Trigger Warning ? Velvet Blackstar

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L’importance de respecter son lectorat

Ceci est un article de Jason Crow.

Velvet Blackstar et le Trigger Warning

Dans mon dernier livre, Velvet Blackstar, j’ai inclus un trigger warning. Alors, un trigger warning, c’est qui c’est quoi ? Un trigger warning, c’est un avertissement, généralement trouvable en début d’ouvrage ou sur la page de présentation du manuscrit, indiquant que certaines scènes peuvent choquer le lecteur. Dans mon cas, je n’avais jamais utilisé de trigger warning avant, pas même pour Sold, qui contient pourtant des mentions de viol et de violences en tous genres. Pourtant, quand j’ai écrit Velvet Blackstar, j’ai voulu mettre un trigger warning sur la page de description et à l’intérieur du roman. Pourquoi ? Parce que la première scène est un viol et est présenté comme tel, dans toute sa violence et toute sa cruauté et que plusieurs séquences du roman peuvent choquer les âmes sensibles. Pour autant, j’aime mon livre. Et je sais que j’ai présenté les choses de manière explicite : on sait que ce qui se passe est mal, que ça ne devrait pas arriver. Ce n’est pas montré comme quelque chose de beau, encore moins de glorieux.  Mais ça peut choquer. Alors un trigger warning s’est imposé et au final, je ne le regrette pas : les lecteurs se précipitent sur le livre en connaissance de cause et ceux qui pensent ne pas pouvoir encaisser ce que Velvet Blackstar a de noir et de violent ne le lisent pas. Tout le monde est content, le trigger warning ne coûte pas cher (rien du tout en fait) et ça prend deux minutes à écrire.

Il y a peu, je suis tombé sur un livre qui fait le bad buzz justement parce qu’il n’a pas de trigger warning.

Par respect pour l’auteur et parce qu’on n’est pas là pour cracher sur les copains, je ne dévoilerai pas le nom de l’ouvrage. Je peux cependant dire ceci : avant de lire les premières pages, j’ai été voir les commentaires. C’est la première fois que je vois un tel déferlement de colère à l’encontre d’un roman. Et je comprend : j’ai lu les premières pages, ça m’a choqué, j’ai refermé les livre et je suis parti. Je n’ai pas laissé de commentaire, j’ai juste dit ce que j’avais à dire sur Facebook et c’est tout. Cela dit, je tiens à dire que la personne écrit bien. Elle a un bon style. Seulement, ce qu’elle écrit est malsain, cruel, violent. Et je suppose que c’était son intention première, puisqu’elle parle de réalité sale sur Facebook. Mais est-ce qu’un trigger warning n’aurait pas été de mise ? Ce livre met notamment en scène une petite fille de sept ans en train d’attendre lascivement que son père couche avec elle. J’ai lu cette scène. Elle m’a laissé horrifié, malade et triste. Là encore, je tiens à le dire, l’auteur a dit clairement qu’elle voulait écrire quelque chose qui dérange. Mais… Outre le fait que la fiction peut avoir un impact sur la réalité, est-ce qu’un petit trigger warning n’aurait pas au moins mis en garde les lecteurs ? Un mot de l’auteur disant « je sais que c’est choquant, cet ouvrage contient ceci, cela et traite de sujets graves », ça ne coûte rien. Et encore une fois, ça ne fait de mal à personne, ça évite même bien des soucis.

Cela dit dans le cas mentionné, il y a aussi la façon dont ont été traités les sujets en question… Mais passons.

Trigger warning = faire fuir les lecteurs ?

Non. Et honnêtement, je pense même que les lecteurs apprécient qu’on prenne soin d’eux. C’est logique. Après tout, tout le monde n’a pas envie de lire certains sujets et surtout, quand on lit, on le fait pour réfléchir, pour se détendre… Mais pas pour se sentir mal après. Enfin, je ne pense pas ? Partant de ce principe, qui aurait envie de se faire mal volontairement en lisant un ouvrage qui ne lui correspond pas et qui est susceptible de raviver des douleurs anciennes ou récentes ? Car il y a aussi le problème du traumatisme réel : certains lecteurs ont vécu ces choses dont vous parlez dans votre ouvrage, et ils n’ont peut-être pas envie d’en entendre parler à nouveau ? Écrire un trigger warning, ça n’est pas seulement une sécurité pour vous en tant qu’auteur, c’est aussi une façon de dire « eh, Lecteur, je t’aime bien, mais c’est justement parce que je t’aime que je te protège ».

En d’autres termes.

Je ne pense pas qu’un trigger warning mette en cause la qualité de vos écrits. Si votre livre est bon, il se vendra. Point. Le trigger warning ne jouera en rien sur le nombre de ventes et ne fera pas de vous un monstre. Bien au contraire : les lecteurs avertis sauront si ils doivent ou non lire votre ouvrage et ceux qui choisiront de le faire sauront à quoi s’attendre. Encore une fois, ça prend deux minutes, ça ne coûte rien et ça rend tout le monde heureux. Alors… Pourquoi pas ?


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Actualité : Table ronde sur le consentement au salon de l’homoromance de Paris

Les membres de We Need More Safe Sex Books au salon de l’homoromance de Paris

Petit article à part pour vous annoncer que nous serons à Paris, les 12 et 13 novembre, pour le salon de la romance homosexuelle Y/Con auquel nous avons été invitées à intervenir pour parler consentement dans les romances homosexuelles.

Nous participerons, avec Mlle Cordelia et Docteur Pralinus, à la table ronde Viol et consentement dans les fictions yaoi, et à la discussion derrière pour approfondir le sujet. Nous vous donnons donc rendez-vous le samedi de 13h à 14h30 !

En attendant, nous vous invitons à passer sur le site de l’évènement ou à revoir la vidéo de Mlle Cordelia sur « Le jeu du chat et de la souris » et le consentement.

Notre page d’intervenantes sur le site : We Need More Safe Sex Books.


We Need More Safe Sex Books. Article écrit par multi-intervenants.