Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 2/2

En complément de l’article précédent : Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 1/2, voici la a brochure de l’association PariS-M.

PariS-M, ce sont aussi :

  • Des dîners-débats chaque 3° mercredi du mois,
  • Des apérencontres chaque 1er vendredi du mois,
  • Des ateliers de pratiques BDSM ou de fabrication de matériel avec des spécialistes,
  • Des actions de prévention pour des pratiques BDSM saines, sûres et consensuelles.

Vous pouvez les retrouver sur leur site : http://www.paris-m.org/

Merci à Clarissa Rivière pour le partage de cette brochure.


Clarissa Rivière

Clarissa Rivière est une autrice d’érotisme publiée chez divers éditeurs dont La Musardine et L’ivre-Book principalement.


A lire aussi :

Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 1/2

 

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Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 1/2

Merci à Clarissa Rivière de son accord pour publier ici son article, pour aider les auteurs à savoir comment aborder le BDSM dans leurs romans de manière safe.

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Par Clarissa Rivière

Mercredi dernier, j’ai participé au dîner-débat mensuel de l’association PariS-M sur le thème de la sécurité :

« En Mai, fais ce qu’il te Play… mais fais le bien !!!!!
Des Jeux de toutes sortes, oui, oh oui !!!
Mais comment faire ? Comment jouer en sécurité et sainement ? »

     C’était passionnant, une dominatrice expérimentée et un médecin sont intervenus et ont répondu à toutes les questions. J’ai pris quelques notes, pour vous concocter un article sérieux, pour une fois !

***

    Les pratiques bdsm sont avant tout des jeux consensuels, négociés, sains et sûrs, entre adultes consentants. Avant une séance, bien parler avec son partenaire, instaurer un climat de confiance, prévoir un safeword pour tout arrêter.

Il existe quatre niveaux de jeu :

— Les jeux à peine SM, pour pimenter les ébats : fessées, pincements, mordillements… sans scénario, ni accessoires.

— Les jeux SM léger : on utilise des liens, des pinces, il y a des contraintes, des scénarios basiques du type « punition » …

— Les jeux SM moyen/classique : les scénarios se complexifient : maître/esclave, on utilise plus d’instruments, des pratiques insolites font leur apparition : bougies, orties, tierce personne, humiliations, uro…

— Les jeux SM hard ou SM limite : le sang peut couler, pratiques d’étouffement, de noyade, marquage, électricité, scatologie, zoophilie (attention, illégal en France et dans de nombreux pays)…

 

Il y a des règles de sécurité et d’hygiène à respecter selon les pratiques :

     Les jeux d’impact (martinet, cravache, fouet…)

— Éviter de frapper les reins, le visage, les yeux en particulier.
— Désinfecter la peau du soumis ou de la soumise ensuite en cas de plaies visibles
— Bien se laver les mains avant de jouer avec un autre partenaire. Les solutions hydroalcooliques ne suffisent pas, il faut se laver les mains avec de l’eau et du savon en cas de contact intime et présence de sécrétions et/ou souillures sur la peau.
— Désinfecter ses instruments entre deux partenaires. Il existe des sprays prévus spécialement (on peut même les mettre à tremper dans des solutions antiseptiques quand le matériel le permet et qu’il a été introduit dans des cavités anatomiques. Penser à les utiliser avec un préservatif quand c’est possible).
— Attention, le fouet peut couper. Certains changent le cracker de leur fouet à chaque partenaire.
— Ne pas frapper une peau lésée, car une blessure, même petite, est une porte d’entrée pour les germes.
— Attention aux coups de poings ou de pieds dans les parties génitales, risque de lésions importantes, dont éclatement des testicules.
— Gants de Dracula (gants hérissés de piquants) : usage unique pour une seule personne, car ça se lave difficilement.

Attention aux objets que l’on se prête et aux accessoires que les clubs mettent parfois à disposition : on ne sait pas comment ils ont été utilisés avant et s’ils ont été nettoyés.

Le BDSM peut être bucolique parfois, se dérouler en forêt par exemple. Se méfier des blessures liées aux végétaux, il y a un risque d’infection, surtout avec des branchages ramassés au ras du sol pouvant être souillés par des animaux sauvages. Choisir des végétaux en hauteur, bien désinfecter les plaies superficielles, et ne pas hésiter à aller aux urgences en cas de blessure à l’œil.

Vérifier une éventuelle allergie pour l’usage des orties par exemple, en testant sur une petite zone, attendre au moins 10 minutes pour voir s’il y a une réaction.

    Le shibari

— Éviter le nerf radial (sous l’aisselle principalement), qui peut occasionner des paralysies passagères d’une partie du bras.
— Éviter les articulations (risque de compression plus important).
— Vérifier la tension des cordes, on doit toujours pouvoir glisser un doigt sous les cordes.
— Prévoir des ciseaux – ou un coupe corde – non loin pour tout couper très vite en cas de soucis.

Pour désinfecter les cordes après une séance, on peut les passer à la flamme, ou les laver (certains utilisent même le lave-linge).

    Les bougies

— Éviter les bougies à la cire d’abeille, elles sont trop chaudes.
— Tester sur sa peau avant.
— Prévoir de l’eau fraiche, des glaçons non loin.

Installer une bâche pour ne pas salir le sol.
Rajouter un masque sur les yeux, pour plus de sensations et éviter les brûlures.
Attention aux bougies rouges, elles peuvent laisser du colorant sur la peau.

    Les jeux d’aiguille

— Contrairement aux apparences, ils sont peu douloureux, car les aiguilles sont fines et très pointues
— Bien laver la zone de jeux avec de la Biseptine ou de la Bétadine avant.
— Mettre des gants stériles type chirurgicaux, mais il faut savoir les mettre car dès qu’on les touche, ils ne sont plus stériles.
— Planter les aiguilles horizontalement et relativement superficiellement pour éviter de toucher des nerfs ou des vaisseaux avec un risque de saignement plus important.

    Les jeux électriques

— Éviter toute la partie haute, au-dessus de la ceinture (présence du cœur) pour les dispositifs puissants et pas forcément adaptés.
— L’électro stimulation type « Violet Wand » est plus douce, offre des picotements légers, aucun souci pour en faire sur tout le corps.

    Le fist

— Utiliser du lubrifiant.
— Éviter de le faire à main nue, sauf si on connaît très bien son partenaire d’un point de vue sérologique, mais il y a toujours un risque infectieux, si un des deux partenaires a des plaies. Le port des gants est conseillé.
— Prendre tout son temps, y aller progressivement, ne jamais forcer, pour ne pas blesser.
— Et bien sûr se laver soigneusement les mains après les jeux… même si on a porté des gants !

Attention aux médicaments type Microlax qui peuvent irriter la muqueuse lors d’une utilisation répétée.

Insérer des objets dans l’anus n’est pas sans risque. Les urgences regorgent d’anecdotes : des personnes viennent avec des objets qu’elles n’arrivent plus à retirer et inventent des histoires pas possibles. Il faut parfois opérer hélas.

Une fois que l’objet a passé la barrière d’un sphincter, le sphincter se referme, l’objet ne peut plus revenir en arrière, on a l’impression que l’objet est attiré à l’intérieur. Bien tenir l’objet pour éviter ce phénomène « d’aspiration », ou en prévoir un avec une base large qui le retienne à l’extérieur. Les petits plugs en métal ont parfois une base trop petite, ils peuvent aussi être perdus, surtout si on a mis beaucoup de gel.

— Mettre un préservatif aux godes, gode ceinture qu’on utilise.

    Les pratiques de strangulation, d’asphyxie

— Attention à ne pas écraser le larynx.
— Le faire très peu de temps et ne jamais laisser la personne seule
— En cas de malaise, de pâleur extrême et de possible malaise vagal, allonger la personne les jambes en l’air ou en position latérale de sécurité sinon.
— Si on utilise un film alimentaire : bien prévoir de faire un trou sur la bouche bien sûr.

En prévention :

— Demander aux soumis de tenir un objet, s’il tombe cela veut dire qu’il y a perte de connaissance.
— Demander à la personne de simuler une perte de conscience, pour vérifier si l’on peut se débrouiller avec son corps lourd et inerte.
— Ne pas hésiter à suivre des formations de secouriste, pour savoir mettre en PLS et faire un massage cardiaque si on s’attaque à ces jeux extrêmes.

    Les jeux uro

— Si on n’a pas l’intention de boire tout de suite, mettre « le champagne » au frigo, sinon les bactéries se développent très vite, car les urines ne sont pas stériles contrairement aux idées reçues (c’est juste « stérile » dans la vessie, mais plus lorsque qu’elles ont emprunté les voies urinaires basses = le trajet de sortie habituel).
— En cas de pose d’une sonde urétrale, il faut une antiseptie importante. Bien nettoyer le méat urinaire avant l’introduction de la sonde avec de la Bétadine.

    Le sang

— Éviter les « vraies » morsures jusqu’au sang : risques infectieux pour le mordu et le mordeur en fonction du contexte.
— Éviter de s’exposer au sang d’une manière générale : risques d’hépatites, de HIV…

    Le marquage au fer, ou Branding 

Pratique réservée aux spécialistes. Il faut maîtriser la température et le temps d’application, afin d’avoir l’effet escompté et éviter des blessures graves.

 

En conclusion, même si le risque zéro n’existe pas, tout est possible avec beaucoup d’attention et de communication avant ! Et que le dominant ou la dominatrice maîtrise la pratique envisagée..

Merci aux intervenants de m’avoir relue, et corrigée, avant publication !


Clarissa Rivière

Clarissa Rivière est une autrice d’érotisme publiée chez divers éditeurs dont La Musardine et L’ivre-Book principalement.


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Témoignage – L’image du BDSM donnée par les livres

 

Témoignage – L’image du BDSM donnée par les livres

Par : Kate Lyna

« Parce que je fais partie de ces gens qui avaient de très gros préjugés là-dessus »

Le BDSM, dans la tête de beaucoup de gens, c’est se prendre des fessées et des coups de fouet et découvrir qu’on aime avoir mal, être dominé, voire être humilié, au point d’en jouir. Oui, moi aussi, j’étais comme ça avant. Merci à Cinquante Nuances de Grey. Mais pas que !

Je suis le genre de personne qui aime se faire son propre avis et tester avant de dire “non, j’aime pas”. Mais je suis aussi du genre à vouloir comprendre les choses. Du coup, j’ai lu plusieurs livres avec une histoire de BDSM, en me disant “il doit bien y avoir une raison pour que des gens pratiquent et aiment ça”.

J’avais donc déjà lu le premier tome de la trilogie d’E. L. James quand j’ai commencé à me poser des questions sur ce qu’est réellement le BDSM. J’avais apprécié, sans plus, et ça ne répondait pas vraiment à mes interrogations. À noter qu’à l’époque, je n’étais pas encore assez sensibilisée au consentement pour me rendre compte des problèmes de cette histoire à ce niveau. Ni d’à quel point Christian est un psychopathe. Bref.

Le second livre que j’ai lu, ou plutôt commencé, a été 80 notes de jaune de Vina Jackson. Je n’ai pas pu le finir. La succession de scènes de sexe où l’héroïne est humiliée m’a réellement dérangée. Je ne comprenais pas ce qu’elle appréciait dans ces situations. Et je pense sincèrement que, si je retentais de lire ce livre aujourd’hui, je ne comprendrais toujours pas. Parce qu’on a simplement ces scènes, leur description, les ressentis physiques, et rien, ou pas assez, sur la psychologie. Pourquoi Summer accepte-t-elle et aime-t-elle être traitée ainsi ? Si c’est dit dans le livre, ce n’est pas assez tôt, j’ai arrêté avant.

« il doit bien y avoir une raison pour que des gens pratiquent et aiment ça »

Le troisième livre, parce que je suis un peu obstinée, a été le premier tome des Infortunes de la belle au bois dormant, L’initiation d’Anne Rice. Il était présenté comme, je cite, “Si vous avez aimé Cinquantes Nuances, vous adorerez la sulfureuse trilogie d’Anne Rice”. Euh… Non. Clairement, non. Les différences, même dans le ton, entre les deux histoires sont tellement énormes que, juste, non. Autant dire que si vous avez un problème sur le consentement avec Cinquante Nuances, vous allez perdre vos yeux avec L’initiation ! XD Pour rappel, je n’étais pas encore sensibilisée au consentement à l’époque. Et j’ai pourtant été profondément dérangée par son absence quasi total. Pour moi, ce n’était qu’une suite de scènes de viol, de violence et d’humiliation.

Le seul point positif étant l’égalité de traitement de tous : des hommes dominants, des femmes dominantes, des hommes dominés et des femmes dominées. Pour l’époque (les années 80), c’était plutôt avant gardiste, il faut le reconnaître. Mais à ce jour, je n’ai toujours pas réussi à me motiver à lire le second tome, La punition, malgré les nombreuses recommandations de mon entourage m’ayant certifié que le problème de consentement disparaissait au fur et à mesure de l’histoire.

Tout ça pour dire que j’ai pensé à ce moment-là que le BDSM pur et dur n’était définitivement pas pour moi. Après deux essais (Cinquante Nuances ne comptant pas vraiment), je me suis dit que je m’étais fait un avis : le BDSM, c’est trop trash pour moi, trop de viol et d’humiliation.

J’avais donc abandonné l’idée de comprendre l’attrait que pouvait avoir cette pratique et cette façon de vivre. Jusqu’à ce que je rencontre quelqu’un le pratiquant réellement. Cette personne m’a conseillé plusieurs livres. Des livres comme Une poigne de fer de Catt Ford, Dangereusement heureux de Varian Krylov ou encore Une autre voie d’Anna Martin (et la liste des livres qui traitent correctement le sujet est bien plus longue)

À partir de là, j’ai commencé à comprendre. Bien sûr, ça n’a pas été une illumination divine où je me suis dit “Ah mais c’est bien sûr !”. Il a fallu du temps, de la patience, de l’ouverture d’esprit, de la compassion, de l’empathie. Cela s’est fait en plusieurs étapes. Et avec plusieurs types de BDSM aussi. J’en distingue personnellement deux. Mais c’est ma vision des choses à l’heure actuelle. Elle est peut-être incomplète, potentiellement erronée et très certainement susceptible d’évoluer avec le temps.

« Il m’aura fallu au total deux ans pour arriver à cette conclusion, pour ne plus être dans le jugement de ce mode de vie. »

En premier, il y a le BDSM psychologique. J’entends par là des relations où le dominé veut ce genre de relation pour être pris en main, qu’on lui dise ce qu’il doit faire, laisser tomber totalement le contrôle. Cela peut être un homme d’affaire qui passe ses journées à diriger une société et ses salariés et souhaite le soir débrancher son cerveau, par exemple. Ou quelqu’un qui a besoin d’être dirigé par manque d’assurance et de confiance en lui. Car lorsque le soumis fait une bonne action, le dominant le récompense et le félicite. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a rien de mieux que cela pour se sentir bien, gagner en assurance et nourrir notre égo.

Dans les relations BDSM comme ça, les personnes veulent cette relation pour des raisons psychologiques et recherchent avant tout la prise ou l’abandon du contrôle. Étant moi-même un peu (OK, beaucoup…) maniaque du contrôle, c’est le genre de relation que j’ai le plus facilement compris. Oui, quand on a le besoin de tout contrôler, c’est difficile de s’abandonner. Mais ça fait aussi du bien. Là, j’ai compris pourquoi des gens font ça.

En second, il y a le BDSM physique. Là, ce sont plutôt des personnes qui ont mal intérieurement et veulent oublier cette douleur grâce à la douleur physique, ou se repentir (d’où les punitions). Au final, ça rejoint la scarification, mais dans un environnement sécurisé et avec des marques qui ne sont pas définitives. Et pour avoir eu une amie qui s’entaillait la peau, forcément, ces cas-là m’ont également parlé et m’ont permis de comprendre. Au point qu’aujourd’hui j’en viendrais certainement à conseiller aux gens qui se sentent vraiment mal et pensent mériter le pire de se tourner vers le BDSM.

« c’est dans les histoires qui traitent bien le sujet qu’on trouve le plus de consentement au final. »

À noter que ces deux types de BDSM peuvent aussi se compléter et être faits parallèlement. Rien n’empêche d’avoir les deux à la fois. Et tout cela est autant valide pour les relations BDSM exclusivement sexuelles (le BDSM n’est pratiqué que pendant le sexe) que pour les relations BDSM de vie (le BDSM se pratique h24, c’est la façon de vivre du couple)

Ceci dit, je le dis et le répète, ces deux catégories sont celles que j’ai pu distinguer et ne couvrent certainement pas tout. Principalement parce que je reste tout de même dans les récits soft. Aujourd’hui, je ne comprends toujours pas le besoin d’humiliation, par exemple. Et s’il y a une scène qui en contient dans le livre que je lis, je me sens mal à l’aise. Peut-être ne suis-je pas encore prête pour ça, peut-être ne le serais-je jamais.

Il m’aura fallu au total deux ans pour arriver à cette conclusion, pour ne plus être dans le jugement de ce mode de vie. Deux ans pour me rendre compte, grâce aux bons livres, que le BDSM est avant tout une relation de confiance, entière et totale, et de consentement. Les mots de sécurité sont là pour ça. Et c’est d’ailleurs, pour les histoires qui traitent bien le sujet, dans ce genre de récit qu’on trouve le plus de consentement au final.

J’espère que mon partage d’expérience permettra à d’autres d’y voir plus clair ou, à défaut, de vouloir se renseigner davantage sur cette pratique, notamment en cherchant des livres réalistes sur le sujet. Les best-sellers classés comme BDSM ne le sont pas pour la plupart ou ne mettent pas assez l’accent sur le côté psychologique – pourtant bien plus important que le côté sexuel ! Je pense donc qu’il ne faut pas hésiter à se rapprocher de personnes qui sont dans le milieu pour leur demander conseil.

Beaucoup de personnes ne comprennent pas et c’est ce qui fait que c’est si mal perçu aujourd’hui dans notre société, que c’est vu comme une déviance, alors que ça implique des relations très saines quand c’est bien fait.


Kate Lyna

Kate Lyna est autrice et lectrice de fantastique et de romance principalement, mais aussi de fanfiction sous le pseudo Tatsu-Chan.


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L’écriture, le safe sex et moi

CONSENTEMENT ET SAFE SEX :

ÉCRIRE RÉALISTE N’EST PAS ÉCRIRE CHIANT

Peu importe ce que l’on a pu lire ou entendu dire, consentement et safe sex vont de pair. Pour les partenaires – et peu importent leurs sexe, orientation sexuelle et pratiques –, pouvoir dire non ou stop à tout instant est la garantie d’un rapport consenti, d’un choix libre et éclairé. Alors, non, le safe sex n’implique pas que de se protéger physiquement.

Cette notion du safe sex mise au point et son lien avec le consentement établi, passons au point de vue de la littérature.

 

LE CONSENTEMENT N’EST PAS LE PASSAGE CHIANT DE TOUTE SCÈNE ÉROTIQUE

Bien qu’il m’arrive de tomber sur du safe sex ennuyeux à mourir et parfaitement saboté, en général, c’est toute la scène qui se révèle sans intérêt. (Que ce soit pour l’évolution des personnages, de l’intrigue ou au niveau de l’écriture.)

Clairement indiqué ou moins évident, voire inexistant, le safe sex n’est que vaguement respecté.

DE L’AUTEUR·E ET DU SAFE SEX

L’absence de safe sex est parfois une décision consciente de l’auteur·e, qui ne sait pas toujours comment l’intégrer à sa scène ou appréhende de casser le rythme de celle-ci. Auquel cas, il conviendrait de glisser un petit message ou un rappel au début du texte sur l’importance de se protéger. (Physiquement et moralement, cela s’entend.)

Un tel rappel vous semble très convenu en tant qu’auteur·e ou lecteur·trice ? Imaginez-vous à la place d’un·e autre : vous ne souhaitez pas lire ce genre de passage ; au mieux, ils vous indiffèrent, et au pire, vous repoussent pour des raisons qui n’appartiennent qu’à vous. C’est votre droit. Tout comme nous parlons de consentement et de relation de confiance entre deux partenaires ou plus, nous parlons des deux mêmes notions entre l’auteur·e et son lectorat. Quand il ouvre un livre, c’est avec l’assurance de ne pas y trouver ce qu’il ne veut pas.

L’excuse de la couverture qui explicite l’érotisme – voire l’absence de consentement – n’en est pas une, car il serait alors jugé normal de s’attendre à un ou plusieurs rapports non consentis dans tout livre érotique. Certain·e·s seront attiré·e·s par du cul « bête et méchant », là où d’autres se sentiront plus à l’aise avec un consentement parfaitement établi ou un message expliquant son absence.

Sachez enfin que la négligence du consentement dans la littérature (et via les autres vecteurs culturels) participe largement à la culture du viol.

Le rôle d’un livre est-il d’éduquer ?

LE MYTHE DE LA PROTECTION « TUE L’AMOUR »

Vos personnages sont absolument consentants, et peu importent les réjouissances qu’ils ont prévues, il faudra en venir à la phase « protection ».

Lorsque j’ai commencé à écrire des scènes érotiques pour servir certains pans de mes intrigues, j’ai enquiquiné certain·e·s ami·e·s Facebook et l’un d’elleux m’a répondu que le sexe, ce sont aussi des maladresses. Il peut être tendre et cocasse, et alors que je lis des gens qui cherchent à écrire la scène érotique parfaite, je me dis qu’ils passent finalement à côté.

Une scène érotique peut être bien écrite et mettre en avant les moyens avec lesquels les partenaires usent du safe sex. (Citons, en vrac, le préservatif, la digue dentaire, la préparation…) Elle peut verser dans la tendresse sans être gnangnan, se vouloir réaliste sans devenir ennuyeuse. C’est un tour de main à prendre, si je puis dire.

Je terminerai ce paragraphe sur un point, à mon sens, très important : la préparation dans le M/M.

Comme pour tout, il y a du bon et du mauvais M/M. Il y a surtout une tendance à se passer de consentement et de préparation. La pénétration anale étant ce qu’elle est, les lésions devraient s’accumuler à force de préparation bâclée. On me répondra sûrement que le but de l’érotisme est de satisfaire les lecteur·trice·s (comme toute bonne histoire, en somme), ce à quoi je rappellerai que l’auteur·e peut conjuguer safe sex et augmentation de la température, et accessoirement, s’abstenir de véhiculer des clichés propres au M/M.

On baise à tout va sans se préoccuper de la nature des rapports et on multiplie les orgasmes et les idées reçues ; ce qui m’amène au point suivant.

 

LA BÊTISE DE CROIRE QUE LE CONSENTEMENT EST L’APANAGE DES FEMMES

C’est là que je vais brièvement causer féminisme, car certaines personnes croient, à tort, que ce mouvement a pour objectif suprême de supplanter les hommes dans tous les domaines. Je ne dis pas que des extrémistes ne peuvent pas le vouloir ; tous les troupeaux ont leurs brebis galeuses. Seulement, l’idée de départ consiste à avancer sur un pied d’égalité. Pas de genre supérieur, donc – désolée pour les obsédé·e·s du complot féminazi. Cette égalité passe par un traitement similaire et sans équivoque des personnages, qu’ils soient assignés hommes ou femmes.

Une femme que l’on force à une fellation, c’est un viol. Un homme que l’on force à une fellation, c’est un viol.

Une femme que l’on pénètre sans son consentement, c’est un viol. Un homme que l’on pénètre sans son consentement, c’est un viol.

Une femme qui ne repousse pas son agresseur n’est pas consentante pour autant. Un homme qui ne repousse pas son agresseur n’est pas consentant pour autant.

Le M/M a ses casseroles, au même titre que le M/F et le F/F, même si j’entends moins parler de ce dernier, mais le M/M reste celui qui soulève le plus de tollés en matière de consentement et de safe sex en général. (Du moins, dans mon environnement et hors Dark Romance pour le M/F.)

M/M, CONSENTEMENT ET SAFE SEX : QUEL EST LE PROBLÈME ?

Le M/M est majoritairement défini comme un genre écrit par des femmes et pour les femmes. Les auteures se multiplient et les lectrices en redemandent. Je ne m’étendrai pas sur le cas du manga, que je ne lis pas assez pour en juger.

Non, le problème n’est pas que des femmes s’épanchent sur la vie sexuelle (et souvent débridée) de deux hommes ou plus. On peut apprécier le M/M (en lire et/ou en écrire) sans tomber dans ce que j’appelle « le travers fangirl ». On peut écrire du M/M pour participer à la diversification des personnages. (Je le fais, mais pas dans le domaine de l’érotisme.)

Oui, le problème est donc quand le M/M devient prétexte à de mauvais traitements sous couvert de romance. (Sans donner dans la Dark Romance purement établie et assumée.) D’où mon rappel de début de paragraphe.

DU CARACTÈRE DES PERSONNAGES

Autre point qui mérite que l’on s’y attarde : la caractérisation des personnages qui refusent un rapport sexuel. La petite sainte se rétracte, Machin-chose ne veut pas, mais elle porte une jupe ultra-courte, c’est une salope, Bidulette hésite, oh, fais pas ta prude !

Un personnage qui dit non ou repousse un pot de colle ne devrait pas être présenté comme une forte tête ou un sale caractère. Le refus d’un rapport sexuel est un droit fondamental. La menace et la surprise portent atteinte aux droits fondamentaux de l’individu.

Je conclurai ici en ajoutant qu’un personnage, femme ou homme, qui a une réaction physique au cours d’un acte sexuel non consenti ne signifie pas qu’il a pris du plaisir ou qu’il a changé d’avis en route. Les conséquences en seront désastreuses, pareillement à la vraie vie. Voilà l’utilité des Trigger Warnings si votre récit se passe de consentement et de safe sex. Là où une couverture et un résumé ne permettront pas d’évaluer le degré de dérangement, un Trigger Warning avertira directement.

 

Consentement et safe sex ne sont pas une question de genre, de pratiques, encore moins de goûts et de couleurs. À la façon de partenaires qui établiront un rapport de confiance entre eux, l’auteur·e en établit un aussi avec ses lecteur·trice·s. Que vous passiez outre le consentement et le safe sex, d’accord, mais il faudra en avertir votre lectorat à un moment ou à un autre.


Aude Reco

Aude Reco est une autrice de romance et SFFF.


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Le consentement dans la romance

L’amour a tous les droits… ou pas

« Je fais ça parce que je t’aime ! »

Tout a commencé, il y a fort longtemps, probablement à l’époque où l’auteur/trice a pris la plume pour écrire des romans d’amour. Du dilemme cornélien aux drames de Racine, où les héros mouraient sur scène, il a toujours été gravé dans le marbre, qu’au nom de l’amour, tout était permis.

Quelques siècles plus tard, Anna Karenine se jetait sous un train par remords d’avoir Résultat de recherche d'images pour "Anna Karenine"abandonné sa fille et son mari. Les amants maudits de Belle du seigneur finissaient par se suicider, ne supportant pas la déchéance de leur couple. Le phénomène n’est donc pas nouveau mais, tout comme Shakespeare gardait une certaine réserve sur Roméo et Juliette et leur suicide commun, les actions de ces héros étaient rarement présentées comme positives. Qui souhaite vivre la vie d’Anna Karenine, femme condamnée par son époque et qui méprise son mari et ses valeurs chrétiennes ? Qui a envie de mourir à seize ans comme Roméo et Juliette ? (Hélas, le suicide des adolescents est bel et bien un phénomène inquiétant…)

tout cela est justifié car « Je fais ça parce que je t’aime ! »

Il eut été logique qu’avec l’évolution des mœurs et le taux de divorce grimpant, la littérature et le cinéma suivent une courbe un peu plus… moderne. Hélas, la régression est à l’ordre du jour, surtout dans la romance.

Utile de parler du fameux Fifty shades of grey et de faire remarquer que depuis, nous avons eu bien pire ? De Christian Grey, qui achète une voiture à Anastasia car il estime que la sienne est dangereuse, à Gedeon Stark (Crossfire), qui fait tracer le portable d’Eva (notez l’originalité des noms, au passage) sans son accord, tout cela est justifié car « Je fais ça parce que je t’aime ! ».

C’est bien là où le problème se pose, selon moi : l’amour n’excuse pas tout. L’amour n’est pas la solution. Parfois, même, l’amour est le problème. Et il est tout de même étonnant que ce soit si bien accepté.

Que penser de l’accroche du roman Haker : « il ne demande jamais, il se sert », où il n’est JAMAIS question de consentement mais où, là encore tout est justifié par le sempiternel « ooohh mais j’ai tellement envie de lui ! ».

Le sommet des livres qui me sont tombés sous les yeux (car je n’ai, heureusement pas tout lu), reste l’insipide trilogie Panama où, à la minute où le héros rencontre l’héroïne, il lui interdit de manger des gougères sous prétexte qu’elle va prendre du cul, (heu… Une claque ?) et lui colle la main sous la jupe environ dix minutes après. Vous direz que cette trilogie m’obsède beaucoup trop et vous aurez raison, mais là encore, l’éternel argument : « Je suis amoureuse. J’ai envie de lui. »

J’ai adoré le livre de notre Valéry K. Baran nationale, (et ceci sans forfanterie aucune), Mariée…mais avec qui ? car, outre son côté interactif, la description très fine des personnages et l’histoire distrayante, sans être mièvre, Rose est très lucide sur sa libido débordante et les ennuis qu’elle lui crée : oui, Rose aime le sexe, se retrouve parfois dans des situations embarrassantes, mais elle le sait et assume. C’est également le cas des héros de Pas assez de toi.

parfois même, l’amour est le problème

De la même façon, mes personnages, le groupe de rock VersusJames, se comportent très souvent, (majoritairement, d’ailleurs), comme de parfaits crétins, à cause de leur libido et de leurs sentiments, parfois excessifs, en particulier Nathan Turner. J’ai d’ailleurs à ce niveau, commis un roman d’un pessimisme total : généralement, le héros ou l’héroïne a un passé éprouvant, (je pense notamment aux deux héros de Archer’s voice), a dégusté dans sa vie, mais il rencontre l’homme ou la femme de sa vie et dans la foulée, réalise ses rêves par miracle, après les inévitables rebondissements de « la scène V de l’acte IV », pour faire de nouveau référence à la tragédie. Dans le cas de Nathan Turner, il a eu une jeunesse épouvantable, il rencontre l’amour de sa vie et réalise ses rêves… et c’est encore pire !

L’amour n’excuse pas tout. L’amour ne justifie pas tout. L’amour n’est pas la solution : parfois même, l’amour est le problème, et les problèmes psychologiques (car, clairement, les héros de romance en sont bourrés jusqu’à la garde) ne se résolvent pas en étant amoureux fous. Imagine-t-on Christian Grey chez le psy suivant une vraie thérapie ? Non, pas plus qu’on imagine Anastasia prenant enfin conscience que les habitudes sexuelles de Christian Grey sont bien moins graves que sa tendance à la tyrannie. Tout expliquer par le fait que sa maman était brune et prostituée… eh bien, dans le genre psychologie de comptoir, ça se pose là. Christian Grey, comme Gedeon Stark, comme Esteban Cruz, ont un point commun : ils sont RICHES. Très riches et considèrent que s’ils veulent une femme, ils la prennent, faisant cruellement écho à l’actualité récente. Loin de moi l’idée de rendre les auteurs/trices des méfaits de ces hommes de pouvoir, sûrs de leurs bons droits mais les faits sont là.

Un panneau drolatique circule sur les réseaux sociaux : 50 nuances de grey, c’est glamour parce que le mec est riche et a un hélicoptère. S’il habitait une caravane, ce serait un épisode d’Esprits criminels. Drôle, certes, mais surtout cruellement vrai.

Certes, ce n’est pas moins vrai, (voire pire) dans les romans M/M. Comme le signale fréquemment Jason Crow ici même, le viol n’est pas un acte d’amour. Dans un de ces romans, dont un extrait a été partagé, figure cette phrase, ô combien révélatrice : « Ne pose pas la question à ton cerveau, mais à ton cœur ».

Si le type refuse la capote, emploiera-t-il le même argument ? « Fais-moi confiance, ne pose pas la question à ton cerveau, mais à ton cœur ? »

Dans la vie, il est tout de même préférable de poser la question à son cerveau. Voire de laisser son cerveau y répondre. Après tout, la mission première du cœur est de pomper le sang, pas de répondre à des questions.


Marlene Jones

Marlene Jones est une auteure de romans M/M publiée aux éditions Textes Gais, L’Ivre Book, Evidence et Belphégor.


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Dangereusement Heureux – Pénétration manuelle avec protection de latex et consentement oral

EXTRAIT
Dangereusement Heureux

Auteur : Varian Krylov
Éditions : Auto-édition

Je ne lui dis pas non, même si rien que l’idée me paraissait franchement horrible. Clinique, anatomique, invasive et un peu sadique. Je ne sais pas ce que j’avais imaginé que nous pourrions faire au lit ensemble, excepté peut-être se masturber mutuellement et, éventuellement – j’avais fantasmé dessus et étais presque certain que j’aurais aimé – le baiser, mais être pénétré de cette manière ne m’avait même pas effleuré et, tout à coup, mon corps devint rigide, prêt à se défendre avant même qu’il n’ait touché un seul muscle.

Il se rallongea très lentement, mais pas complètement sur moi, juste pour murmurer à mon oreille.

— Me fais-tu confiance ?

Je croassai un faible « oui », comme si un serpent s’était enroulé autour de ma gorge et serrait ses anneaux, essayant de m’étouffer progressivement.

— Ce n’est pas une question pour ton cerveau, Aidan. C’est une question pour ton cœur. Tu y as pensé et tu as dit « oui ». Mais que ressens-tu ? Peux-tu me faire confiance ?

J’essayai d’oublier l’image d’une main gantée de latex qui sondait ma cavité anale pour revenir à nous, à cette chambre chaleureuse, à ce que j’avais ressenti lorsqu’il m’embrassait, me touchait et me regardait.

— Oui.

— Alors, je vais faire très attention à ne pas gâcher cette confiance.

— D’accord, dis-je.

Extrait soumis par : Kate Lyna.