Je lis du non-safe (et je vais bien)

Je lis du porn

Je lis du porn. Quand je dis porn, c’est tous les types de porn. Ça va du texte ampoulé jusqu’au trash en passant par le mièvre. Mais je lis surtout du porn hardcore. C’est ce que je préfère. C’est une sorte d’exutoire. Certaines personnes, pour se détendre, font de la méditation ou vont taper dans un punching-ball. Je n’ai jamais eu la patience pour l’un ni la force pour l’autre.

Mon défouloir, je l’ai trouvé dans le porn. Dans ces mangas très explicites, hentai, yaoi, bara, autres, qui dépeignent très souvent des viols, du bondage non-consenti, et tout un tas d’autres étiquettes (ou tags) dont voici un échantillon : mindbreak, romance, trap, gangrape, futanari, revengerape, femdom, hardcore, comedy, masturbation, tentacle

Parmi tous ces genres, les plus brutaux, les plus barrés, me plaisent particulièrement. Sans doute encore ce côté exutoire. Je ne me projette pas, je n’y vois qu’une représentation de choses que je pourrais imaginer. La violence rend le tout surréaliste, pas même un fantasme, seulement de quoi satisfaire mon aegosexualité.

En général, je vais sur des sites spécialisés, et je me sers de ces petites étiquettes pour visiter les catégories qui m’intéressent le plus. Les plus transgressives possibles. Au fond, c’est ça que j’aime, je pense : lire quelque chose dont je sais que ça ne doit pas arriver en vrai. M’enfoncer totalement dans l’aspect irréel, m’en convaincre par la violence, le surréalisme représentés. C’est sans doute pour ça qu’en revanche, j’ai beaucoup de mal avec le sexe non-safe quand il est romantisé : il perd de son intention première. Pire, il devient particulièrement malsain car il banalise des relations toxiques. Ce n’est pas la banalisation que je recherche, c’est l’exagération extrême, l’évidence de la transgression, pas sa normalisation. Ça ne m’empêche pas d’en lire, pour toutes les autres choses qui m’intéressent dans ce type d’histoire. Ça ne m’empêche pas non plus d’aimer aussi les scènes de sexe bien faites, réalistes, belles et consenties.

Mais où souhaité-je en venir ? Qu’est-ce que ce « coming-out » dans un espace qui a pour but de diffuser du safe-sex ?

Déjà, j’aimerais qu’il puisse déculpabiliser les personnes qui, comme moi, lisent des choses transgressives et les apprécient, tout en ayant conscience de leur nature.

Nous avons ce droit, d’aimer le trash, d’aimer le viol romantisé, tout comme d’autres aiment regarder Dexter ou Massacre à la tronçonneuse. Nous avons ce droit parce que nous sommes conscients de ce que nous lisons ou écrivons, tout comme les gens qui regardent Dexter savent très bien qu’il ne faut pas faire pareil en vrai. C’est ça, la valeur de la fiction : la possibilité d’être témoin de tout un tas de choses qui ne doivent ou ne peuvent pas arriver en vrai.

Si ce guide existe, c’est parce que malgré cette conscience que nous avons :

  • Parfois, par ignorance, on rate peut-être des choses ;
  • Parfois, on a besoin de se documenter ;
  • Parfois, d’autres moins renseignés risquent, contrairement à nous, de se fourvoyer sur ce qu’ils lisent. Nous, amateurs de trash, nous savons où nous allons. En revanche, nous n’avons pas le droit d’oublier, pour notre confort personnel, que ce n’est pas le cas de tout le monde.

Ensuite, j’aimerais proposer, non pas une alternative au safe-sex, mais :

une solution pour les personnes qui voudraient aller dans la transgression tout en faisant de la prévention.

En effet, ce n’est pas incompatible. Personnellement, je trouverais absolument génial que tout le monde ait simplement parfaitement conscience de ce qu’il lit. Mais comme le dit Nikita Bellucci :

« L’âge idéal [pour regarder du porno], c’est à partir du moment où […] tu arrives à savoir faire la différence entre un film et la réalité. Et que ça ne te perturbe pas ».

Donc, et pour avoir été moi-même inconsciente par le passé, je sais qu’il y a toujours besoin d’éduquer certaines personnes. Qu’on a tendance à se laisser influencer, convaincre, manipuler par ce qu’on lit ou entend, surtout quand rien ni personne ne nous a fourni la matière pour avoir du recul.

Un exemple :

Dans notre société, on sait que c’est pas bien de tuer des gens. Tuer une personne, ça s’appelle un meurtre. Même si cette personne était méchante et l’avait bien cherché, c’est toujours assez malvenu de dire « Aha, TLBM » (« Tu L’as Bien Mérité ») (on arrête même des gens pour ça).

En revanche, on vit dans une culture du viol, donc malheureusement, si, dans un cas, on va tout de suite dire « Ah oui c’est un meurtre », certains vont avoir tendance à dire « Ah mais non ce n’est pas un viol » (« Elle était d’accord au début », « Les hommes ça ne peut pas se faire violer », « En même temps iel couche avec tout le monde »)…

Là où la fiction entre en jeu, c’est quand, en voyant James Bond tuer des gens, on sait pertinemment qu’il ne faut pas faire pareil, mais que, quand il jette Pussy Galore dans la paille et l’embrasse de force, on n’arrive pas à reconnaître que c’est une agression sexuelle.

Ça ne serait pas un problème si on reconnaissait cette agression comme on reconnaît que James tue des gens. C’en est un parce qu’actuellement, beaucoup de personnes n’ont pas les outils pour reconnaître certaines formes de violences, ou de sexisme. C’est complètement le hashtag #representationmatters (que j’espère ne pas avoir détourné par ignorance).

Bref. Ce que j’aimerais expliquer, c’est que lorsqu’on dit que la représentation, c’est important, on ne dit pas qu’on veut aseptiser le monde de la fiction. On dit qu’on trouve ça important d’éduquer les gens pour qu’ils comprennent ce qu’ils lisent, inventent, et qu’ils aient assez de recul pour ne pas le reproduire dans la réalité si c’est transgressif. La transgression doit rester fictive. Et j’entends présentement par transgression tout ce qui a rapport au sexe non-safe.

Parce que j’ai eu seize ans, et qu’à seize ans, si moi ou une de mes amies s’était faite embrasser de force par un beau garçon, j’aurais peut-être trouvé ça cool. Parce que je l’ai vu et lu et écrit. Parce que dans la société dans laquelle je vivais, personne, ni la réalité ni la fiction, ne m’avait fait remarquer que c’était une agression.

Aussi, pour que la transgression reste fictive, à mon humble avis :

il faut l’identifier.

L’identifier pour ce qu’elle est, l’assumer pleinement.

Par exemple, le yaoi est un genre qui, par définition, représente des relations déséquilibrées et toxiques, souvent miroirs d’une réalité que vivaient ou vivent toujours les femmes japonaises, entre autres choses. Beaucoup de lectrices s’y attachent car il possède ce potentiel exutoire, cette possibilité de se défouler à travers une sexualité distante, violente, dans un renversement des rôles que l’on peut aller jusqu’à qualifier de revendication féministe. Tout ce que l’on voit dans le yaoi prend sa racine dans une frustration de femme à qui une société interdit la liberté, notamment sexuelle.

Mais actuellement, si la majorité des lectrices ressent, entre autres aspects, cet objectif – raison pour laquelle le genre est toujours florissant et très évolutif – , une partie d’entre elles n’a pas forcément les outils pour arriver à différencier les éléments fictifs des éléments crédibles par rapport à la réalité. Ce qui est d’autant plus complexe lorsqu’on est face à de la romantisation ou de la banalisation, qui peuvent aisément flouter la perception du public (re-coucou Pussy Galore).

C’est là que les étiquettes, les tags, les trigger warning, entrent en jeu : à mon sens, il faut mettre des mots, des mots justes, sur toute fiction. Si elle dépeint du viol, elle doit être catégorisée comme telle. Si elle comporte une relation toxique, cela doit être précisé également. Si elle parle de sujets potentiellement choquants, même, comme le suicide, elle devrait en faire mention. Non pas dans le seul but d’épargner la sensibilité de personnes pouvant être potentiellement choquées, mais plutôt dans le but de dire à celles que ça ne choquera justement pas : ceci n’est pas la réalité. Ceci est du viol, ceci est du sexe non protégé, ceci est du slutshaming.

Si vous, auteurs, n’avez pas envie de contextualiser votre histoire, si vous, lecteurs, n’avez pas envie qu’on vous rabâche durant la lecture que « c’est pas bien il faut pas faire ça en vrai », il suffirait d’une préface, d’une liste de petits mots ou d’un simple NC-17 (NC pour NonConsensual), comme on fait dans le monde de la fanfiction ou des jeux vidéos.

Il s’est bien trouvé Kana pour écrire au dos des couvertures de mangas un énorme « Attention, c’est japonais, ça ne se lit pas dans ce sens-là ! » – chose qui paraissait évidente pour certains, mais pas pour moi, 10 ans, devant le tome 26 de Ramna ½ que j’ai lu entièrement à l’envers sans me poser la moindre question, et sans rien comprendre du tout ; même pas honte.

Quid de tous ces auteurs qui, depuis la nuit des temps, expliquent leur intention ou justifient leur œuvre dans des pré ou postfaces ?

Alors, pourquoi pas un beau : « Attention, c’est du yaoi, tu vas adorer, mais les gens civilisés ne font pas ça dans la vraie vie, bisous ».

D’autant que ce n’est pas parce qu’un genre possède des codes précis qu’il ne faut pas les rappeler ou les questionner ; au contraire, ça fait même partie intégrante de son évolution et de son enrichissement. Ou sinon, on fait bien la différence entre la bit-lit et le fantastique traditionnel. Pourquoi ne pas faire du safe et du non-safe des genres de l’érotico-pornographique ?

Moi, j’aime la transgression, le porn trash. Mais j’aime aussi être certaine que personne ne le prendra pour une réalité.

Pour cela, il me paraît important d’informer, de prévenir, d’éduquer en toutes circonstances, même dans la fiction. C’est la fiction qui m’a faite. Elle a influencé mon caractère et ma façon de voir le monde. Ce sont les reflets de la société que j’y ai trouvés qui m’ont rendue sexiste adolescente, qui m’ont empêchée, par leur manque de représentation, de comprendre des pans entiers de moi-même, qui ont forgé mes préjugés et placé sur mes épaules tout un tas d’injonctions dont je suis encore en train de me débarrasser.

Je ne pourrais jamais dire qu’il y a trop de contenus transgressifs. Rien n’est jamais trop dans l’imaginaire. En revanche, trop peu d’ouvrages contrebalancent ces supports. Quand une pratique est majoritaire dans un domaine, on a tendance à ne plus voir qu’elle et à la prendre pour une vérité absolue.

C’est pourquoi il me semble important de soutenir la production d’ouvrages safe : ils ne font de mal à personne et n’ont pas pour but de concurrencer mon cher porn trash. Au contraire, ils ne peuvent qu’enrichir la fiction érotique et pornographique.

 

 

J’espère qu’un jour, en partie grâce à l’effort que nous, acteurs de l’imaginaire, fournissons actuellement, émergera une société où le safe-sex sera devenu une évidence, et où l’inconscient collectif saura que le reste appartient exclusivement au domaine de la fiction.


Delphine (DD)

DD traduit des mangas et des romans, écrit sous le pseudonyme de Tookuni et mène la barque d’YBY Editions sous le pompeux titre de « el jefe ».


A lire aussi :

La loi du silence

 

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Se lancer dans l’écriture du M/M

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Au royaume des licornes, le poney est-il roi ?

Ceci est un article de Jason Crow.

Lorsque je me suis lancé dans l’écriture de mon premier texte m/m…

… J’ai fait des erreurs monstrueuses. Enfin, pour être plus exact et moins sévère, mes personnages ont fait des erreurs monstrueuses. Certes, il n’y avait pas de syndrome de Stockholm, certes celui qui recevait n’était pas en train de miauler comme un chaton à qui on donne du lait lorsqu’il se faisait sodomiser… Mais Jason et Nathaniel avaient une fâcheuse tendance à ne pas pratiquer le safe sex. Point de capote en vue et quid de la préparation ? Le fait est que Jason et Nathaniel venaient tous deux d’un milieu très dur où ce genre de choses n’est pas jugé nécessaire… Et c’est pourquoi dans Velvet Blackstar j’ai tenu à ce que ces erreurs soient réparées. Safe sex, préparation, protection, consentement… Même si ce livre n’est pas parfait, je pense avoir au moins réussi ça.

Ceci dit, en écrivant, je me suis rendu compte que mes personnages n’avaient pas nécessairement envie de sexe. Une petite scène érotique par-ci, un baiser par-là, voilà qui leur suffit amplement. Mais pourquoi ?

Eh bien parce que comme les hétérosexuels et contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, tous les gays ne sont pas fans de sexe. En fait, il y en a qui aiment et il y en a qui n’aiment pas. Il y en a qui pratiquent tous les jours, d’autres seulement le samedi soir… Bref, chacun son truc. Sans compter que le sexe gay et lesbien ne se limite pas à la sodomie ou l’utilisation de godes-ceintures. Pour les lesbiennes, il y a tant de positions différentes… Mais nous parlons de M/M alors restons sur le M/M.

La sodomie.

La sodomie, je le redis, ça n’est pas toujours agréable. Et on peut très bien se faire plaisir sans passer par là. Il y a des gays qui aiment la masturbation, d’autres qui préfèrent qu’on leur fasse une fellation… Et puis, là encore, il y a plein de positions possibles et imaginables ! L’idée que le sexe est une histoire de pénétration est avant tout issue de nos normes hétéronormatives. On ne nous apprend pas le sexe gay à l’école. On nous parle pénis et vagin, on nous parle reproduction. On ne nous dit pas qu’il y a plusieurs sexualités, plusieurs genres outre le système binaire que nous connaissons… Ces choses-là nous sont cachées. Par pudeur ? Par honte ? Par répulsion ? Je n’en sais rien. Je ne suis pas sûr de vouloir savoir.

Voici un petit guide de positions sexuelles gay. (déconseillé aux mineurs)

Quand bien même vous décideriez de décrire une sodomie, sachez qu’on n’écarte pas juste les jambes. Il faut les relever un peu, ou passer par derrière. En sandwich ? Elevated ? Bodyguard ? La sodomie, ce n’est pas qu’une histoire de « je te mets mon machin dans le popotin et tu aimes ». En fait, ce qui rend la sodomie agréable, c’est justement la position, l’habileté du partenaire… Et la préparation.

Préservatif à tous les étages !

Dans Velvet Blackstar, mes personnages n’ont bien sûr pas tous le temps de procéder à un lavement avant de faire l’amour. Alors plutôt que risquer de se retrouver avec des choses dégoûtantes sur les doigts ou la langue (rien de plus pathogène que les excréments, moi je dis ça, je ne dis rien), autant mettre un préservatif sur sa langue ou ses doigts. Je vous vois glousser mais ça peut s’avérer utile. Et surtout, on n’oublie pas le lubrifiant, une bonne dose s’il vous plaît. Votre partenaire vous en sera reconnaissant.

Pour information, ce qui rend la sodomie agréable pour un homme, c’est sa prostate. Elle se trouve à une phalange de l’entrée de l’anus, vers le haut. C’est une boule de nerfs d’une grande fragilité qui doit être traitée avec délicatesse. De la même façon que je sens mes poils se dresser sur mes bras lorsque je vois un mec faire squirter une fille comme un bourrin (deux doigts où je pense et pan pan pan comme un maçon), je n’aime pas lire des textes où l’homme se fait perforer comme un bout de papier. Par ailleurs, votre personnage aura beau enfoncer son sexe, ses doigts ou sa langue aussi loin qu’il veut, ça ne sert à rien, il ne touchera pas l’estomac de son copain. Par contre, il va lui faire mal.

Les risques d’une sodomie sans préparation ?

Déchirure anale (fissures), problèmes internes, douleur… Une sodomie sans préparation, ça n’est agréable pour personne et surtout pas pour celui qui la subit. Tiens en parlant de ça : on dit souvent que les trans aiment la sodomie. C’est faux. Il y en a qui aiment sûrement, je ne le nie pas mais tous les trans n’aiment pas le sexe, encore moins le sexe anal. Encore une fois, l’idée que le sexe est surtout une histoire de pénétration a quelque chose de très réducteur. C’est dommage.

Le mpreg…

Personnellement, je ne suis pas fan de mpreg. Stop ! Je n’ai pas dit que vous n’aviez pas le droit d’en écrire. Mais il n’y a pas si longtemps, je discutais avec Ed (mon amoureux scientifique et trans) de mpreg et on se disait que d’un point de vue strictement médical, c’est impossible. Même en étant hermaphrodite, ça engendre des risques. D’ailleurs, nombre d’hermaphrodites sont stériles. Quant aux trans, non, une grossesse chez un trans, ce n’est pas un fait commun et ça n’est pas du mpreg. Tous les trans ne souhaitent pas tomber enceinte. Il faut vous dire qu’un trans enceinte ne peut pas prendre de testostérone et va se retrouver avec un corps féminin ‘accentué’. Le pire cauchemar de quelqu’un qui déteste déjà son corps en fait. Là encore, tous les trans ne souffrent pas de dysphorie, tous les trans ne vont pas vouloir un sexe d’homme ou même une opération mammaire… Mais le fait est que nous ne sommes pas nos plus grands fans. Notre corps est l’antithèse de ce que nous sommes. Parlons de Klaus Katzen, par exemple. Klaus, dans Bad Rain, est un chanteur de rock transsexuel. Il vit en couple avec Nathaniel Nakamura, un homme gay cisgenre. Bon. Ils ne font que très rarement l’amour et généralement, il s’agit plus pour Klaus de masturber ou doigter Nathaniel. La seule fois où ils ont fait l’amour ‘normalement’, ils étaient ivres tous les deux et Klaus a eu des quintuplés. Il a très mal vécu sa grossesse, même si il adore ses enfants.

Non, tous les transsexuels ne rêvent pas d’un gode ceinture attaché à leur taille…

Comme dit plus haut, nous ne rêvons pas tous d’avoir un sexe d’homme. Déjà parce que les opérations à subir sont lourdes et irréversibles mais n’apportent pas nécessairement entière satisfaction (pour concevoir un ‘faux’ pénis, on utilise la peau de l’avant-bras, ça fait mal et ça laisse une cicatrice assez moche). Et ensuite, parce qu’un pénis ne fait pas un homme. Nous sommes nombreux à rêver de ne plus avoir de seins. Mais le pénis ? Non, ce n’est pas toujours un rêve. Je vous recommande cette chaîne youtube, créée par un transsexuel qui raconte sa vie et son parcours…

« Il est bâti comme un poney »

Personnellement, et ça n’engage que moi, je ris toujours en voyant des descriptions physiques d’hommes ‘parfaits’ pourvus de membres titanesques et de muscles saillants. Les hommes, il y en a des gros, des grands, des petits, des maigres, des minces… Bref, il y en a de toutes sortes. Ce qui veut dire qu’ils n’ont pas tous un membre digne de passer dans un porno. Et c’est là que les choses deviennent compliquées : souvent, pour une femme ou un homme hétéro, la vision du sexe gay vient des romans M/M ou des YAOI écrits par des hétéros.

Vous voyez où je veux en venir ?

Je pense qu’il y a de très bons auteurs de M/M. Vraiment. Mais je pense aussi qu’il y a un manque cruel d’information en ce qui concerne la communauté gay et sa vision de l’amour et du sexe dans tous les médias.

En conclusion :

J’aurais tendance à dire : you do you. L’important, c’est que vous vous y retrouviez et vos personnages aussi. Mais pensez toujours aux gens qui vous lisent. Surtout aux jeunes qui se renseignent sur leur propre sexualité. Je sais qu’un mythe peut être dangereux s’il est pris pour argent comptant. Je le sais d’expérience. Donc… Prudence.


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Les mythes du Yaoi… Et le danger de la thérapie aversive « involontaire » par l’auteur.

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Un petit tour dans le monde du Yaoi

Ceci est un article de Jason Crow.

Comme nombre de jeunes membres de la communauté LGBT, j’ai rarement trouvé représentation à mon pied.

On ne va pas se mentir, les gays dans les médias, ne sont pas toujours très bien représentés. La communauté LGBT de manière plus générale, est vue comme un alien par de nombreux hétérosexuels qui oscillent entre deux modes de pensée : à leurs yeux, nous sommes malades et/ou confus. Tu es bisexuel ? Tu es avare et incertain. Tu es gay ? Ah ! Tu n’as juste pas trouvé la bonne personne du sexe opposé ! Trans ? Meuh non, ça n’existe pas les trans… Je ne rigole pas, j’ai réellement entendu ce genre d’âneries et je les ai vues se propager à une vitesse alarmante sur des sites comme Tumblr qui, tout en prêchant la bonne parole, ne sont pas fichus d’appliquer leurs propres conseils. Et comme de nombreux jeunes LGBT, j’ai commencé à chercher une représentation plus réaliste à l’adolescence, lassé de tomber sans arrêt sur des clichés.

Je me suis alors tourné vers… Le Yaoi.

Avant toute chose, je tiens à préciser ceci : je n’ai rien contre le Yaoi et la romance M/M. J’en écris, j’en dessine, bref, je suis même tout à fait pour le Yaoi… Si il est bien écrit. Vous allez me dire : tout est subjectif. Et c’est vrai, tout est subjectif, tout est matière à réflexion, mais force est de constater qu’on trouve quand même un paquet de sottises dans certains ouvrages du genre… Et ces sottises peuvent avoir un impact plus que néfaste sur la psyché d’un jeune LGBT qui se cherche encore.

Le sexe anal, ça fait mal.

Je le dis souvent, on va même dire que ça tourne à l’obsession, mais pour moi c’est important de le dire : la sodomie, ça fait mal. Ce n’est pas nouveau, tous les gens qui la pratiquent vous le diront, un anus n’est pas un vagin, un anus ne se lubrifie pas tout seul, un anus a besoin qu’on le pouponne un peu avant de le ‘pourfendre comme Saint Michel et son dragon’. Un ancien ami avait à ce sujet une formule parfaite : « roule-moi une pelle ! J’aime bien la sodomie mais j’aime bien les câlins aussi ! ». Et on ne le dira jamais assez : la préparation n’est pas un luxe. Je sais que c’est rédhibitoire pour nombre de lectrices mais il faut bien comprendre ceci : sans préparation, la sodomie, c’est dangereux. Fissures anales, déchirure, blessures internes, saignements, infections…Et puis franchement, vos tenez vraiment à mettre vos doigts ou votre langue dans un anus tout sale ?

Non, un viol n’est pas glamour.

Je ne sais pas pourquoi, mais dans nombre d’ouvrages M/M ou Yaoi on retrouve… le viol consenti. Je ne sais pas comment appeler ça, je ne sais même pas si ça a un nom. Après, peut-être que le fait d’être un porte-parole du hashtag metoo fait que je suis particulièrement sensible à ça mais… Je vais essayer de dire les choses calmement, parce que cet article n’a pas pour but de blesser ou d’énerver ou d’attaquer qui que ce soit : un viol, ça n’a rien de glamour. Si le type dit « non », « stop », n’est pas en état de consentir, semble effrayé ou a mal, il faut mettre le holà. Et si viol il y a, alors présentez-le comme tel. Un viol, c’est un crime. Un viol, c’est destructeur, ça peut bousiller une vie. Et je sais que quand j’étais plus jeune, retrouver ça dans un roman ou une bd et voir que c’était présenté comme quelque chose de ‘so sexy’, ça m’a blessé et attristé. Et je ne suis sûrement pas le seul malheureusement…

Je ne pratique pas : je me renseigne.

Je sais qu’un roman ou une bd n’est pas supposé être une encyclopédie du sexe. Je le conçois tout à fait, mais… Si je vous présente un roman hétéro, vous allez me rire au nez parce que franchement, je l’aurais sûrement très mal écrit. Je ne sais pas écrire les relations hétérosexuelles, j’ai essayé et je finis toujours par faire rompre mes personnages qui se sentent mieux avec une personne du même sexe de toute façon. Mon psy dirait sûrement qu’il y a matière à creuser, tiens. Et il a raison, il y a matière à creuser : je me suis forcé à me mettre dans des relations hétéro pendant longtemps, à me faire passer pour une fille cis et hétéro alors que je suis un homme trans gay/bi. Autant dire que je n’ai pas eu une adolescence très fun. Cela dit, s’il y a bien un principe que j’ai toujours appliqué dès l’instant où j’ai pris la plume, c’est celui-ci : quand on ne connaît pas, on se renseigne. Il n’y a pas de honte à lire des témoignages, à poser des questions. Au contraire ! Vous êtes sûrement très ouvert d’esprit, alors votre démarche est bonne, non ? Personnellement, je n’ai rien contre le fait qu’on me pose des questions, je préfère ça d’ailleurs.

« Je suis une femme cis et hétéro qui écrit du sexe gay. C’est mal ? »

Ca, c’est un cas de figure que je vois souvent… Et je n’ai rien contre. Je me fiche éperdument de votre genre et de votre sexualité. Mais alors, je m’en fiche à un point… Cependant, je trouve intéressant de se poser la question : pourquoi ? Pourquoi écrire du sexe gay ? Après, c’est un choix, un droit, pas de souci. Mais certaines personnes le font pour de très mauvaises raisons : glamouriser les abus sur personne LGBT, s’imaginer que tous les gays sont dans le placard et malheureux ou au contraire, ultra-extravertis et euphoriques, se dire qu’un gay peut être converti… Oui oui, j’ai déjà eu ce débat avec des dames tout à fait charmantes au demeurant mais qui avaient une vision faussée de la communauté LGBT et qui pensaient sincèrement avoir écrit une bible pour les gays.

Je ne suis pas pour faire la police. Je n’aime pas le débat qui fleurit sur Tumblr et qui voudrait qu’on interdise aux femmes d’écrire ce qui leur plaît. La liberté d’expression, ça parle à quelqu’un ? Cela dit, cela dit, cela dit… Je suis aussi pour qu’il y ait une meilleure compréhension de la communauté LGBT, du sexe entre gays ou avec une personne trans. Tiens, parlons-en d’ailleurs !

Je suis trans.

Je suis transsexuel. Ce qui veut dire que j’ai un corps de femme mais l’esprit d’un homme. Je souffre de dysphorie légère, et si j’ai des troubles mentaux, ça n’a rien à voir avec mon identité sexuelle. Je suis heureux, je m’assume… Mais je n’ai pas de vie sexuelle, en grande partie à cause de mon passé. J’en ai eu une, j’ai pratiqué et ça m’arrive encore de faire certaines choses, mais je ne suis pas un fan du sexe… Ce qui explique sans doute que mes personnages ne soient pas non plus très portés sur la chose. Bon. Bien sûr, il y a des trans qui aiment le sexe, mais comment l’aiment-ils ? Eh bien… Ca dépend des gens et surtout, ça dépend du rapport qu’ils ont avec leur propre corps et de leur niveau de dysphorie. Si vous détestez votre corps, vous n’allez pas avoir envie qu’on le tripote. Peut-être ne vous masturbez vous même pas, alors laisser quelqu’un le toucher ? Faut pas pousser non plus. Le fait est qu’un trans n’aura pas les mêmes envies, les mêmes désirs, les mêmes attentes qu’une personne cis. Et très franchement, je n’ai jamais rencontré d’homme trans qui adore la sodomie et les godes-ceintures. Je suppose qu’il y en a ! Mais dans le doute… On se renseigne. On pose les bonnes questions.

Je voudrais que mon personnage féminin hétéro sorte avec mon personnage masculin gay.

… Il n’y a pas quelque chose qui vous choque dans cette phrase ?

Pourtant, là encore, c’est un cas de figure qu’on retrouve souvent dans la littérature gay… Malheureusement. Oui, il y a des hommes gays qui sont plus ou moins flexibles dans leur sexualité. Mais ils ne sont pas légion et ils n’ont pas tous envie de sauter sur la poupée hétérosexuelle du coin. Je ne suis personnellement pas fan de ce cliché, qui ressemble d’avantage à une thérapie aversive miniature qu’autre chose : on veut convertir le gay, on veut le faire rentrer dans une jolie case. Et on en profite pour faire passer la fille pour une allumeuse qui est prête à tout pour détruire un gay… Je pense que les femmes comme les hommes, méritent mieux qu’une relation forcée, non ? Après, si c’est ce que VEUT votre personnage, grand bien lui fasse ! Mais l’idéal serait que ça vienne des deux personnages et que ça semble naturel.

Sherlock Black est gay.

Mon personnage principal, Sherlock Black, se retrouve dans le tome 2 de Velvet Blackstar, dans un corps de femme, notamment à cause de sa grossesse. Cependant, il se considère toujours comme un homme. Ses petits amis sont gays et l’aiment profondément, le voient comme un homme malgré son apparence… Mais ils ne veulent pas forcément coucher avec lui. Pourquoi ? Parce qu’il a un vagin. Il le comprend d’ailleurs, ils ont peur de lui faire mal et ils ne sont pas du tout à l’aise avec l’idée de coucher avec lui en femme. Patrick et Eddie veulent bien, parce qu’ils ont envie de tenter et ça se passe plutôt bien d’ailleurs. Mais Jack ? Nope. Jack ne le touchera pas. Parce que Jack ne peut pas, ne veut pas et n’envisage pas de toucher un corps de femme. Il aime et respecte Sherlock en tant qu’homme mais la perspective de toucher des attributs féminins le met très, très, très mal à l’aise. Et ça a toujours été comme ça ! Bien avant que j’écrive Velvet Blackstar, je faisais des roleplay avec des amis et ils avaient tendance à vouloir mettre Jack avec leurs personnages féminins. Jack ne supportait pas. Et il est hors de question que je force mes personnages à faire quelque chose qui ne leur correspond pas. Jack a-t-il un problème avec les femmes ? Pas du tout, il adore Nagisa, Alice, Becky… Et il considère vraiment Sherlock comme un homme. Et Sherlock le respecte et l’aime. C’est pour ça qu’ils ne se forceront JAMAIS à changer.

Il y a des gens qui vous diront « je me fous du genre ».

Il y en a d’autres pour qui c’est plus compliqué.

Conclusion ?

Je crois qu’il y a de très bons textes, très instructifs. Je crois qu’il y a des auteurs fantastiques. Mais il y a aussi des gens qui ont besoin d’apprendre… Et je parle aussi des lecteurs. Je sais que pour un lecteur, se sentir représenté, compris, c’est important. Ecrivez pour vous cela dit, écrivez pour le plaisir d’écrire. Mais si vous avez un doute… Posez les bonnes questions. Et comme toujours, jouez gentiment !

 


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Peu importe le genre, le consentement et le respect de l’autre doivent être mutuels.

Ceci est un article de Jason Crow.

Je suis auteur, je suis trans et je ne suis pas hétéro.

Et s’il est un phénomène qui ne m’a pas échappé, c’est celui qui veut que, dans de nombreuses oeuvres de fiction, on parte du principe assez répugnant que le consentement et le respect de l’autre sont… Comment dire… Inutiles. C’est ça, inutiles. Je ne parle pas nécessairement de viol ou d’une relation malsaine à la base. Mettons que deux personnages s’aiment. Ils sont amis. La femme veut coucher avec l’homme. Ce dernier n’est pas intéressé, pour des raisons qui lui sont propres. A force d’insister, la femme finit par pousser le mec sur le lit et le chevauche en silence jusqu’à l’orgasme… J’ai lu une scène de ce genre il y a peu dans un livre que je ne nommerai pas (et que j’ai adoré en dépit de ce passage). Et elle m’a choqué. Parce que ce que certains vont trouver ‘hot’ sous prétexte qu’une femme le perpètre, le bon sens le condamnerait si la victime était justement de sexe féminin. Soyons clairs : il y a une injustice dans le traitement des femmes et des hommes dans la littérature et ça ne date pas d’hier. On se dit qu’une femme ne peut pas commettre d’atrocités, mais on prétend aussi que dans les relations gays et lesbiennes, il y a nécessairement une notion de dominance quasi-prédatrice.

Je reconnais qu’ayant moi-même vécu ma part de saletés, je ne suis peut-être pas très objectif.

Pour autant, je suis également certain d’une chose : si je devais apprendre la notion de consentement et de respect à quelqu’un, ça ne serait certainement pas en commençant par « tu es une femme donc tu as tous les droits » ou « tu es un homme donc tu seras un prédateur » ou pire « tu es gay donc tu dois être actif/passif et te conformer à des normes ».

Je m’explique : l’amour, le sexe, c’est avant tout une question de respect. On dit à l’autre qu’on le comprend et qu’on accepte ses oui comme ses non. On lui reconnaît le droit de ne pas aimer certaines choses. On admet que l’autre puisse avoir la migraine ce soir là. Parce que c’est important. C’est même essentiel.

Mais alors ? Est-ce que mon personnage est un porc ?

Peut-être et si tel est le cas, c’est à vous de faire ressortir le fait que « eh, ce que ce personnage fait, c’est mal ». Pas en martelant le message dans la tête du lecteur – qui n’est pas idiot, merci bien – mais en glissant des réactions, des pensées dans votre texte. Pour ça, j’avoue que Marlene Jones, qui n’est pas seulement une amie mais aussi un auteur que je publie et que j’estime, est très douée. Elle ne dit pas « c’est bien » ou « c’est mal » mais elle laisse le lecteur se faire son idée de la chose et en même temps, elle sait très bien où elle veut en venir. Pour ma part, je suis peut-être un peu plus cru dans ce que j’écris et mes personnages sont peut-être aussi un peu plus sûrs de ce qu’ils veulent. Ce n’est ni mieux ni pire. Mais le fait est que si votre personnage a un comportement toxique, vous êtes le seul en mesure de faire en sorte que le message passe ou non. Le lecteur se fera son idée, mais c’est aussi à vous de l’aiguiller sur la piste voulue.

« Une femme ne peut pas violer ».

Celle-là, je l’ai entendue plus d’une fois et elle m’a toujours donné des envies de meurtre. Mettons les choses au point. Plongeons dans le chaudron et remuons le gouda tout chaud : chaque être humain est capable du pire, peu importe le genre. Une femme peut battre.  Une femme peut tuer. Une femme peut violer. Il y a peut-être moins de témoignages de victimes parce que les victimes ont peur et honte, mais il y en a. Peu importe le genre, un prédateur est un prédateur. Un monstre est un monstre.

Je ne prétend pas que mes ouvrages soient paroles d’évangile. Je ne prétend pas non plus être un grand auteur. Mais j’ai vocation d’aider et éduquer si je le peux. Et si par ce petit article, j’ai pu vous faire repenser certaines de vos certitudes… Alors tant mieux.

Comme toujours, jouez gentiment.


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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BDSM = Règles

Ceci est un article de Jason Crow.

BDSM ? Parlons-en… en 50 nuances.

En tant qu’auteur et parce que je pratique le BDSM, je dois admettre que je n’aime pas 50 Nuances de Grey. Je me souviens avoir lu des passages qui me faisaient froid dans le dos, parce que Christian Grey, aussi bellâtre soit-il, passe pour un pervers narcissique et Anastasia pour une Mary-Sue en puissance. La combinaison de ces deux personnages donne naissance à quelque chose de malsain, de tordu, quelque chose qui n’a rien à voir avec le vrai BDSM. On pourrait arguer qu’Anastasia finit par dire oui ou qu’elle dit oui puis change d’avis… Peu importe. Du moment qu’il y a une notion de refus catégorique, du moment qu’une personne vous dit « non » ou « stop », vous devez arrêter. Même si votre partenaire vous demande de le traiter d’esclave ou de chien pendant l’amour, tout est avant tout affaire de consentement et de respect. Et malheureusement, c’est une nuance qu’on ne retrouve plus réellement dans nombre d’ouvrages. Les soumis sont représentés comme naïfs et méritant d’être violés et les maîtres abusent de leur pouvoir. C’est dommage, car quand les choses sont bien faites, le BDSM est avant tout un jeu des plus plaisants, si on aime   pimenter sa vie sexuelle.

Vos personnages ont-ils envie de tenter le BDSM ?

En tant qu’auteur, je dirais qu’il est important de savoir respecter ses personnages. Je m’explique : vos personnages, vous leur avez donné une part de votre coeur. Vous avez mis vos tripes et votre sang dans leur création, tant et si bien qu’ils ont fini par devenir plus humains, plus réalistes, pour le meilleur et pour le pire. Mais si vous commencez à leur imposer quelque chose qu’ils ne veulent pas, vous souffrirez à coup sûr d’un bloquage aussi étourdissant que déplaisant. Votre texte vous paraîtra faux, sans saveur. Parce que votre muse vous aura quitté, vous cesserez d’aimer vos écrits. Un personnage de fiction, c’est avant tout un doux trésor, et une personne. Peu importe qu’il soit fictif. Vous lui avez donné une vie. Peut-être pas une vie réelle, mais une vie, oui. Et vous devez lui montrer que vous le respectez. Respecter son personnage, c’est aussi se respecter soi-même d’ailleurs : vous ne voudriez pas être forcé de faire quelque chose qui ne vous plaît pas. Et c’est votre droit. Donc, avant de vous lancer dans la rédaction d’un manuscrit traitant du BDSM, demandez-vous si ces pratiques sont faites pour vos personnages.

Un monde de règles.

Le BDSM, c’est avant tout un monde de règles. Le maître et le soumis ont un rapport étonnant, un rapport de respect, de tolérance, de repousse des limites. Le maître enseigne, le maître apprend, le maître joue, le maître comprend. Le soumis reçoit, le soumis enseigne et apprend, le soumis respecte. Je synthétise mais c’est un peu l’idée. Le maître et le soumis établissent une relation qui va au-delà de ce qu’on peut imaginer parce qu’ils fixent leurs propres limites. Combien de coups de cravache ? Roulette à picots, plug électro ? Jouets ou non ? D’ailleurs, il n’y a pas de ‘mode d’emploi’ en fait. Il y a ceux qui aiment le BDSM hardcore et ceux qui préfèrent le soft BDSM. Tout dépend. Personnellement, j’aime être un maître hard. Mon fiancé est un maître soft et traite son soumis avec une infinie douceur. Mon premier soumis était adepte des pratiques les plus extrêmes. D’autres vous diront ‘stop’ au bout d’un coup de fouet. En admettant qu’ils passent par la case coup de fouet. La première règle ? Respecter l’autre. Etablir les règles dès le départ, avant la première séance. Pas question de s’engager dans quelque chose qui pourrait vous blesser, vous ou votre partenaire.

Mais comment savoir si mon personnage a envie de tenter le BDSM ?

Laissez-le s’exprimer. Oui, c’est complètement schizophrénique comme notion, mais votre personnage vous dira lui-même ce qu’il veut. Je pense aux personnages de Marlene Jones, une amie auteur. Ils aiment le BDSM et elle aime ses personnages. Alors elle leur donne ce qu’ils veulent et ils adorent ça. Parce qu’ils se sentent libres. Parce que tout ce qu’ils ont pu traverser avant a un sens. Parce qu’ils savent qu’ils sont respectés, aimés.

Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse.

On l’a tous entendu ce vieil adage et c’est vrai : ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse. Si certaines pratiques vous semblent trop extrêmes, trop violentes, ne les pratiquez pas. Personne n’a le droit de vous y forcer de toute façon. Qu’il s’agisse de vos personnages ou de la façon dont vous vous comportez dans la vie réelle, il est important que vous sachiez vous respecter autant que vous respectez l’autre. Par exemple : ce qui fait de 50 Nuances un texte aussi faux qu’aberrant de sottise, c’est le fait que les personnages sont creux, sans passion, sans charme. Mais un personnage qui aime ce qu’il fait, un personnage qui vit, qui a des défauts, des qualités, un personnage qui apprend et comprend, c’est magnifique.  Cela dit, nos personnages ne savent pas toujours ce qui est bon pour eux. La sodomie sans préparation, c’est dangereux ? Oui. Le sexe sans capote, c’est dangereux ? Oui. Le BDSM sans règles et sans limites, c’est dangereux ?

Vous n’imaginez même pas.

Prenons un exemple tout bête : les crochets. Vous suspendez votre soumis et lui accrochez, à sa demande, des poids aux tétons. Le soumis aime et au début tout se passe bien, jusqu’à ce que le soumis en demande plus, toujours plus. Vous commencez à vous inquiéter. Le soumis vous assure que tout ira bien.

Et un séjour gratuit à l’hôpital, un !

Le BDSM, c’est plus exotique.

Oui, c’est vrai, le BDSM (dans les livres comme dans la vraie vie) c’est plus exotique que le vanilla sex. Mais ce n’est pas pour autant que vous devez vous lancer tête baissée dans quelque chose que vous ne connaissez pas. Avant d’écrire sur le BDSM, renseignez-vous, informez-vous. Et vous vous rendrez compte que le vanilla sex, bien fait, a du bon aussi. L’important dans le sexe, c’est de savoir ce qui nous fait du bien. On s’en fiche que ça soit vanilla ou rough. Ce qui est important, c’est de prendre son pied et de rendre l’autre heureux.

Conclusion :

Faites vos recherches. Tentez. Ecrivez. Mais avec prudence.

Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Les règles ne sont pas un tabou

Ceci est un article de Jason Crow.

Il y a encore quelques dizaines d’années, les règles étaient un tabou.

Et encore maintenant, il est assez difficile d’en parler sans s’attirer des regards écoeurés de la part de votre interlocuteur. Bien sûr, ce n’est pas exactement un sujet qu’on a envie d’aborder entre l’entrée et le dessert, les règles ça n’a rien de glamour ni de plaisant, mais le fait est qu’il n’y a rien de plus naturel. Le corps humain fait son travail, point. Le problème, c’est que quand on est un homme transsexuel, c’est aussi un rappel à l’ordre constant. Tu es une femme !, te crie ton corps. Et l’homme trans de se dire « flûte ». Bon, dans le cas où l’homme trans en question prend de la testostérone, tout va bien, pas de problème. Normalement, les règles disparaissent toutes seules. La pilule en continu, pour ceux qui ne peuvent pas prendre de T, peut aider aussi. Mais le fait est qu’il y a des trans qui n’ont accès à rien de tout ça et qui se retrouvent complètement déprimés et à la limite du suicide quand Miss Scarlet débarque.

Difficile de s’identifier aux personnages de fiction…

Dans les livres, on parle peu de règles, de fluides corporels en général. Enfin si, on parle de semence, de sueur… Mais les règles ? Jamais. Et ça, c’est un peu dommage quand on sait que nombre de jeunes trans et gays se découvrent via les livres. Après, bien sûr, il n’est pas question d’entrer dans les détails. Les règles, ça peut être franchement crade. Mais, rien que de les mentionner, de dire « Sherlock se sentait nauséeux. Sale. Mal. Il avait l’impression que son corps le trahissait » ou quelque chose du genre (Sherlock, c’est le petit personnage sur l’illustration de cet article, un transsexuel qui ne peut pas prendre d’hormones), bah… ça renvoie au fait que oui, les règles, c’est naturel, même si c’est pénible. Dans le cas de Sherlock, il a ses règles, il met des tampons et ça lui arrive même de prendre trois douches par jour parce qu’il se sent franchement sale. Après, Sherlock n’est pas nécessairement un modèle, mais il est basé sur une expérience de vie réelle et sa réaction est celle de son auteur. Cela dit, il faut aussi bien noter que les règles, c’est quelque chose de naturel, que ça ne dure pas éternellement et qu’il faut faire avec, même si c’est dur.

Le saviez-vous ?

Disney, qui paraît pourtant un peu guindé, a, en 1946, réalisé un petit cartoon sur les règles qui expliquait non seulement très bien comment fonctionne le corps humain mais aussi comment gérer ses règles. Certes, certains sujets mériteraient une mise à jour mais ça aide à se rappeler qu’il n’y a rien d’anormal dans tout ça et qu’en fait, en parler, ne serait-ce qu’à un médecin, ça peut aider.

Comment survivre aux règles quand on est trans ?

Pour savoir comment votre personnage réagirait face à ses propres règles, ne cherchez pas à vous mettre dans sa tête. Laissez-le s’exprimer. Cela peut sembler un peu schizophrénique mais c’est nécessaire. Lisez des témoignages de trans, renseignez-vous, posez des questions. Votre personnage fera le reste et décidera lui-même de ce qu’il veut faire ou dire.

Pourquoi en parler ?

Encore une fois, nombre de jeunes s’identifient à leurs personnages préférés et apprennent à mieux vivre leur sexualité par le biais de la fiction. Avoir ses règles quand on s’identifie comme un homme, c’est très dur à vivre. Alors savoir que son héros préféré a le même problème, ça fait du bien. De plus, il est temps de casser les vieux tabous. Avoir ses règles n’est pas un crime.

Conseils aux jeunes trans :

Prenez une pilule adaptée à votre métabolisme. Parlez avec votre docteur, n’hésitez pas à poser des questions, à vous renseigner. Il n’y a aucune honte à avoir des questions. Et si vous avez peur des odeurs, des fuites, d’un ‘paquet’, mettez des tampons (en choisissant quelque chose d’adapté à votre flux menstruel). Demandez l’aide de votre maman ou de votre soeur si vous n’y arrivez pas tout seul. Encore une fois, ça n’est pas une honte. Ensuite, rappelez-vous que vos règles ne durent que quelques jours et ne sont là qu’une fois par mois. Si vous vous sentez vraiment mal au niveau moral, parlez. A un ami, sur un blog, à un parent… Parlez.

 

Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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Trigger Warning ? Velvet Blackstar

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L’importance de respecter son lectorat

Ceci est un article de Jason Crow.

Velvet Blackstar et le Trigger Warning

Dans mon dernier livre, Velvet Blackstar, j’ai inclus un trigger warning. Alors, un trigger warning, c’est qui c’est quoi ? Un trigger warning, c’est un avertissement, généralement trouvable en début d’ouvrage ou sur la page de présentation du manuscrit, indiquant que certaines scènes peuvent choquer le lecteur. Dans mon cas, je n’avais jamais utilisé de trigger warning avant, pas même pour Sold, qui contient pourtant des mentions de viol et de violences en tous genres. Pourtant, quand j’ai écrit Velvet Blackstar, j’ai voulu mettre un trigger warning sur la page de description et à l’intérieur du roman. Pourquoi ? Parce que la première scène est un viol et est présenté comme tel, dans toute sa violence et toute sa cruauté et que plusieurs séquences du roman peuvent choquer les âmes sensibles. Pour autant, j’aime mon livre. Et je sais que j’ai présenté les choses de manière explicite : on sait que ce qui se passe est mal, que ça ne devrait pas arriver. Ce n’est pas montré comme quelque chose de beau, encore moins de glorieux.  Mais ça peut choquer. Alors un trigger warning s’est imposé et au final, je ne le regrette pas : les lecteurs se précipitent sur le livre en connaissance de cause et ceux qui pensent ne pas pouvoir encaisser ce que Velvet Blackstar a de noir et de violent ne le lisent pas. Tout le monde est content, le trigger warning ne coûte pas cher (rien du tout en fait) et ça prend deux minutes à écrire.

Il y a peu, je suis tombé sur un livre qui fait le bad buzz justement parce qu’il n’a pas de trigger warning.

Par respect pour l’auteur et parce qu’on n’est pas là pour cracher sur les copains, je ne dévoilerai pas le nom de l’ouvrage. Je peux cependant dire ceci : avant de lire les premières pages, j’ai été voir les commentaires. C’est la première fois que je vois un tel déferlement de colère à l’encontre d’un roman. Et je comprend : j’ai lu les premières pages, ça m’a choqué, j’ai refermé les livre et je suis parti. Je n’ai pas laissé de commentaire, j’ai juste dit ce que j’avais à dire sur Facebook et c’est tout. Cela dit, je tiens à dire que la personne écrit bien. Elle a un bon style. Seulement, ce qu’elle écrit est malsain, cruel, violent. Et je suppose que c’était son intention première, puisqu’elle parle de réalité sale sur Facebook. Mais est-ce qu’un trigger warning n’aurait pas été de mise ? Ce livre met notamment en scène une petite fille de sept ans en train d’attendre lascivement que son père couche avec elle. J’ai lu cette scène. Elle m’a laissé horrifié, malade et triste. Là encore, je tiens à le dire, l’auteur a dit clairement qu’elle voulait écrire quelque chose qui dérange. Mais… Outre le fait que la fiction peut avoir un impact sur la réalité, est-ce qu’un petit trigger warning n’aurait pas au moins mis en garde les lecteurs ? Un mot de l’auteur disant « je sais que c’est choquant, cet ouvrage contient ceci, cela et traite de sujets graves », ça ne coûte rien. Et encore une fois, ça ne fait de mal à personne, ça évite même bien des soucis.

Cela dit dans le cas mentionné, il y a aussi la façon dont ont été traités les sujets en question… Mais passons.

Trigger warning = faire fuir les lecteurs ?

Non. Et honnêtement, je pense même que les lecteurs apprécient qu’on prenne soin d’eux. C’est logique. Après tout, tout le monde n’a pas envie de lire certains sujets et surtout, quand on lit, on le fait pour réfléchir, pour se détendre… Mais pas pour se sentir mal après. Enfin, je ne pense pas ? Partant de ce principe, qui aurait envie de se faire mal volontairement en lisant un ouvrage qui ne lui correspond pas et qui est susceptible de raviver des douleurs anciennes ou récentes ? Car il y a aussi le problème du traumatisme réel : certains lecteurs ont vécu ces choses dont vous parlez dans votre ouvrage, et ils n’ont peut-être pas envie d’en entendre parler à nouveau ? Écrire un trigger warning, ça n’est pas seulement une sécurité pour vous en tant qu’auteur, c’est aussi une façon de dire « eh, Lecteur, je t’aime bien, mais c’est justement parce que je t’aime que je te protège ».

En d’autres termes.

Je ne pense pas qu’un trigger warning mette en cause la qualité de vos écrits. Si votre livre est bon, il se vendra. Point. Le trigger warning ne jouera en rien sur le nombre de ventes et ne fera pas de vous un monstre. Bien au contraire : les lecteurs avertis sauront si ils doivent ou non lire votre ouvrage et ceux qui choisiront de le faire sauront à quoi s’attendre. Encore une fois, ça prend deux minutes, ça ne coûte rien et ça rend tout le monde heureux. Alors… Pourquoi pas ?


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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