Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 2/2

En complément de l’article précédent : Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 1/2, voici la a brochure de l’association PariS-M.

PariS-M, ce sont aussi :

  • Des dîners-débats chaque 3° mercredi du mois,
  • Des apérencontres chaque 1er vendredi du mois,
  • Des ateliers de pratiques BDSM ou de fabrication de matériel avec des spécialistes,
  • Des actions de prévention pour des pratiques BDSM saines, sûres et consensuelles.

Vous pouvez les retrouver sur leur site : http://www.paris-m.org/

Merci à Clarissa Rivière pour le partage de cette brochure.


Clarissa Rivière

Clarissa Rivière est une autrice d’érotisme publiée chez divers éditeurs dont La Musardine et L’ivre-Book principalement.


A lire aussi :

Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 1/2

 

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Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 1/2

Merci à Clarissa Rivière de son accord pour publier ici son article, pour aider les auteurs à savoir comment aborder le BDSM dans leurs romans de manière safe.

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Par Clarissa Rivière

Mercredi dernier, j’ai participé au dîner-débat mensuel de l’association PariS-M sur le thème de la sécurité :

« En Mai, fais ce qu’il te Play… mais fais le bien !!!!!
Des Jeux de toutes sortes, oui, oh oui !!!
Mais comment faire ? Comment jouer en sécurité et sainement ? »

     C’était passionnant, une dominatrice expérimentée et un médecin sont intervenus et ont répondu à toutes les questions. J’ai pris quelques notes, pour vous concocter un article sérieux, pour une fois !

***

    Les pratiques bdsm sont avant tout des jeux consensuels, négociés, sains et sûrs, entre adultes consentants. Avant une séance, bien parler avec son partenaire, instaurer un climat de confiance, prévoir un safeword pour tout arrêter.

Il existe quatre niveaux de jeu :

— Les jeux à peine SM, pour pimenter les ébats : fessées, pincements, mordillements… sans scénario, ni accessoires.

— Les jeux SM léger : on utilise des liens, des pinces, il y a des contraintes, des scénarios basiques du type « punition » …

— Les jeux SM moyen/classique : les scénarios se complexifient : maître/esclave, on utilise plus d’instruments, des pratiques insolites font leur apparition : bougies, orties, tierce personne, humiliations, uro…

— Les jeux SM hard ou SM limite : le sang peut couler, pratiques d’étouffement, de noyade, marquage, électricité, scatologie, zoophilie (attention, illégal en France et dans de nombreux pays)…

 

Il y a des règles de sécurité et d’hygiène à respecter selon les pratiques :

     Les jeux d’impact (martinet, cravache, fouet…)

— Éviter de frapper les reins, le visage, les yeux en particulier.
— Désinfecter la peau du soumis ou de la soumise ensuite en cas de plaies visibles
— Bien se laver les mains avant de jouer avec un autre partenaire. Les solutions hydroalcooliques ne suffisent pas, il faut se laver les mains avec de l’eau et du savon en cas de contact intime et présence de sécrétions et/ou souillures sur la peau.
— Désinfecter ses instruments entre deux partenaires. Il existe des sprays prévus spécialement (on peut même les mettre à tremper dans des solutions antiseptiques quand le matériel le permet et qu’il a été introduit dans des cavités anatomiques. Penser à les utiliser avec un préservatif quand c’est possible).
— Attention, le fouet peut couper. Certains changent le cracker de leur fouet à chaque partenaire.
— Ne pas frapper une peau lésée, car une blessure, même petite, est une porte d’entrée pour les germes.
— Attention aux coups de poings ou de pieds dans les parties génitales, risque de lésions importantes, dont éclatement des testicules.
— Gants de Dracula (gants hérissés de piquants) : usage unique pour une seule personne, car ça se lave difficilement.

Attention aux objets que l’on se prête et aux accessoires que les clubs mettent parfois à disposition : on ne sait pas comment ils ont été utilisés avant et s’ils ont été nettoyés.

Le BDSM peut être bucolique parfois, se dérouler en forêt par exemple. Se méfier des blessures liées aux végétaux, il y a un risque d’infection, surtout avec des branchages ramassés au ras du sol pouvant être souillés par des animaux sauvages. Choisir des végétaux en hauteur, bien désinfecter les plaies superficielles, et ne pas hésiter à aller aux urgences en cas de blessure à l’œil.

Vérifier une éventuelle allergie pour l’usage des orties par exemple, en testant sur une petite zone, attendre au moins 10 minutes pour voir s’il y a une réaction.

    Le shibari

— Éviter le nerf radial (sous l’aisselle principalement), qui peut occasionner des paralysies passagères d’une partie du bras.
— Éviter les articulations (risque de compression plus important).
— Vérifier la tension des cordes, on doit toujours pouvoir glisser un doigt sous les cordes.
— Prévoir des ciseaux – ou un coupe corde – non loin pour tout couper très vite en cas de soucis.

Pour désinfecter les cordes après une séance, on peut les passer à la flamme, ou les laver (certains utilisent même le lave-linge).

    Les bougies

— Éviter les bougies à la cire d’abeille, elles sont trop chaudes.
— Tester sur sa peau avant.
— Prévoir de l’eau fraiche, des glaçons non loin.

Installer une bâche pour ne pas salir le sol.
Rajouter un masque sur les yeux, pour plus de sensations et éviter les brûlures.
Attention aux bougies rouges, elles peuvent laisser du colorant sur la peau.

    Les jeux d’aiguille

— Contrairement aux apparences, ils sont peu douloureux, car les aiguilles sont fines et très pointues
— Bien laver la zone de jeux avec de la Biseptine ou de la Bétadine avant.
— Mettre des gants stériles type chirurgicaux, mais il faut savoir les mettre car dès qu’on les touche, ils ne sont plus stériles.
— Planter les aiguilles horizontalement et relativement superficiellement pour éviter de toucher des nerfs ou des vaisseaux avec un risque de saignement plus important.

    Les jeux électriques

— Éviter toute la partie haute, au-dessus de la ceinture (présence du cœur) pour les dispositifs puissants et pas forcément adaptés.
— L’électro stimulation type « Violet Wand » est plus douce, offre des picotements légers, aucun souci pour en faire sur tout le corps.

    Le fist

— Utiliser du lubrifiant.
— Éviter de le faire à main nue, sauf si on connaît très bien son partenaire d’un point de vue sérologique, mais il y a toujours un risque infectieux, si un des deux partenaires a des plaies. Le port des gants est conseillé.
— Prendre tout son temps, y aller progressivement, ne jamais forcer, pour ne pas blesser.
— Et bien sûr se laver soigneusement les mains après les jeux… même si on a porté des gants !

Attention aux médicaments type Microlax qui peuvent irriter la muqueuse lors d’une utilisation répétée.

Insérer des objets dans l’anus n’est pas sans risque. Les urgences regorgent d’anecdotes : des personnes viennent avec des objets qu’elles n’arrivent plus à retirer et inventent des histoires pas possibles. Il faut parfois opérer hélas.

Une fois que l’objet a passé la barrière d’un sphincter, le sphincter se referme, l’objet ne peut plus revenir en arrière, on a l’impression que l’objet est attiré à l’intérieur. Bien tenir l’objet pour éviter ce phénomène « d’aspiration », ou en prévoir un avec une base large qui le retienne à l’extérieur. Les petits plugs en métal ont parfois une base trop petite, ils peuvent aussi être perdus, surtout si on a mis beaucoup de gel.

— Mettre un préservatif aux godes, gode ceinture qu’on utilise.

    Les pratiques de strangulation, d’asphyxie

— Attention à ne pas écraser le larynx.
— Le faire très peu de temps et ne jamais laisser la personne seule
— En cas de malaise, de pâleur extrême et de possible malaise vagal, allonger la personne les jambes en l’air ou en position latérale de sécurité sinon.
— Si on utilise un film alimentaire : bien prévoir de faire un trou sur la bouche bien sûr.

En prévention :

— Demander aux soumis de tenir un objet, s’il tombe cela veut dire qu’il y a perte de connaissance.
— Demander à la personne de simuler une perte de conscience, pour vérifier si l’on peut se débrouiller avec son corps lourd et inerte.
— Ne pas hésiter à suivre des formations de secouriste, pour savoir mettre en PLS et faire un massage cardiaque si on s’attaque à ces jeux extrêmes.

    Les jeux uro

— Si on n’a pas l’intention de boire tout de suite, mettre « le champagne » au frigo, sinon les bactéries se développent très vite, car les urines ne sont pas stériles contrairement aux idées reçues (c’est juste « stérile » dans la vessie, mais plus lorsque qu’elles ont emprunté les voies urinaires basses = le trajet de sortie habituel).
— En cas de pose d’une sonde urétrale, il faut une antiseptie importante. Bien nettoyer le méat urinaire avant l’introduction de la sonde avec de la Bétadine.

    Le sang

— Éviter les « vraies » morsures jusqu’au sang : risques infectieux pour le mordu et le mordeur en fonction du contexte.
— Éviter de s’exposer au sang d’une manière générale : risques d’hépatites, de HIV…

    Le marquage au fer, ou Branding 

Pratique réservée aux spécialistes. Il faut maîtriser la température et le temps d’application, afin d’avoir l’effet escompté et éviter des blessures graves.

 

En conclusion, même si le risque zéro n’existe pas, tout est possible avec beaucoup d’attention et de communication avant ! Et que le dominant ou la dominatrice maîtrise la pratique envisagée..

Merci aux intervenants de m’avoir relue, et corrigée, avant publication !


Clarissa Rivière

Clarissa Rivière est une autrice d’érotisme publiée chez divers éditeurs dont La Musardine et L’ivre-Book principalement.


A lire aussi :

Témoignage – L’image du BDSM donnée par les livres

 

L’écriture, le safe sex et moi

CONSENTEMENT ET SAFE SEX :

ÉCRIRE RÉALISTE N’EST PAS ÉCRIRE CHIANT

Peu importe ce que l’on a pu lire ou entendu dire, consentement et safe sex vont de pair. Pour les partenaires – et peu importent leurs sexe, orientation sexuelle et pratiques –, pouvoir dire non ou stop à tout instant est la garantie d’un rapport consenti, d’un choix libre et éclairé. Alors, non, le safe sex n’implique pas que de se protéger physiquement.

Cette notion du safe sex mise au point et son lien avec le consentement établi, passons au point de vue de la littérature.

 

LE CONSENTEMENT N’EST PAS LE PASSAGE CHIANT DE TOUTE SCÈNE ÉROTIQUE

Bien qu’il m’arrive de tomber sur du safe sex ennuyeux à mourir et parfaitement saboté, en général, c’est toute la scène qui se révèle sans intérêt. (Que ce soit pour l’évolution des personnages, de l’intrigue ou au niveau de l’écriture.)

Clairement indiqué ou moins évident, voire inexistant, le safe sex n’est que vaguement respecté.

DE L’AUTEUR·E ET DU SAFE SEX

L’absence de safe sex est parfois une décision consciente de l’auteur·e, qui ne sait pas toujours comment l’intégrer à sa scène ou appréhende de casser le rythme de celle-ci. Auquel cas, il conviendrait de glisser un petit message ou un rappel au début du texte sur l’importance de se protéger. (Physiquement et moralement, cela s’entend.)

Un tel rappel vous semble très convenu en tant qu’auteur·e ou lecteur·trice ? Imaginez-vous à la place d’un·e autre : vous ne souhaitez pas lire ce genre de passage ; au mieux, ils vous indiffèrent, et au pire, vous repoussent pour des raisons qui n’appartiennent qu’à vous. C’est votre droit. Tout comme nous parlons de consentement et de relation de confiance entre deux partenaires ou plus, nous parlons des deux mêmes notions entre l’auteur·e et son lectorat. Quand il ouvre un livre, c’est avec l’assurance de ne pas y trouver ce qu’il ne veut pas.

L’excuse de la couverture qui explicite l’érotisme – voire l’absence de consentement – n’en est pas une, car il serait alors jugé normal de s’attendre à un ou plusieurs rapports non consentis dans tout livre érotique. Certain·e·s seront attiré·e·s par du cul « bête et méchant », là où d’autres se sentiront plus à l’aise avec un consentement parfaitement établi ou un message expliquant son absence.

Sachez enfin que la négligence du consentement dans la littérature (et via les autres vecteurs culturels) participe largement à la culture du viol.

Le rôle d’un livre est-il d’éduquer ?

LE MYTHE DE LA PROTECTION « TUE L’AMOUR »

Vos personnages sont absolument consentants, et peu importent les réjouissances qu’ils ont prévues, il faudra en venir à la phase « protection ».

Lorsque j’ai commencé à écrire des scènes érotiques pour servir certains pans de mes intrigues, j’ai enquiquiné certain·e·s ami·e·s Facebook et l’un d’elleux m’a répondu que le sexe, ce sont aussi des maladresses. Il peut être tendre et cocasse, et alors que je lis des gens qui cherchent à écrire la scène érotique parfaite, je me dis qu’ils passent finalement à côté.

Une scène érotique peut être bien écrite et mettre en avant les moyens avec lesquels les partenaires usent du safe sex. (Citons, en vrac, le préservatif, la digue dentaire, la préparation…) Elle peut verser dans la tendresse sans être gnangnan, se vouloir réaliste sans devenir ennuyeuse. C’est un tour de main à prendre, si je puis dire.

Je terminerai ce paragraphe sur un point, à mon sens, très important : la préparation dans le M/M.

Comme pour tout, il y a du bon et du mauvais M/M. Il y a surtout une tendance à se passer de consentement et de préparation. La pénétration anale étant ce qu’elle est, les lésions devraient s’accumuler à force de préparation bâclée. On me répondra sûrement que le but de l’érotisme est de satisfaire les lecteur·trice·s (comme toute bonne histoire, en somme), ce à quoi je rappellerai que l’auteur·e peut conjuguer safe sex et augmentation de la température, et accessoirement, s’abstenir de véhiculer des clichés propres au M/M.

On baise à tout va sans se préoccuper de la nature des rapports et on multiplie les orgasmes et les idées reçues ; ce qui m’amène au point suivant.

 

LA BÊTISE DE CROIRE QUE LE CONSENTEMENT EST L’APANAGE DES FEMMES

C’est là que je vais brièvement causer féminisme, car certaines personnes croient, à tort, que ce mouvement a pour objectif suprême de supplanter les hommes dans tous les domaines. Je ne dis pas que des extrémistes ne peuvent pas le vouloir ; tous les troupeaux ont leurs brebis galeuses. Seulement, l’idée de départ consiste à avancer sur un pied d’égalité. Pas de genre supérieur, donc – désolée pour les obsédé·e·s du complot féminazi. Cette égalité passe par un traitement similaire et sans équivoque des personnages, qu’ils soient assignés hommes ou femmes.

Une femme que l’on force à une fellation, c’est un viol. Un homme que l’on force à une fellation, c’est un viol.

Une femme que l’on pénètre sans son consentement, c’est un viol. Un homme que l’on pénètre sans son consentement, c’est un viol.

Une femme qui ne repousse pas son agresseur n’est pas consentante pour autant. Un homme qui ne repousse pas son agresseur n’est pas consentant pour autant.

Le M/M a ses casseroles, au même titre que le M/F et le F/F, même si j’entends moins parler de ce dernier, mais le M/M reste celui qui soulève le plus de tollés en matière de consentement et de safe sex en général. (Du moins, dans mon environnement et hors Dark Romance pour le M/F.)

M/M, CONSENTEMENT ET SAFE SEX : QUEL EST LE PROBLÈME ?

Le M/M est majoritairement défini comme un genre écrit par des femmes et pour les femmes. Les auteures se multiplient et les lectrices en redemandent. Je ne m’étendrai pas sur le cas du manga, que je ne lis pas assez pour en juger.

Non, le problème n’est pas que des femmes s’épanchent sur la vie sexuelle (et souvent débridée) de deux hommes ou plus. On peut apprécier le M/M (en lire et/ou en écrire) sans tomber dans ce que j’appelle « le travers fangirl ». On peut écrire du M/M pour participer à la diversification des personnages. (Je le fais, mais pas dans le domaine de l’érotisme.)

Oui, le problème est donc quand le M/M devient prétexte à de mauvais traitements sous couvert de romance. (Sans donner dans la Dark Romance purement établie et assumée.) D’où mon rappel de début de paragraphe.

DU CARACTÈRE DES PERSONNAGES

Autre point qui mérite que l’on s’y attarde : la caractérisation des personnages qui refusent un rapport sexuel. La petite sainte se rétracte, Machin-chose ne veut pas, mais elle porte une jupe ultra-courte, c’est une salope, Bidulette hésite, oh, fais pas ta prude !

Un personnage qui dit non ou repousse un pot de colle ne devrait pas être présenté comme une forte tête ou un sale caractère. Le refus d’un rapport sexuel est un droit fondamental. La menace et la surprise portent atteinte aux droits fondamentaux de l’individu.

Je conclurai ici en ajoutant qu’un personnage, femme ou homme, qui a une réaction physique au cours d’un acte sexuel non consenti ne signifie pas qu’il a pris du plaisir ou qu’il a changé d’avis en route. Les conséquences en seront désastreuses, pareillement à la vraie vie. Voilà l’utilité des Trigger Warnings si votre récit se passe de consentement et de safe sex. Là où une couverture et un résumé ne permettront pas d’évaluer le degré de dérangement, un Trigger Warning avertira directement.

 

Consentement et safe sex ne sont pas une question de genre, de pratiques, encore moins de goûts et de couleurs. À la façon de partenaires qui établiront un rapport de confiance entre eux, l’auteur·e en établit un aussi avec ses lecteur·trice·s. Que vous passiez outre le consentement et le safe sex, d’accord, mais il faudra en avertir votre lectorat à un moment ou à un autre.


Aude Reco

Aude Reco est une autrice de romance et SFFF.


A lire aussi :

Le consentement dans la romance

Se lancer dans l’écriture du M/M

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Au royaume des licornes, le poney est-il roi ?

Ceci est un article de Jason Crow.

Lorsque je me suis lancé dans l’écriture de mon premier texte m/m…

… J’ai fait des erreurs monstrueuses. Enfin, pour être plus exact et moins sévère, mes personnages ont fait des erreurs monstrueuses. Certes, il n’y avait pas de syndrome de Stockholm, certes celui qui recevait n’était pas en train de miauler comme un chaton à qui on donne du lait lorsqu’il se faisait sodomiser… Mais Jason et Nathaniel avaient une fâcheuse tendance à ne pas pratiquer le safe sex. Point de capote en vue et quid de la préparation ? Le fait est que Jason et Nathaniel venaient tous deux d’un milieu très dur où ce genre de choses n’est pas jugé nécessaire… Et c’est pourquoi dans Velvet Blackstar j’ai tenu à ce que ces erreurs soient réparées. Safe sex, préparation, protection, consentement… Même si ce livre n’est pas parfait, je pense avoir au moins réussi ça.

Ceci dit, en écrivant, je me suis rendu compte que mes personnages n’avaient pas nécessairement envie de sexe. Une petite scène érotique par-ci, un baiser par-là, voilà qui leur suffit amplement. Mais pourquoi ?

Eh bien parce que comme les hétérosexuels et contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, tous les gays ne sont pas fans de sexe. En fait, il y en a qui aiment et il y en a qui n’aiment pas. Il y en a qui pratiquent tous les jours, d’autres seulement le samedi soir… Bref, chacun son truc. Sans compter que le sexe gay et lesbien ne se limite pas à la sodomie ou l’utilisation de godes-ceintures. Pour les lesbiennes, il y a tant de positions différentes… Mais nous parlons de M/M alors restons sur le M/M.

La sodomie.

La sodomie, je le redis, ça n’est pas toujours agréable. Et on peut très bien se faire plaisir sans passer par là. Il y a des gays qui aiment la masturbation, d’autres qui préfèrent qu’on leur fasse une fellation… Et puis, là encore, il y a plein de positions possibles et imaginables ! L’idée que le sexe est une histoire de pénétration est avant tout issue de nos normes hétéronormatives. On ne nous apprend pas le sexe gay à l’école. On nous parle pénis et vagin, on nous parle reproduction. On ne nous dit pas qu’il y a plusieurs sexualités, plusieurs genres outre le système binaire que nous connaissons… Ces choses-là nous sont cachées. Par pudeur ? Par honte ? Par répulsion ? Je n’en sais rien. Je ne suis pas sûr de vouloir savoir.

Voici un petit guide de positions sexuelles gay. (déconseillé aux mineurs)

Quand bien même vous décideriez de décrire une sodomie, sachez qu’on n’écarte pas juste les jambes. Il faut les relever un peu, ou passer par derrière. En sandwich ? Elevated ? Bodyguard ? La sodomie, ce n’est pas qu’une histoire de « je te mets mon machin dans le popotin et tu aimes ». En fait, ce qui rend la sodomie agréable, c’est justement la position, l’habileté du partenaire… Et la préparation.

Préservatif à tous les étages !

Dans Velvet Blackstar, mes personnages n’ont bien sûr pas tous le temps de procéder à un lavement avant de faire l’amour. Alors plutôt que risquer de se retrouver avec des choses dégoûtantes sur les doigts ou la langue (rien de plus pathogène que les excréments, moi je dis ça, je ne dis rien), autant mettre un préservatif sur sa langue ou ses doigts. Je vous vois glousser mais ça peut s’avérer utile. Et surtout, on n’oublie pas le lubrifiant, une bonne dose s’il vous plaît. Votre partenaire vous en sera reconnaissant.

Pour information, ce qui rend la sodomie agréable pour un homme, c’est sa prostate. Elle se trouve à une phalange de l’entrée de l’anus, vers le haut. C’est une boule de nerfs d’une grande fragilité qui doit être traitée avec délicatesse. De la même façon que je sens mes poils se dresser sur mes bras lorsque je vois un mec faire squirter une fille comme un bourrin (deux doigts où je pense et pan pan pan comme un maçon), je n’aime pas lire des textes où l’homme se fait perforer comme un bout de papier. Par ailleurs, votre personnage aura beau enfoncer son sexe, ses doigts ou sa langue aussi loin qu’il veut, ça ne sert à rien, il ne touchera pas l’estomac de son copain. Par contre, il va lui faire mal.

Les risques d’une sodomie sans préparation ?

Déchirure anale (fissures), problèmes internes, douleur… Une sodomie sans préparation, ça n’est agréable pour personne et surtout pas pour celui qui la subit. Tiens en parlant de ça : on dit souvent que les trans aiment la sodomie. C’est faux. Il y en a qui aiment sûrement, je ne le nie pas mais tous les trans n’aiment pas le sexe, encore moins le sexe anal. Encore une fois, l’idée que le sexe est surtout une histoire de pénétration a quelque chose de très réducteur. C’est dommage.

Le mpreg…

Personnellement, je ne suis pas fan de mpreg. Stop ! Je n’ai pas dit que vous n’aviez pas le droit d’en écrire. Mais il n’y a pas si longtemps, je discutais avec Ed (mon amoureux scientifique et trans) de mpreg et on se disait que d’un point de vue strictement médical, c’est impossible. Même en étant hermaphrodite, ça engendre des risques. D’ailleurs, nombre d’hermaphrodites sont stériles. Quant aux trans, non, une grossesse chez un trans, ce n’est pas un fait commun et ça n’est pas du mpreg. Tous les trans ne souhaitent pas tomber enceinte. Il faut vous dire qu’un trans enceinte ne peut pas prendre de testostérone et va se retrouver avec un corps féminin ‘accentué’. Le pire cauchemar de quelqu’un qui déteste déjà son corps en fait. Là encore, tous les trans ne souffrent pas de dysphorie, tous les trans ne vont pas vouloir un sexe d’homme ou même une opération mammaire… Mais le fait est que nous ne sommes pas nos plus grands fans. Notre corps est l’antithèse de ce que nous sommes. Parlons de Klaus Katzen, par exemple. Klaus, dans Bad Rain, est un chanteur de rock transsexuel. Il vit en couple avec Nathaniel Nakamura, un homme gay cisgenre. Bon. Ils ne font que très rarement l’amour et généralement, il s’agit plus pour Klaus de masturber ou doigter Nathaniel. La seule fois où ils ont fait l’amour ‘normalement’, ils étaient ivres tous les deux et Klaus a eu des quintuplés. Il a très mal vécu sa grossesse, même si il adore ses enfants.

Non, tous les transsexuels ne rêvent pas d’un gode ceinture attaché à leur taille…

Comme dit plus haut, nous ne rêvons pas tous d’avoir un sexe d’homme. Déjà parce que les opérations à subir sont lourdes et irréversibles mais n’apportent pas nécessairement entière satisfaction (pour concevoir un ‘faux’ pénis, on utilise la peau de l’avant-bras, ça fait mal et ça laisse une cicatrice assez moche). Et ensuite, parce qu’un pénis ne fait pas un homme. Nous sommes nombreux à rêver de ne plus avoir de seins. Mais le pénis ? Non, ce n’est pas toujours un rêve. Je vous recommande cette chaîne youtube, créée par un transsexuel qui raconte sa vie et son parcours…

« Il est bâti comme un poney »

Personnellement, et ça n’engage que moi, je ris toujours en voyant des descriptions physiques d’hommes ‘parfaits’ pourvus de membres titanesques et de muscles saillants. Les hommes, il y en a des gros, des grands, des petits, des maigres, des minces… Bref, il y en a de toutes sortes. Ce qui veut dire qu’ils n’ont pas tous un membre digne de passer dans un porno. Et c’est là que les choses deviennent compliquées : souvent, pour une femme ou un homme hétéro, la vision du sexe gay vient des romans M/M ou des YAOI écrits par des hétéros.

Vous voyez où je veux en venir ?

Je pense qu’il y a de très bons auteurs de M/M. Vraiment. Mais je pense aussi qu’il y a un manque cruel d’information en ce qui concerne la communauté gay et sa vision de l’amour et du sexe dans tous les médias.

En conclusion :

J’aurais tendance à dire : you do you. L’important, c’est que vous vous y retrouviez et vos personnages aussi. Mais pensez toujours aux gens qui vous lisent. Surtout aux jeunes qui se renseignent sur leur propre sexualité. Je sais qu’un mythe peut être dangereux s’il est pris pour argent comptant. Je le sais d’expérience. Donc… Prudence.


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


A lire aussi :

DOMINANCE

 

Les mythes du Yaoi… Et le danger de la thérapie aversive « involontaire » par l’auteur.

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Un petit tour dans le monde du Yaoi

Ceci est un article de Jason Crow.

Comme nombre de jeunes membres de la communauté LGBT, j’ai rarement trouvé représentation à mon pied.

On ne va pas se mentir, les gays dans les médias, ne sont pas toujours très bien représentés. La communauté LGBT de manière plus générale, est vue comme un alien par de nombreux hétérosexuels qui oscillent entre deux modes de pensée : à leurs yeux, nous sommes malades et/ou confus. Tu es bisexuel ? Tu es avare et incertain. Tu es gay ? Ah ! Tu n’as juste pas trouvé la bonne personne du sexe opposé ! Trans ? Meuh non, ça n’existe pas les trans… Je ne rigole pas, j’ai réellement entendu ce genre d’âneries et je les ai vues se propager à une vitesse alarmante sur des sites comme Tumblr qui, tout en prêchant la bonne parole, ne sont pas fichus d’appliquer leurs propres conseils. Et comme de nombreux jeunes LGBT, j’ai commencé à chercher une représentation plus réaliste à l’adolescence, lassé de tomber sans arrêt sur des clichés.

Je me suis alors tourné vers… Le Yaoi.

Avant toute chose, je tiens à préciser ceci : je n’ai rien contre le Yaoi et la romance M/M. J’en écris, j’en dessine, bref, je suis même tout à fait pour le Yaoi… Si il est bien écrit. Vous allez me dire : tout est subjectif. Et c’est vrai, tout est subjectif, tout est matière à réflexion, mais force est de constater qu’on trouve quand même un paquet de sottises dans certains ouvrages du genre… Et ces sottises peuvent avoir un impact plus que néfaste sur la psyché d’un jeune LGBT qui se cherche encore.

Le sexe anal, ça fait mal.

Je le dis souvent, on va même dire que ça tourne à l’obsession, mais pour moi c’est important de le dire : la sodomie, ça fait mal. Ce n’est pas nouveau, tous les gens qui la pratiquent vous le diront, un anus n’est pas un vagin, un anus ne se lubrifie pas tout seul, un anus a besoin qu’on le pouponne un peu avant de le ‘pourfendre comme Saint Michel et son dragon’. Un ancien ami avait à ce sujet une formule parfaite : « roule-moi une pelle ! J’aime bien la sodomie mais j’aime bien les câlins aussi ! ». Et on ne le dira jamais assez : la préparation n’est pas un luxe. Je sais que c’est rédhibitoire pour nombre de lectrices mais il faut bien comprendre ceci : sans préparation, la sodomie, c’est dangereux. Fissures anales, déchirure, blessures internes, saignements, infections…Et puis franchement, vos tenez vraiment à mettre vos doigts ou votre langue dans un anus tout sale ?

Non, un viol n’est pas glamour.

Je ne sais pas pourquoi, mais dans nombre d’ouvrages M/M ou Yaoi on retrouve… le viol consenti. Je ne sais pas comment appeler ça, je ne sais même pas si ça a un nom. Après, peut-être que le fait d’être un porte-parole du hashtag metoo fait que je suis particulièrement sensible à ça mais… Je vais essayer de dire les choses calmement, parce que cet article n’a pas pour but de blesser ou d’énerver ou d’attaquer qui que ce soit : un viol, ça n’a rien de glamour. Si le type dit « non », « stop », n’est pas en état de consentir, semble effrayé ou a mal, il faut mettre le holà. Et si viol il y a, alors présentez-le comme tel. Un viol, c’est un crime. Un viol, c’est destructeur, ça peut bousiller une vie. Et je sais que quand j’étais plus jeune, retrouver ça dans un roman ou une bd et voir que c’était présenté comme quelque chose de ‘so sexy’, ça m’a blessé et attristé. Et je ne suis sûrement pas le seul malheureusement…

Je ne pratique pas : je me renseigne.

Je sais qu’un roman ou une bd n’est pas supposé être une encyclopédie du sexe. Je le conçois tout à fait, mais… Si je vous présente un roman hétéro, vous allez me rire au nez parce que franchement, je l’aurais sûrement très mal écrit. Je ne sais pas écrire les relations hétérosexuelles, j’ai essayé et je finis toujours par faire rompre mes personnages qui se sentent mieux avec une personne du même sexe de toute façon. Mon psy dirait sûrement qu’il y a matière à creuser, tiens. Et il a raison, il y a matière à creuser : je me suis forcé à me mettre dans des relations hétéro pendant longtemps, à me faire passer pour une fille cis et hétéro alors que je suis un homme trans gay/bi. Autant dire que je n’ai pas eu une adolescence très fun. Cela dit, s’il y a bien un principe que j’ai toujours appliqué dès l’instant où j’ai pris la plume, c’est celui-ci : quand on ne connaît pas, on se renseigne. Il n’y a pas de honte à lire des témoignages, à poser des questions. Au contraire ! Vous êtes sûrement très ouvert d’esprit, alors votre démarche est bonne, non ? Personnellement, je n’ai rien contre le fait qu’on me pose des questions, je préfère ça d’ailleurs.

« Je suis une femme cis et hétéro qui écrit du sexe gay. C’est mal ? »

Ca, c’est un cas de figure que je vois souvent… Et je n’ai rien contre. Je me fiche éperdument de votre genre et de votre sexualité. Mais alors, je m’en fiche à un point… Cependant, je trouve intéressant de se poser la question : pourquoi ? Pourquoi écrire du sexe gay ? Après, c’est un choix, un droit, pas de souci. Mais certaines personnes le font pour de très mauvaises raisons : glamouriser les abus sur personne LGBT, s’imaginer que tous les gays sont dans le placard et malheureux ou au contraire, ultra-extravertis et euphoriques, se dire qu’un gay peut être converti… Oui oui, j’ai déjà eu ce débat avec des dames tout à fait charmantes au demeurant mais qui avaient une vision faussée de la communauté LGBT et qui pensaient sincèrement avoir écrit une bible pour les gays.

Je ne suis pas pour faire la police. Je n’aime pas le débat qui fleurit sur Tumblr et qui voudrait qu’on interdise aux femmes d’écrire ce qui leur plaît. La liberté d’expression, ça parle à quelqu’un ? Cela dit, cela dit, cela dit… Je suis aussi pour qu’il y ait une meilleure compréhension de la communauté LGBT, du sexe entre gays ou avec une personne trans. Tiens, parlons-en d’ailleurs !

Je suis trans.

Je suis transsexuel. Ce qui veut dire que j’ai un corps de femme mais l’esprit d’un homme. Je souffre de dysphorie légère, et si j’ai des troubles mentaux, ça n’a rien à voir avec mon identité sexuelle. Je suis heureux, je m’assume… Mais je n’ai pas de vie sexuelle, en grande partie à cause de mon passé. J’en ai eu une, j’ai pratiqué et ça m’arrive encore de faire certaines choses, mais je ne suis pas un fan du sexe… Ce qui explique sans doute que mes personnages ne soient pas non plus très portés sur la chose. Bon. Bien sûr, il y a des trans qui aiment le sexe, mais comment l’aiment-ils ? Eh bien… Ca dépend des gens et surtout, ça dépend du rapport qu’ils ont avec leur propre corps et de leur niveau de dysphorie. Si vous détestez votre corps, vous n’allez pas avoir envie qu’on le tripote. Peut-être ne vous masturbez vous même pas, alors laisser quelqu’un le toucher ? Faut pas pousser non plus. Le fait est qu’un trans n’aura pas les mêmes envies, les mêmes désirs, les mêmes attentes qu’une personne cis. Et très franchement, je n’ai jamais rencontré d’homme trans qui adore la sodomie et les godes-ceintures. Je suppose qu’il y en a ! Mais dans le doute… On se renseigne. On pose les bonnes questions.

Je voudrais que mon personnage féminin hétéro sorte avec mon personnage masculin gay.

… Il n’y a pas quelque chose qui vous choque dans cette phrase ?

Pourtant, là encore, c’est un cas de figure qu’on retrouve souvent dans la littérature gay… Malheureusement. Oui, il y a des hommes gays qui sont plus ou moins flexibles dans leur sexualité. Mais ils ne sont pas légion et ils n’ont pas tous envie de sauter sur la poupée hétérosexuelle du coin. Je ne suis personnellement pas fan de ce cliché, qui ressemble d’avantage à une thérapie aversive miniature qu’autre chose : on veut convertir le gay, on veut le faire rentrer dans une jolie case. Et on en profite pour faire passer la fille pour une allumeuse qui est prête à tout pour détruire un gay… Je pense que les femmes comme les hommes, méritent mieux qu’une relation forcée, non ? Après, si c’est ce que VEUT votre personnage, grand bien lui fasse ! Mais l’idéal serait que ça vienne des deux personnages et que ça semble naturel.

Sherlock Black est gay.

Mon personnage principal, Sherlock Black, se retrouve dans le tome 2 de Velvet Blackstar, dans un corps de femme, notamment à cause de sa grossesse. Cependant, il se considère toujours comme un homme. Ses petits amis sont gays et l’aiment profondément, le voient comme un homme malgré son apparence… Mais ils ne veulent pas forcément coucher avec lui. Pourquoi ? Parce qu’il a un vagin. Il le comprend d’ailleurs, ils ont peur de lui faire mal et ils ne sont pas du tout à l’aise avec l’idée de coucher avec lui en femme. Patrick et Eddie veulent bien, parce qu’ils ont envie de tenter et ça se passe plutôt bien d’ailleurs. Mais Jack ? Nope. Jack ne le touchera pas. Parce que Jack ne peut pas, ne veut pas et n’envisage pas de toucher un corps de femme. Il aime et respecte Sherlock en tant qu’homme mais la perspective de toucher des attributs féminins le met très, très, très mal à l’aise. Et ça a toujours été comme ça ! Bien avant que j’écrive Velvet Blackstar, je faisais des roleplay avec des amis et ils avaient tendance à vouloir mettre Jack avec leurs personnages féminins. Jack ne supportait pas. Et il est hors de question que je force mes personnages à faire quelque chose qui ne leur correspond pas. Jack a-t-il un problème avec les femmes ? Pas du tout, il adore Nagisa, Alice, Becky… Et il considère vraiment Sherlock comme un homme. Et Sherlock le respecte et l’aime. C’est pour ça qu’ils ne se forceront JAMAIS à changer.

Il y a des gens qui vous diront « je me fous du genre ».

Il y en a d’autres pour qui c’est plus compliqué.

Conclusion ?

Je crois qu’il y a de très bons textes, très instructifs. Je crois qu’il y a des auteurs fantastiques. Mais il y a aussi des gens qui ont besoin d’apprendre… Et je parle aussi des lecteurs. Je sais que pour un lecteur, se sentir représenté, compris, c’est important. Ecrivez pour vous cela dit, écrivez pour le plaisir d’écrire. Mais si vous avez un doute… Posez les bonnes questions. Et comme toujours, jouez gentiment !

 


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Peu importe le genre, le consentement et le respect de l’autre doivent être mutuels.

Ceci est un article de Jason Crow.

Je suis auteur, je suis trans et je ne suis pas hétéro.

Et s’il est un phénomène qui ne m’a pas échappé, c’est celui qui veut que, dans de nombreuses oeuvres de fiction, on parte du principe assez répugnant que le consentement et le respect de l’autre sont… Comment dire… Inutiles. C’est ça, inutiles. Je ne parle pas nécessairement de viol ou d’une relation malsaine à la base. Mettons que deux personnages s’aiment. Ils sont amis. La femme veut coucher avec l’homme. Ce dernier n’est pas intéressé, pour des raisons qui lui sont propres. A force d’insister, la femme finit par pousser le mec sur le lit et le chevauche en silence jusqu’à l’orgasme… J’ai lu une scène de ce genre il y a peu dans un livre que je ne nommerai pas (et que j’ai adoré en dépit de ce passage). Et elle m’a choqué. Parce que ce que certains vont trouver ‘hot’ sous prétexte qu’une femme le perpètre, le bon sens le condamnerait si la victime était justement de sexe féminin. Soyons clairs : il y a une injustice dans le traitement des femmes et des hommes dans la littérature et ça ne date pas d’hier. On se dit qu’une femme ne peut pas commettre d’atrocités, mais on prétend aussi que dans les relations gays et lesbiennes, il y a nécessairement une notion de dominance quasi-prédatrice.

Je reconnais qu’ayant moi-même vécu ma part de saletés, je ne suis peut-être pas très objectif.

Pour autant, je suis également certain d’une chose : si je devais apprendre la notion de consentement et de respect à quelqu’un, ça ne serait certainement pas en commençant par « tu es une femme donc tu as tous les droits » ou « tu es un homme donc tu seras un prédateur » ou pire « tu es gay donc tu dois être actif/passif et te conformer à des normes ».

Je m’explique : l’amour, le sexe, c’est avant tout une question de respect. On dit à l’autre qu’on le comprend et qu’on accepte ses oui comme ses non. On lui reconnaît le droit de ne pas aimer certaines choses. On admet que l’autre puisse avoir la migraine ce soir là. Parce que c’est important. C’est même essentiel.

Mais alors ? Est-ce que mon personnage est un porc ?

Peut-être et si tel est le cas, c’est à vous de faire ressortir le fait que « eh, ce que ce personnage fait, c’est mal ». Pas en martelant le message dans la tête du lecteur – qui n’est pas idiot, merci bien – mais en glissant des réactions, des pensées dans votre texte. Pour ça, j’avoue que Marlene Jones, qui n’est pas seulement une amie mais aussi un auteur que je publie et que j’estime, est très douée. Elle ne dit pas « c’est bien » ou « c’est mal » mais elle laisse le lecteur se faire son idée de la chose et en même temps, elle sait très bien où elle veut en venir. Pour ma part, je suis peut-être un peu plus cru dans ce que j’écris et mes personnages sont peut-être aussi un peu plus sûrs de ce qu’ils veulent. Ce n’est ni mieux ni pire. Mais le fait est que si votre personnage a un comportement toxique, vous êtes le seul en mesure de faire en sorte que le message passe ou non. Le lecteur se fera son idée, mais c’est aussi à vous de l’aiguiller sur la piste voulue.

« Une femme ne peut pas violer ».

Celle-là, je l’ai entendue plus d’une fois et elle m’a toujours donné des envies de meurtre. Mettons les choses au point. Plongeons dans le chaudron et remuons le gouda tout chaud : chaque être humain est capable du pire, peu importe le genre. Une femme peut battre.  Une femme peut tuer. Une femme peut violer. Il y a peut-être moins de témoignages de victimes parce que les victimes ont peur et honte, mais il y en a. Peu importe le genre, un prédateur est un prédateur. Un monstre est un monstre.

Je ne prétend pas que mes ouvrages soient paroles d’évangile. Je ne prétend pas non plus être un grand auteur. Mais j’ai vocation d’aider et éduquer si je le peux. Et si par ce petit article, j’ai pu vous faire repenser certaines de vos certitudes… Alors tant mieux.

Comme toujours, jouez gentiment.


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Ceci est un article de Jason Crow.

BDSM ? Parlons-en… en 50 nuances.

En tant qu’auteur et parce que je pratique le BDSM, je dois admettre que je n’aime pas 50 Nuances de Grey. Je me souviens avoir lu des passages qui me faisaient froid dans le dos, parce que Christian Grey, aussi bellâtre soit-il, passe pour un pervers narcissique et Anastasia pour une Mary-Sue en puissance. La combinaison de ces deux personnages donne naissance à quelque chose de malsain, de tordu, quelque chose qui n’a rien à voir avec le vrai BDSM. On pourrait arguer qu’Anastasia finit par dire oui ou qu’elle dit oui puis change d’avis… Peu importe. Du moment qu’il y a une notion de refus catégorique, du moment qu’une personne vous dit « non » ou « stop », vous devez arrêter. Même si votre partenaire vous demande de le traiter d’esclave ou de chien pendant l’amour, tout est avant tout affaire de consentement et de respect. Et malheureusement, c’est une nuance qu’on ne retrouve plus réellement dans nombre d’ouvrages. Les soumis sont représentés comme naïfs et méritant d’être violés et les maîtres abusent de leur pouvoir. C’est dommage, car quand les choses sont bien faites, le BDSM est avant tout un jeu des plus plaisants, si on aime   pimenter sa vie sexuelle.

Vos personnages ont-ils envie de tenter le BDSM ?

En tant qu’auteur, je dirais qu’il est important de savoir respecter ses personnages. Je m’explique : vos personnages, vous leur avez donné une part de votre coeur. Vous avez mis vos tripes et votre sang dans leur création, tant et si bien qu’ils ont fini par devenir plus humains, plus réalistes, pour le meilleur et pour le pire. Mais si vous commencez à leur imposer quelque chose qu’ils ne veulent pas, vous souffrirez à coup sûr d’un bloquage aussi étourdissant que déplaisant. Votre texte vous paraîtra faux, sans saveur. Parce que votre muse vous aura quitté, vous cesserez d’aimer vos écrits. Un personnage de fiction, c’est avant tout un doux trésor, et une personne. Peu importe qu’il soit fictif. Vous lui avez donné une vie. Peut-être pas une vie réelle, mais une vie, oui. Et vous devez lui montrer que vous le respectez. Respecter son personnage, c’est aussi se respecter soi-même d’ailleurs : vous ne voudriez pas être forcé de faire quelque chose qui ne vous plaît pas. Et c’est votre droit. Donc, avant de vous lancer dans la rédaction d’un manuscrit traitant du BDSM, demandez-vous si ces pratiques sont faites pour vos personnages.

Un monde de règles.

Le BDSM, c’est avant tout un monde de règles. Le maître et le soumis ont un rapport étonnant, un rapport de respect, de tolérance, de repousse des limites. Le maître enseigne, le maître apprend, le maître joue, le maître comprend. Le soumis reçoit, le soumis enseigne et apprend, le soumis respecte. Je synthétise mais c’est un peu l’idée. Le maître et le soumis établissent une relation qui va au-delà de ce qu’on peut imaginer parce qu’ils fixent leurs propres limites. Combien de coups de cravache ? Roulette à picots, plug électro ? Jouets ou non ? D’ailleurs, il n’y a pas de ‘mode d’emploi’ en fait. Il y a ceux qui aiment le BDSM hardcore et ceux qui préfèrent le soft BDSM. Tout dépend. Personnellement, j’aime être un maître hard. Mon fiancé est un maître soft et traite son soumis avec une infinie douceur. Mon premier soumis était adepte des pratiques les plus extrêmes. D’autres vous diront ‘stop’ au bout d’un coup de fouet. En admettant qu’ils passent par la case coup de fouet. La première règle ? Respecter l’autre. Etablir les règles dès le départ, avant la première séance. Pas question de s’engager dans quelque chose qui pourrait vous blesser, vous ou votre partenaire.

Mais comment savoir si mon personnage a envie de tenter le BDSM ?

Laissez-le s’exprimer. Oui, c’est complètement schizophrénique comme notion, mais votre personnage vous dira lui-même ce qu’il veut. Je pense aux personnages de Marlene Jones, une amie auteur. Ils aiment le BDSM et elle aime ses personnages. Alors elle leur donne ce qu’ils veulent et ils adorent ça. Parce qu’ils se sentent libres. Parce que tout ce qu’ils ont pu traverser avant a un sens. Parce qu’ils savent qu’ils sont respectés, aimés.

Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse.

On l’a tous entendu ce vieil adage et c’est vrai : ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse. Si certaines pratiques vous semblent trop extrêmes, trop violentes, ne les pratiquez pas. Personne n’a le droit de vous y forcer de toute façon. Qu’il s’agisse de vos personnages ou de la façon dont vous vous comportez dans la vie réelle, il est important que vous sachiez vous respecter autant que vous respectez l’autre. Par exemple : ce qui fait de 50 Nuances un texte aussi faux qu’aberrant de sottise, c’est le fait que les personnages sont creux, sans passion, sans charme. Mais un personnage qui aime ce qu’il fait, un personnage qui vit, qui a des défauts, des qualités, un personnage qui apprend et comprend, c’est magnifique.  Cela dit, nos personnages ne savent pas toujours ce qui est bon pour eux. La sodomie sans préparation, c’est dangereux ? Oui. Le sexe sans capote, c’est dangereux ? Oui. Le BDSM sans règles et sans limites, c’est dangereux ?

Vous n’imaginez même pas.

Prenons un exemple tout bête : les crochets. Vous suspendez votre soumis et lui accrochez, à sa demande, des poids aux tétons. Le soumis aime et au début tout se passe bien, jusqu’à ce que le soumis en demande plus, toujours plus. Vous commencez à vous inquiéter. Le soumis vous assure que tout ira bien.

Et un séjour gratuit à l’hôpital, un !

Le BDSM, c’est plus exotique.

Oui, c’est vrai, le BDSM (dans les livres comme dans la vraie vie) c’est plus exotique que le vanilla sex. Mais ce n’est pas pour autant que vous devez vous lancer tête baissée dans quelque chose que vous ne connaissez pas. Avant d’écrire sur le BDSM, renseignez-vous, informez-vous. Et vous vous rendrez compte que le vanilla sex, bien fait, a du bon aussi. L’important dans le sexe, c’est de savoir ce qui nous fait du bien. On s’en fiche que ça soit vanilla ou rough. Ce qui est important, c’est de prendre son pied et de rendre l’autre heureux.

Conclusion :

Faites vos recherches. Tentez. Ecrivez. Mais avec prudence.

Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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