Le voyageur de l’hiver, T2 – Fellation avec préservatif

extrait
le voyageur de l’hiver – t2

Auteur : Kaelig Lan
Éditions : Crayons de bois

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À genoux au-dessus d’Elis, le jeune homme entre ses jambes, Marec défit les lanières d’un des sachets et en regarda le contenu.

— Le vendeur m’a dit qu’il les faisait à partir du latex récolté sur les arbres, dit Elis d’une voix tremblante de gêne. Il m’a aussi expliqué le processus de vulcanisation.

Marec observa un instant les capotes avant d’éclater de rire. Il posa les sachets à portée de main et se pencha à nouveau sur Elis.

— Il va falloir que je remercie Keyne. Mais demain… Pour le moment c’est de toi dont je veux m’occuper.

[…]

C’était une huile légèrement parfumée et il en versa quelques gouttes sur le sexe d’Elis qui tressaillit sous la sensation froide du liquide sur sa peau. Quelques secondes plus tard toutefois, ce fut la chaleur qui l’envahit, sous les caresses de Marec. Se perdant dans des sensations de plaisir qu’il n’avait jamais connu, il sentit à peine son ami faire glisser la capote le long de son sexe et ne réagit qu’en sentant la bouche de Marec aspirer son sexe, lâchant un gémissement.

Extrait soumis par : Kaelig Lan.

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Le consentement dans la romance

sans oui, c’est non : le B.A.BA du consentement

Dit comme ça, ça paraît simple, mais dans les faits, on se rend compte que la question du consentement semble digne d’un sujet de philosophie. Et c’est aussi vrai dans les livres, où les limites sont floues, détournées ou utilisées pour créer des moments « romantiques ».

 

Une définition et des notions

 

Pour donner une définition simple du consentement sexuel, il s’agit de l’accord volontaire donné par une personne ayant atteint la majorité sexuelle à son (ou ses) partenaire(s) pour une pratique, dans la mesure où cet accord résulte d’un choix libre et éclairé.

Dans cet article, je vais également aborder les notions de dubcon (dubious consent = consentement douteux) et de non-con (non-consensual = absence de consentement).

En expliquant ceci, j’imagine que tout le monde se dit que c’est évident. En effet, si on dit non, on devrait s’en tenir là. Si on change d’avis (parce qu’on n’a plus envie, parce qu’on a peur ou pour n’importe quelle raison), notre partenaire devrait nous écouter et le respecter. Si on n’aurait pas dit oui dans notre état normal (ébriété, fragilité émotionnelle…), notre partenaire devrait être capable de se retenir et de différer l’acte. Si on nous met la pression, on nous fait chanter, on nous agresse, on devrait être capable de se défendre.

universite2Mais voilà : j’ai tout mis au conditionnel parce que ça ne se passe pas toujours dans le respect. Que le consentement enthousiaste est encore trop peu recherché. Et que c’est la victime qui est encore montrée du doigt. Parce qu’elle (la victime, hein ? mais elle peut être un homme) s’est habillée de manière provocante, ou qu’elle a bu, ou qu’elle a « chauffé » son agresseur… Comme si la victime devait porter la culpabilité. Comme si l’agresseur ne pouvait pas contenir une pulsion ou assumer ses actes.

 

La banalisation du non-respect du consentement

 

En romance, quand on y réfléchit, il y a de nombreux exemples où le consentement est, au mieux douteux, au pire inexistant. En réfléchissant à l’article, j’ai cherché lesquels utiliser et j’en ai retenu trois. Trois qui sont à des degrés différents dans le dubcon ou le non-con, mais trois qui sont finalement récurrents, au point d’être banals et que beaucoup puissent les considérer comme romantiques.

Et on note aussi qu’il y a un ressenti à double vitesse : si l’intérêt amoureux se comporte comme un goujat et oublie le B.A.BA du consentement, on va soupirer d’aise et se dire que c’est trop beau, trop romantique, et que c’est fou l’amour. Tandis que le même comportement venant du « méchant », l’empêcheur de se mettre en couple, sera forcément de l’abus et mériterait mille morts…

En attendant, place à mon top 3 !

 

  • Le premier baiser

article-2734330-20cce9a000000578-178_634x769Imaginez la scène : vos deux personnages se tiennent tête, la tension sexuelle est à son comble depuis plusieurs pages, ils se rapprochent tout en se criant dessus. Et l’un d’eux trouve que c’est le bon moment pour embrasser l’autre passionnément, coupant effectivement le flot de ses paroles. L’autre n’étant pas vraiment opposé à ce baiser finit par y répondre.

Seulement, est-ce que ce baiser était vraiment voulu à ce moment ? Le fait qu’il faille surmonter la surprise d’être embrassé pour embrasser à son tour n’est-il pas vécu comme une agression ? N’est-ce pas aussi un manque de respect envers son opinion puisqu’on ne le laisse pas argumenter ?

Alors qu’il faudrait peu pour que la scène tienne compte du consentement des deux personnages. Que l’un s’exclame : « Putain, mais qu’est-ce que j’ai envie de t’embrasser ! » et que l’autre acquiesce rapidement avant qu’ils ne se jettent l’un sur l’autre pour leur baiser passionné.

 

  • Le trope de l’alcool

blurring-the-line-alcool-uwc-edu Peut-être l’un des plus utilisés et qui marche le mieux. Quoi de plus évident pour désinhiber un personnage et lui faire adopter un comportement plus aventureux ?

L’alcool est LA bonne excuse pour faire faire quelque chose à un personnage qui ne correspondrait pas à son caractère. « On est plus honnête avec ses désirs quand on a bu » ou « On a plus confiance en soi après un verre ou deux ». Et celui qui se retrouve confronté au personnage en état d’ébriété est montré comme un sauveur : il le ramène chez lui, s’en occupe quand il n’est pas capable de le faire lui-même… Alors où est le problème s’il en profite pour tester la marchandise, non ?

Cependant, si on choisit de se servir de ce trope, il faut avoir conscience que le personnage aura très probablement des regrets le lendemain, que l’autre personnage qui a profité de la situation pourrait être considéré comme un agresseur (d’autant plus si lui était sobre).

Prendre la mesure des conséquences et les exploiter ne peut qu’enrichir l’histoire, permettre au lecteur de mieux s’identifier aux personnages.

 

  • Mais ton corps a dit oui

edmonton-campagne-lit2Alors, celui-ci est certainement celui que j’ai le plus rencontré en romance M/M, notamment. Si l’auteur ne se débrouille pas trop mal, on va être dans un dubcon : un personnage qui n’a pas trop envie mais finit par se laisser convaincre. Déjà, le malaise est là.

Mais bien souvent, c’est du non-con : un personnage qui dit non, qui le répète à plusieurs reprises mais qui est ignoré par son partenaire. Qui, en plus, se fait rappeler que son corps le trahit par des réactions purement mécaniques (qui ne sont pas liées à l’excitation sexuelle). Et qui se prend en conclusion un magistral : « Tu vois que tu as aimé finalement. »

Là, je ne peux qu’encourager à repenser la façon dont la scène a été amenée ou à vraiment en traiter les conséquences : le personnage qui vient de se faire violer ne peut simplement pas accepter la situation et proférer son amour. Même si c’est une dark romance (genre plutôt à la mode en ce moment), la victime devrait passer par divers stades de haine et de colère.

 

conclusion

 

Le but de cet article est de montrer que le consentement est encore trop éludé dans les romances. Cela ne veut pas dire que les situations que j’ai citées ou d’autres n’ont plus leur place dans les romans. Il s’agit plutôt :

  • de prendre conscience de la contradiction entre ce qu’on trouve sexy dans un livre et pourtant révoltant dans la réalité ;
  • de ne pas amoindrir les conséquences d’une agression sexuelle ou d’un viol ;
  • d’essayer de proposer des romances qui fassent rêver entre personnages consentants !

Il existe d’autres situations, des particularités (comme le BDSM). N’hésitez pas à venir en discuter avec nous (en commentaire, sur la page Facebook…)ou à nous proposer vos témoignages.


Magena Suret

Magena Suret est une auteur de romance et d’érotique publiée notamment aux éditions La Musardine et Laska.


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Contraception et pratiques à risque

Pille

où le préservatif n’est pas un accessoire

Pour inaugurer ce projet, nous avons décidé de faire un point sur la distinction entre préservatif et contraceptif. En effet, si cela peut paraître évident ou faire sourire, on constate que, dans un grand nombre de romances, un amalgame est fait entre les deux.

 

Ce que l’on voit dans les livres

Les exemples suivants ne sont pas une généralité, mais représentent malgré tout un nombre important de fictions.

Combien d’héroïnes de romance contemporaine ne redoutent qu’une grossesse quand le préservatif craque alors qu’elles ne prennent pas la pilule ? Combien de héros usent de la technique du « retrait » avant éjaculation ? On voit rarement se poser la question des IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans ces cas-là. Ainsi, si notre héroïne a un moyen de contraception, il n’est pas rare que personne ne suggère le préservatif. Au mieux, nos héros se promettent qu’ils sont clean ; au pire, on se retrouve dans un univers où les pratiques sexuelles à risque n’existent pas.

Combien de mecs dans le M/M disent que la capote est inutile, avec cet argument ultime : « ce n’est pas comme s’il pouvait lui faire un bébé » ? Pourtant, avec (au moins) deux pénis, il y a matière à soulever la question de la protection…

Combien de F/F ignorent l’existence des préservatifs parce qu’on a deux vagins et pas de pénis ? Comme si l’absence d’un homme rendait une relation sexuelle plus propre et saine, les IST sont reléguées au rang de mythe.

En général, on remarque que seul le risque de grossesse légitime l’usage d’un préservatif. On sait que le bébé-surprise est l’un des ressorts favoris de la romance. Donc les auteurs ignorent (sciemment ou par manque d’informations) qu’ils donnent à leurs personnages des comportements sexuels à risque.

Les pratiques buccales (fellation, cunnilingus, anulingus) ou l’utilisation de sextoys, par exemple, présentent un risque de grossesse nul et sont donc traitées comme présentant un risque d’infection nul. Sans compter la légende qui veut qu’on ne puisse pas tomber enceinte pendant ses règles, même si cet argument reste exceptionnel dans les romances.

 

La réalité

Oui, le préservatif est une méthode de contraception.
Non, tous les contraceptifs ne protègent pas des IST.

Donc, l’usage de l’un n’exclut pas l’autre.

Dans la « vraie vie », si l’un des partenaires refuse de se protéger sous prétexte que la femme a un moyen de contraception ou qu’il promet être en bonne santé, aller jusqu’au bout de la relation sexuelle, c’est se lancer dans une pratique à risque. Avec les conséquences que cela entraîne : outre une potentielle grossesse, l’un peut contaminer l’autre sans même le savoir.

Les relations sexuelles gays ou lesbiennes n’ont effectivement pas ce souci de risque de grossesse, mais ça ne les immunise pas contre les maladies. Surtout qu’il n’y a pas que le VIH, un rapport non protégé peut en entraîner bien d’autres : hépatite B, gonorrhée, herpès génital…

Les risques de transmission d’une infection sont aussi importants lors de pratiques buccales que lors du coït « classique », voire exacerbés pour certaines infections. Le préservatif ou la digue dentaire sont des moyens efficaces de protection. La fellation est l’acte le plus pratiqué dans une relation gay, bien loin devant la pénétration anale, mais la multiplication des partenaires sans protection en fait un public plus susceptible de contracter une infection.

Assortiment de digues dentaires

Assortiment de digues dentaires

D’autre part, à propos de l’usage de sextoys, leur nettoyage ne suffit pas et il y a eu des cas de contamination lorsqu’ils sont partagés entre deux ou plusieurs personnes. Donc, que vos personnages soient hétéros, gays, lesbiens (ou bi, ou trans…), s’ils utilisent leurs sextoys sur un autre ou si on en utilise sur eux, l’idéal est de les couvrir et de mettre un nouveau préservatif à chaque changement de partenaire.

Dans tous les cas, la présence de sperme (y compris le liquide séminal avant éjaculation) et de sang peuvent augmenter les risques de transmissions. Une relation sexuelle pendant les menstruations n’est donc pas une excuse contre la protection : les risques de grossesse et d’IST sont toujours réels.

 

Comment parvenir à être réaliste à ce sujet ?

Le but n’est pas de forcer chaque auteur à suivre un cahier des charges des bonnes pratiques sexuelles, mais de trouver un moyen réaliste d’aborder cette problématique. En écrivant une romance contemporaine, l’auteur accepte de se plier aux contraintes de son époque. Il paraîtrait absurde de faire utiliser une recherche internet à un personnage du Moyen-Âge, alors pourquoi un personnage moderne ne pourrait-il pas être informé sur sa sexualité et mettre en œuvre les règles de prévention dont on lui rebat les oreilles depuis son adolescence ?

Si votre personnage féminin ne prend pas de contraceptif pour un motif quelconque (intolérance, pas de besoin, oubli…), si le préservatif craque ou est oublié, vos héros vont effectivement redouter la grossesse. Et vous pouvez parler de la pilule du lendemain, du test de grossesse, d’une visite dans un centre IVG, de la peur de garder un bébé toute seule, du refus du père de s’investir dans cette maternité…
Mais n’oubliez pas la partie « pratique sexuelle à risque » : ce n’est pas anodin. Ça peut impacter une décision sur une grossesse non désirée ou engendrer un traitement spécifique si elle garde le bébé. Il n’y a pas que le SIDA et la plupart des IST peuvent être dangereuses pour un embryon ou lors de l’accouchement ou de l’allaitement si rien n’est mis en place.

Si vos personnages n’ont pas de préservatifs, n’hésitez pas à en profiter pour sortir de la pénétration classique : tant que les organes sexuels ne sont pas en contact avec des muqueuses (bouche, anus, sexe), les situations ne constituent pas un risque. À vous donc la masturbation, le sexe intercrural

Dans le cas d’une scène de sexe hétéro ou lesbienne, si vous ne voulez pas interrompre les préliminaires en partant à la recherche d’un préservatif pour l’homme ou le sextoy, pensez au préservatif féminin : il peut être mis en place en avance et a bien d’autres avantages.

Pour une fellation, jouez sur les saveurs des préservatifs ou lubrifiants pour stimuler d’autres sens (quand on vous dit que le safe sex, c’est hot ^^).

Pour un cunnilingus, la digue dentaire est votre amie. Mais comme c’est quelque chose d’encore assez méconnu et/ou difficile à trouver, il reste la méthode qui consiste à découper un préservatif.

Si vous voulez utiliser le ressort de la grossesse surprise ou que vos personnages aient un rapport non protégé, allez-y ! Ces scénarios sont tout à fait probables et il serait dommage de les occulter complètement, mais il convient de les traiter avec le réalisme qu’une romance contemporaine exige. Soyez responsables et traitez la problématique des IST. Développez l’état d’esprit de vos personnages, ce qui les a conduits à adopter ce comportement. En plus, votre texte y gagne une sous-intrigue, donc de la profondeur et de la crédibilité 😉 .

En résumé, l’utilité des contraceptifs est de prévenir une grossesse non désirée ; celle des préservatifs (ou digue dentaire) est de protéger des IST.

Un préservatif peut remplir les deux fonctions, mais l’inverse n’est pas vrai.

Et si, vraiment, vous ne voyez pas comment incorporer ces éléments, que ni vos bêtas ni vos éditeurs ne parviennent à vous conseiller dans ce sens, il reste la solution de la note d’auteur expliquant que vous avez conscience d’avoir fait l’impasse sur ce point, mais rappelez l’importance de se protéger dans la « vraie vie ».

Quant à savoir quand, comment, combien de fois… parler du préservatif, ce sujet fera l’objet d’un prochain article !


 Magena Suret

Magena Suret est une auteur de romance et d’érotique publiée notamment aux éditions La Musardine et Reines Beaux.


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