent en appuyant discrètement sur la poignée de la porte derrière leurs corps collés, qui se déshabillent l’un l’autre sans parvenir à cesser de se toucher, ses mains à elle tremblantes au contact de sa chair à lui, et ses doigts à lui pressants, désireux, avec ses baisers qui lui font perdre la tête… et puis, lui qui ramène la main depuis ses vêtements où elle s’était égarée un instant pour pour lever un préservatif devant son regard à elle.

– Tu veux ? dit-il.

Elle se mord la lèvre. Il est juste au-dessus d’elle, penché, avec ses mèches souples qui retombent devant son front et son sourire en coin pourrait la faire fondre si elle n’était pas déjà si liquide entre ses bras.

Elle porte la main à l’emballage, l’attrape entre ses doigts fins, le fixe, obnubilée. Son cœur bat à toute vitesse. Puis elle relève le regard vers lui, vers ses yeux verts dans lesquels toute trace de jeu s’est désormais effacée, balayée par un désir qui la renverse toute entière, qui semble même le renverser lui, sur l’instant, tant il occupe toute la place… Et elle s’y perd. Son corps pulse de besoin. La réponse s’arrache d’elle-même à sa gorge :

– Oui.

– Mets-le moi.

Son timbre de voix est rauque, empressant.

Elle se redresse, aux berges du vertige. Ouvrir cet emballage est comme un compte à rebours. Le dérouler sur sa chair dure comme une impudence et, en même temps… Elle s’attarde sur le grain de sa peau, si doux sous ses gestes. Et elle lève les yeux sur son visage pour le voir lui, frémissant de désir, se retenant de la toucher, avec son torse qui s’élève et s’abaisse vivement, désormais, et son regard qui la brûle, la bouscule, l’enflamme.

Puis, d’un coup, il la renverse sous lui et entre enfin en elle.


Valéry K. Baran

Valéry K. Baran est une autrice d’érotique et de romance publiée essentiellement aux éditions Harlequin mais aussi chez divers autres éditeurs.


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Un exemple de Dark romance réussi : In These Words

Dans notre série d’articles autour de la Dark romance, on va s’intéresser à un exemple particulièrement intéressant qui montre que, oui on peut exploiter l’aspect le plus sombre de la Dark romance soit le fameux rapport victime/bourreau, on peut même « érotiser » une scène de sexe non consentie, le tout sans en minimiser la gravité, sans faire du comportement du bourreau un élément de séduction, sans traiter le bourreau comme quelqu’un qu’il conviendra de « guérir »,  et tout en développant tout de même une romance. Tour de force, non ?

Bienvenue dans le manga In These Words.

En préambule, on va d’abord refaire un point sur ce qui a été évoqué comme problématique sur le sujet dans l’article La Dark romance, complété par l’article Le rôle d’un livre est-il d’éduquer ? C’est à dire que, comme on l’évoque régulièrement sur ce blog, le problème n’est pas le sujet mais le traitement qui en est fait. Or, traiter le viol, les sévices psychologiques et/ou physiques en tant qu’éléments pouvant aboutir à une romance entre la victime et son agresseur :

  •  Tend à tolérer, banaliser et excuser ces actes,
  • Romantise des situations malsaines et dégradantes,
  • Fait croire qu’un homme violent, manipulateur, etc. peut changer, aimer et être aimé en retour,
  • Néglige la préparation des lectrices à son contenu, par l’absence de trigger warning.

Et, par ce biais, ce type de roman s’inscrit ainsi dans la « culture du viol » de notre société, avec ses conséquences à ne pas surestimer (ce n’est bien évidemment pas « un » livre qui va avoir des conséquences), mais à ne pas sous-estimer non plus (l’ensemble de cette culture, elle, en a).

On voit ce qui en est pour In These Words ?

Avant que vous lisiez la suite, je préviens que, pour une raison de développement du sujet, cet article comportera des spoils sur l’intrigue de cette œuvre, et en particulier un spoil sur le rebondissement le plus marquant de cette histoire (cité en troisième point). Si vous ne comptez pas lire cette œuvre (si vous ne lisez pas de manga, par exemple, ou d’histoire mettant en scène des rapports sexuels entre deux personnages masculins), vous pourrez lire l’article en entier sans problème. Si vous êtes peu sensible aux spoils mais voulez tout de même éviter de vous gâcher la surprise de ce troisième point, il est indiqué à l’avance dans l’article donc vous pourrez vous arrêter à temps. Si vous voulez de toute façon lire ce manga, évitez à tout prix ce point 3 voire l’article en entier : ce serait vous gâcher l’intrigue.

In These Words, donc. C’est un manga créé par deux autrices : une dessinatrice, et une scénariste qui a été auparavant policière pendant 11 ans, a étudié la psychologie, et a travaillé au sein de l’Air Force aux USA. Pour le scénario de thriller psychologique dans lequel on est ici, on a donc déjà quelqu’un qui sait ce qu’elle écrit.

Le scénario est celui d’un thriller : un profiler est amené à travailler avec des services de police pour obtenir les aveux d’un tueur en série, et ce dans un huis clos qui le met quasi seul face à ce tueur en série, à l’intérieur d’un bâtiment gardé secret, le tout dans des conditions de sécurité inquiétantes. Autant dire qu’on est très vite dans une atmosphère oppressante.

A partir de là, on part dans le spoil.

Pourquoi est-ce que cette histoire fonctionne si bien en tant que Dark romance sans traiter pour autant de manière problématique les violences sexuelles ?

Parce que, déjà, on est tout à fait dans ce qui fait le succès de la Dark romance, c’est à dire le scénario du « fantasme de « viol » », qui est en fait celui dans lequel le personnage principal est l’objet d’un désir sexuel si fort qu’il pousse même à des actes moralement et légalement condamnables. Mais on a aussi le deuxième « fantasme » de ce type d’histoire, parce que qui dit Dark romance dit « romance », soit celui où le personnage principal est un être à l’âme si extraordinaire qu’il va susciter un sentiment amoureux tout aussi extrême que le désir cité ci-dessus et chez un personnage qui, normalement, ne devrait pas en avoir. C’est ce double fantasme qui crée l’attrait de ce type d’histoire. En effet, dans ce manga, le tueur en série n’a jusque là ni eu de rapports sexuels avec ses victimes, ni de sentiments amoureux. Le profiler va donc être l’exception : celui qui va susciter cette double transgression.

On est donc dans un scénario très noir, avec un vrai huis clos, une tension psychologique forte, des scènes angoissantes, de nombreuses interrogations sur tous les personnages… On sait très vite qu’on est dans un YAOI, soit un manga mettant en scène des relations sexuelles voire romantiques entre deux personnages masculins, parce qu’on en reconnait les codes (comme on reconnaît les codes de la romance dans la Dark romance), c’est à dire : personnages aux visages, attitudes et corps ultra esthétisés, érotisme latent, face à face quasi permanent entre les deux personnages principaux, rapport de « séduction » (même si dérangeante, ici) présent dès le début… Pourtant, même si le scénario du rapport forcé est (hélas) une grande constante des mangas YAOI, quasiment une obligation même (il n’est pas rare que ce soit une exigence des éditeurs), le rapport entre les personnages est tellement malsain, et traité comme tel, qu’il parait impossible qu’une romance soit développée sur cette base. On ne peut que se demander « comment » une romance va bien pouvoir entrer là-dedans, en conséquence. Vraiment. C’est la grosse interrogation de cette histoire : comment ?

Et en même temps, en sus de la tension psychologique et de l’horreur de la confrontation profiler/tueur en série, jamais le personnage du profiler n’est présenté comme une oie blanche : c’est un personnage qui, lui-même, est ambigu, surprenant… Les mystères sont nombreux à son sujet. On ne comprend pas forcément son attitude mais justement : elle n’est pas représentée comme l’incarnation de la « normalité » face à la « perversion » que peut représenter le tueur en série. Il y a quelque chose entre les personnages, on ne sait pas quoi. Les cauchemars que fait le profiler le laissent entendre, ces images particulièrement violentes dont on ignore si elles s’ancrent dans la réalité et qui participent aussi aux interrogations que l’on a sur la personnalité du profiler et son vécu, ses éventuels troubles psychologiques. Les mots qu’ils échangent avec le tueur en série le laissent aussi entendre.

C’est le premier point important : on a à la fois une Dark romance, avec un thriller sexuel parfaitement géré, mais sans passer par le cliché de l’oie blanche, qui peut compliquer encore un revirement derrière : les deux personnages sont d’emblée présentés comme mystérieux, avec un passif, et non pas des incarnations de la « normalité ».

Deuxième point :

Les scènes de sexe. Elles sont d’un esthétisme exceptionnel, érotiques même dans leurs représentations les plus dérangeantes. Et elles exploitent avec brio les « limites » sur lesquelles surfe la Dark romance. C’est à dire que les scènes dérangeantes sont à la fois érotisées, et à la fois bien présentées en tant que scènes dérangeantes. On ne se trompe pas à ce sujet et les autrices ne font pas comme si elles n’avaient pas d’impact psychologique. Et, en même temps, elles participent totalement à l’intrigue, tout en voyant leur aspect terrible interrogé par certains éléments :

D’une part, il y a le fait qu’on ne sait pas exactement ce qui est de la réalité et ce qui est du rêve ou du problème psychologique. L’histoire commence par une scène dont on ignore si elle a un ancrage dans la réalité ou s’il s’agit seulement d’un cauchemar, elle se poursuit par une alternance entre réalité et cauchemars mais qui trouvent de curieux échos à la réalité, elle continue avec un basculement de cette réalité qui suscite des interrogations toujours plus fortes sur ce qu’il s’est produit ou non… Difficile de savoir, du coup, si les scènes terribles qui nous sont montrées appartiennent à la réalité ou non. Je ne l’ai pas encore précisé mais le profiler prend de plus des médicaments dont on ignore quel impact ils peuvent avoir sur sa perception de la réalité, ce qui participe à la confusion à ce sujet.

D’autre part, les attitudes du tueur en série, parfois, sont parfaitement dans l’horreur à laquelle on s’attend de la part d’un tel personnage, et parfois intriguent, semblent en contradiction avec celles précédentes, pas aussi loin qu’on ne pourrait le craindre, extrêmes et puis… modérées. On ne sait pas.

Et enfin, il y a l’attitude du profiler. Ce qui fait l’horreur d’une situation, ce n’est pas uniquement la situation ; il y a la manière dont elle est vécue, et justement, le personnage du profiler oscille lui-aussi dans des réactions opposées : parfois il est totalement dans l’horreur de ce qu’il subit (dans les cauchemars, notamment), parfois il est lui-même ambigu, au point d’interroger quant à ce qu’il a pu vivre précédemment pour réagir ainsi ou ce qu’il a dans sa tête : sa psychologie, son vécu. On n’est pas uniquement dans des scènes violentes, qui répondent aux fantasmes des lectrices ou apportent leur lot cathartique : ces scènes servent le mystère développé, donnent des indications sur les personnages, intriguent, font avancer l’histoire.

Deuxième point, donc : un abord du « fantasme de « viol » » sur lequel surfe la dark romance, mais associé à un traitement réaliste de ces scènes, sans minimiser le moindre instant leur gravité, et qui font avancer l’intrigue.

Troisième point et c’est certainement le plus puissant de cette histoire :

Le problème, dans ces romances victime VS bourreau, c’est qu’il faut la faire avaler, la romance entre la personne qui a subi tortures et viols et celle qui l’a violée/torturée ! Oh, tu m’as violé.e, humilié.e, infligé des sévices abominables mais c’est parce que tu étais malheureux et perturbé psychologiquement, je te pardonne… Ça ne peut pas passer chez tout le monde, c’est clair. Ce type de scénario a de plus le problème d’exploiter une vision fausse de la maladie mentale (ou de nier totalement l’existence de maladie mentale).  Donc il faut la trouver, la pirouette permettant d’écrire une romance tout en écrivant un tel thriller.

Et vous voulez savoir celle que les autrices ont trouvé ?

Alors, dans cette histoire (LA grande révélation qu’on découvre au bout d’un moment), c’est que, en fait, le tueur en série existe… mais qu’il n’est pas celui que l’on voit dans l’histoire. Que le profiler est, du début à la fin, manipulé (tout comme les lectrices !). Lui-même a été enlevé auparavant par le tueur en série, de la part de qui il a subi des sévices (d’où ses cauchemars), mais un blocage psychologique l’empêche depuis de revoir son visage. D’où ce plan, décidé et organisé par lui-même, d’essayer de retrouver la mémoire en se plongeant dans un jeu de rôle où, aidé par… là, on attend la suite pour savoir, mais on suppose qu’il s’agit de méthodes psychologiques et des médicaments qu’il prend pour lui permettre de se prêter à cette confusion de la réalité, il va revivre ce qu’il a vécu lorsqu’il était captif du tueur en série. Et il demande à son propre amant, soit le policier avec qui il travaillait jusque-là, de jouer le rôle du tueur en série.

Terrible et passionnant.

Certes, on se retrouve alors dans l’un de ces codes des thrillers avec tueur en série qui peuvent paraître un peu « faciles », parfois, mais pourtant ça colle. Et ça colle impeccablement : les ambiguïtés du profiler sont expliquées, les raisons pour lesquelles il ne réagit pas forcément comme on l’attendrait, les attitudes parfois surprenantes du policier/tueur en série qui semble avoir du mal à se prendre à ce jeu lui-même…

Et là, et c’est vraiment le tour de force de ce manga, on assiste à un passage extraordinaire parce qu’on a un retour dans le temps. et on voit ce qu’il s’est passé avant : la rencontre entre le profiler et le policier, leur attirance, le jeu de séduction… jusqu’à une scène d’amour absolument incroyable parce qu’elle entre en opposition totale avec tout ce qui avait été dressé jusque là pour attirer la lectrice, et se révèle magnifique ! Érotique à ne plus en pouvoir, et ça c’est vraiment le plus passionnant ce ce manga, parce qu’on a une histoire qui a attiré à la base par un contenu transgressif et violent, et propose soudain une scène de sexe superbe, vécue dans un consentement parfait, avec même un retournement des clichés les plus fréquemment vus dans le YAOI puisqu’ici, c’est le « uke » (soit celui qui sera pénétré) qui dirige l’acte, la séduction est réciproque, la communication verbale présente… On se retrouve donc face une vraie opposition entre les scènes de viol précédentes et cette scène de sexe consenti qui se détache totalement de ce qui a été montré auparavant en se révélant non seulement superbe, mais aussi la plus chaude, la plus prenante et la plus marquante de toutes. En relisant ce manga pour écrire cet article, c’était d’ailleurs cette scène que j’avais le plus envie de relire, mais il n’y a pas eu que ça : je me suis rendue compte que c’était aussi celle dont j’avais gardé le souvenir le plus précis ; celui des précédentes s’est révélé beaucoup plus flou. On y voit, de plus, quelles sont les personnalités « normales » des personnages : du profiler avant le viol, sans les médicaments qui embrouillent son esprit, sans ce jeu de rôle ; du policier, à l’opposé complet de ce qu’il a pu montrer en jouant le rôle du tueur en série.

Et, extrêmement important aussi, même là, aucune problématique n’est ignorée. Clairement, dès qu’on commence à lire ce manga, on tique sur de nombreuses choses, ne serait-ce que les mesures de sécurité plus qu’inquiétantes dans le huis clos qui nous est proposé (genre : euh… ils font quoi, la police, là ?). Et on tique aussi, forcément, sur ce choix de jeu de rôles. C’est inquiétant, psychologiquement, c’est même terrible. Mais ça aussi, ce n’est pas laissé de côté : on voit bien que le policier est mal à l’aise vis à vis de ce jeu de rôle, qu’il en souffre, on ne peut que songer aux questions que cela pose sur ce qu’il adviendra de leur relation avec le policier après un tel épisode… C’est même très fort, dans un scénario de romance : ce qu’il sacrifie, alors, pour le bien de l’enquête… Et ça aussi, c’est primordial : rien n’est minimisé, rien n’est traité par dessous la jambe, rien n’est ignoré. Les autrices exploitent les problèmes, les développent, et en font des atouts puissants du scénario.

Donc troisième point (et non le moindre) : pirouette scénaristique très maligne permettant d’exploiter le sujet de la Dark romance entre une victime et son bourreau, tout en l’esquivant en même temps, associée à une exploitation sans concession des problèmes suscités et de la psychologie associés.

Et cerise sur le gâteau : contre exemple total avec une scène d’amour extrêmement érotique dans laquelle le consentement est parfaitement mis en valeur.

Chapeau.

On reprend les points problématiques cités au début de l’article ?

  • Viol présenté en acte pouvant aboutir à une histoire d’amour entre la victime et son agresseur -> Non.
  • « Romantisation » de situations malsaines et dégradantes -> Non.
  • Mise en scène de l’idée qu’un homme violent, manipulateur, etc. peut changer, aimer et être aimé en retour -> Non.
  • Absence de trigger warning -> Le trigger warning est présent.

On attend toutes désespéramment la suite de ce manga (mais quand sort le tome 3 en France ?!) mais, au point où en est cette histoire, avec même juste deux tomes de sortis, elle s’impose déjà comme un exemple parfait du fait que l’on peut écrire une histoire exploitant parfaitement ce qui attire dans le genre de la Dark romance, on peut même exploiter les fantasmes les plus sombres de l’être humain, sans tomber pour autant dans des représentations problématiques des violences sexuelles, sans dédouaner leurs auteurs et sans faire de comportements graves des éléments de séduction.

Ce n’est surement pas aisé.  Il a certainement dû falloir un réel effort de réflexion, d’imagination et de construction scénaristique de la part des autrices de ce manga, mais n’est-ce pas justement le travail de l’auteur ? De chercher ce qui fait l’intérêt, profondément, d’une situation, et savoir l’exploiter en fonction ?

Il y a d’autres scénarios qui peuvent être inventés pour exploiter ce « fantasme de « viol » » dans un thriller sexuel sans véhiculer pour autant des idées problématiques. Il y a certainement de nombreux autres romans qui l’ont fait et, si vous en connaissez des exemples, dîtes-le nous en commentaire : on sera ravies de les connaître. Mais ce qu’il faut dire, et c’est ce qui est important, c’est que c’est possible. Et que c’est justement le travail de l’auteur de les imaginer.

Je finirai par ces mots de la scénariste de ce manga, interviewée par le magasine Madmoizelle :

Du premier au deuxième tome d’In These Words il y a un vrai basculement dans les relations sexuelles représentées, du non-consentement au consentement. Dans beaucoup de boy’s love cette ligne est assez floue ; clarifier cette distinction entre relation consentie ou non, ça vous tenait à cœur ?

Narcissus — Avant, je travaillais dans la police ; j’ai été confrontée à de nombreuses affaires de viols, j’ai été en contact avec des victimes. C’est pour moi un sujet très personnel sur lequel je ne peux pas transiger. Je ne peux pas glorifier le viol. C’est impossible pour moi. Je tiens à cette clarification.

Ce qui est important, c’est de garder un certain réalisme dans l’histoire. Si une relation est non consentie, elle est non consentie. C’est impossible d’exprimer son amour par le viol. On ne viole pas par amour. C’est un crime. Et je veux que ce soit très clair dans les relations présentées dans cette histoire.


Valéry K. Baran

Valéry K. Baran est une autrice d’érotique et de romance publiée essentiellement aux éditions Harlequin mais aussi chez divers autres éditeurs.


Sade VS Dark romance

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Témoignage – C’est le fait de mentionner le préservatif qui est subversif

Par : Valéry K. Baran

« C’est le fait de mentionner le préservatif qui est subversif »

Ça me fait toujours bizarre de savoir que le fait que je mentionne l’usage du préservatif dans mes scènes sexuelles, en tant qu’auteure d’érotique, me fait sortir de la norme. J’ai le sentiment d’une norme inversée, en fait. En annonçant le projet de We Need More Safe Sex, et même avant, lorsque je parlais déjà de l’importance que j’accordais à ce sujet, j’ai toujours eu des réactions d’auteurs ou de lecteurs qui demandaient « Et pourquoi en parler ? ». Pourtant, la question devrait être plutôt « pourquoi ne pas en parler ?« . Lorsque deux personnages ont une relation sexuelle qui est décrite en détails, on mentionne bien le moment où ils ôtent, même partiellement, leurs vêtements. De la même manière, l’idée ne viendrait à personne d’écrire une histoire dans laquelle les personnages omettraient tous de mettre des chaussures pour marcher dans la neige, et ce sans que jamais personne ne s’en étonne seulement. L’idée ne viendrait à personne d’écrire une histoire dans laquelle les personnages utiliseraient la même seringue pour se droguer sans qu’à aucun moment la question du risque encouru ne soit abordée… Mais avec le préservatif, c’est différent. C’est le fait de le mentionner qui est subversif. C’est le fait d’en parler qui est hors norme. C’est à ma connaissance, le seul élément réaliste pour lequel la norme dans la littérature est l’effacement total de son existence.

« des lectrices me disaient qu’elles avaient fait leur éducation sexuelle en lisant mes histoires »

Lorsque j’ai commencé à écrire, je n’ai pas eu tout de suite à me poser de questions à ce sujet : j’écrivais des fanfictions se situant dans un univers médiéval-fantastique, alors c’était facile. Puis j’ai écrit ma première histoire contemporaine et j’ai mentionné naturellement, pour un premier rapport entre deux personnes, le fait qu’ils utilisaient un préservatif. Je ne me souviens pas m’être interrogée à ce sujet : j’ai toujours tâché d’écrire des histoires crédibles, prenant en compte la réalité dans laquelle vivaient mes personnages, donc cet élément en faisait partie : c’est ne pas le mettre qui aurait été bizarre. Puis j’ai remarqué que j’étais quasi la seule à le faire. J’ai remarqué aussi – le domaine de la fanfiction le permet probablement particulièrement de par son aspect très communautaire – que ce que j’écrivais influençait de très jeunes lectrices, dont certaines me disaient qu’elles avaient fait en partie leur éducation sexuelle en lisant mes histoires. Du coup, je suis plutôt fière d’avoir fait en sorte que, dans ces lectures certes récréatives, elles aient pu avoir accès en sus à certaines valeurs : le consentement, le respect de l’autre, le respect de son propre corps, l’importance du fait de se protéger… Ça ne me dérange pas que des personnes même jeunes adolescentes lisent mes histoires : je préfère mille fois qu’elles assouvissent leur curiosité envers les choses du sexe avec mes écrits plutôt qu’avec les piètres images de la femme et des rapports sexuels que l’on peut voir dans les tubes porno. Et pourtant, pour ce qui est de l’usage du préservatif, c’est l’industrie porno qui a pris de l’avance sur la littérature érotique, puisque son usage est devenu quasi systématique en cas de pénétration. A côté, la littérature est à la traîne.

Je ne songe absolument pas que les auteurs ayant évacué le sujet « safe sex » de leurs écrits soient des auteurs qui se moquent du bien-être de leurs lecteurs ou de leur santé, ceci-dit. Je pense juste que ce sont des auteurs qui ont parfaitement intégré la norme actuelle, qui est celle d’ignorer totalement ce sujet, au point de ne pas parvenir à  concevoir même seulement le fait qu’ils pourraient faire autrement. Ou que faire autrement ne nuirait en rien à leurs histoires.

« ce projet n’est pas là pour ériger des modèles de vertu »

Il y a eu plusieurs cas qui m’ont fait réfléchir : celui du blog anglophone We Need Diverse Books (raison pour laquelle le nom de celui-ci est quasi repris dans celui de ce blog). C’est grâce à mon amie Cindy Van Wilder que j’ai découvert ce premier blog et je l’ai tout de suite trouvé très intéressant. Je ne me suis pas mise immédiatement à changer mon approche en tant qu’auteur parce qu’il m’a fallu un moment pour que la petite graine qui avait été semée dans ma tête grandisse, mais j’ai dû passer par une remise en question personnelle dans le sens où, moi aussi, je n’écris quasi jamais que des personnages à la peau blanche. Et, depuis, mes histoires ont accueilli deux « Mél », dont il est évoqué pour l’une toutes les tresses de sa chevelure…  Si, dans mon esprit, toutes deux ont la peau colorée, je ne suis pas allée plus loin dans leurs descriptions parce que je reste toujours très évasive sur la représentation physique de mes personnages justement pour permettre aux lecteurs de s’identifier plus aisément à eux, mais la découverte de ce blog m’a permis d’ouvrir cette porte supplémentaire en matière d’identification, au moins : une « Mélinda » comme une « Mélissa » peuvent se reconnaître en ces deux « Mél ». Il ne s’agit que d’un premier pas, et probablement évoluerais-je plus nettement à l’avenir en ce sens, comme je peux encore évoluer par rapport à mon abord du safe sex dans mes écrits. L’article de Magena Suret sur les pratiques à risque m’a d’ailleurs rappelé que je n’ai jamais abordé la question de la protection en cas de sexe oral. Mais ce projet n’est pas là pour ériger des modèles de vertu, de toute façon, pas plus que pour distribuer des bons ou mauvais points : il est là pour permettre à chacun de s’exprimer, d’échanger et de réfléchir, et de se nourrir du vécu des uns et des autres. A chacun de se laisser le temps d’évoluer, ensuite.

Et puis il y a eu le cas, très récent, d’une auteur publiée chez un éditeur commun, qui faisait partie de ces auteurs ignorant justement le sujet du préservatif. Et puis on en parlait autour d’elle, entre auteurs sensibilisés à ce sujet : pas directement avec elle, ou peut-être que certaines l’ont fait, je ne le sais pas, mais on en discutait : il y a eu un article que j’ai posté sur mon blog auteur personnel, il y a eu des discussions que l’on a eues, il y a eu d’autres auteurs qui se sont exprimés aussi sur les raisons pour lesquelles, pour eux, il était important de ne pas négliger cette réalité… Et puis, récemment, cette auteur a annoncé que, voilà, elle avait abordé la question du préservatif dans son écrit actuel, et j’en ai été à la fois surprise et ravie. J’ai pensé : « Alors, en parler, ça peut faire vraiment réfléchir ? Au point de changer même un peu les esprits ? ».

« on se sent très vite seul »

Ça m’est resté dans la tête et c’est peu après que je me suis dit qu’une plateforme d’expression comme celle-ci vaudrait le coup d’être créée. D’abord parce que, lorsqu’on est, en tant que lecteur ou auteur, dérangé par l’absence de préservatif dans une scène de sexe sans qu’aucun personnage ne manifeste quoi que ce soit à ce sujet, de safeword dans un rapport BDSM, de consentement dans un rapport se voulant amoureux… et on peut en dire beaucoup à ce sujet, on se sent très vite seul : personne ne s’exprime à ce sujet et la norme, là encore, semble véritablement celle de considérer ces éléments éloignés de notre réalité comme parfaitement normaux. Du coup, faire un groupe m’a paru intéressant. Juste pour dire : « Voilà, on ne le dit généralement pas mais on n’est pas seul, on est plusieurs et, eh ! on peut même en parler ! » Ensuite, parce qu’il manque cruellement d’espace d’expression à ce sujet, autant pour donner son avis, faire part de ses questions ou de son expérience, que pour avoir simplement des exemples d’écrits sur lesquels s’appuyer lorsque l’on a soi-même envie d’aborder ces sujets en tant qu’auteur, pour aider chacun à se poser des questions, à réfléchir, à se nourrir pour évoluer…

L’important, c’est d’ouvrir un dialogue, de ne pas se laisser écraser par le sentiment de « subversion inversée » que l’on peut parfois éprouver lorsque l’on tient en importance le fait d’avoir des histoires crédibles y compris sur la réalité des IST, et d’échanger !


  Valéry K. Baran

Valéry K. Baran est une autrice d’érotique et  de romance publiée essentiellement aux éditions Harlequin mais aussi chez divers autres éditeurs.


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