Dominance

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Peu importe le genre, le consentement et le respect de l’autre doivent être mutuels.

Ceci est un article de Jason Crow.

Je suis auteur, je suis trans et je ne suis pas hétéro.

Et s’il est un phénomène qui ne m’a pas échappé, c’est celui qui veut que, dans de nombreuses oeuvres de fiction, on parte du principe assez répugnant que le consentement et le respect de l’autre sont… Comment dire… Inutiles. C’est ça, inutiles. Je ne parle pas nécessairement de viol ou d’une relation malsaine à la base. Mettons que deux personnages s’aiment. Ils sont amis. La femme veut coucher avec l’homme. Ce dernier n’est pas intéressé, pour des raisons qui lui sont propres. A force d’insister, la femme finit par pousser le mec sur le lit et le chevauche en silence jusqu’à l’orgasme… J’ai lu une scène de ce genre il y a peu dans un livre que je ne nommerai pas (et que j’ai adoré en dépit de ce passage). Et elle m’a choqué. Parce que ce que certains vont trouver ‘hot’ sous prétexte qu’une femme le perpètre, le bon sens le condamnerait si la victime était justement de sexe féminin. Soyons clairs : il y a une injustice dans le traitement des femmes et des hommes dans la littérature et ça ne date pas d’hier. On se dit qu’une femme ne peut pas commettre d’atrocités, mais on prétend aussi que dans les relations gays et lesbiennes, il y a nécessairement une notion de dominance quasi-prédatrice.

Je reconnais qu’ayant moi-même vécu ma part de saletés, je ne suis peut-être pas très objectif.

Pour autant, je suis également certain d’une chose : si je devais apprendre la notion de consentement et de respect à quelqu’un, ça ne serait certainement pas en commençant par « tu es une femme donc tu as tous les droits » ou « tu es un homme donc tu seras un prédateur » ou pire « tu es gay donc tu dois être actif/passif et te conformer à des normes ».

Je m’explique : l’amour, le sexe, c’est avant tout une question de respect. On dit à l’autre qu’on le comprend et qu’on accepte ses oui comme ses non. On lui reconnaît le droit de ne pas aimer certaines choses. On admet que l’autre puisse avoir la migraine ce soir là. Parce que c’est important. C’est même essentiel.

Mais alors ? Est-ce que mon personnage est un porc ?

Peut-être et si tel est le cas, c’est à vous de faire ressortir le fait que « eh, ce que ce personnage fait, c’est mal ». Pas en martelant le message dans la tête du lecteur – qui n’est pas idiot, merci bien – mais en glissant des réactions, des pensées dans votre texte. Pour ça, j’avoue que Marlene Jones, qui n’est pas seulement une amie mais aussi un auteur que je publie et que j’estime, est très douée. Elle ne dit pas « c’est bien » ou « c’est mal » mais elle laisse le lecteur se faire son idée de la chose et en même temps, elle sait très bien où elle veut en venir. Pour ma part, je suis peut-être un peu plus cru dans ce que j’écris et mes personnages sont peut-être aussi un peu plus sûrs de ce qu’ils veulent. Ce n’est ni mieux ni pire. Mais le fait est que si votre personnage a un comportement toxique, vous êtes le seul en mesure de faire en sorte que le message passe ou non. Le lecteur se fera son idée, mais c’est aussi à vous de l’aiguiller sur la piste voulue.

« Une femme ne peut pas violer ».

Celle-là, je l’ai entendue plus d’une fois et elle m’a toujours donné des envies de meurtre. Mettons les choses au point. Plongeons dans le chaudron et remuons le gouda tout chaud : chaque être humain est capable du pire, peu importe le genre. Une femme peut battre.  Une femme peut tuer. Une femme peut violer. Il y a peut-être moins de témoignages de victimes parce que les victimes ont peur et honte, mais il y en a. Peu importe le genre, un prédateur est un prédateur. Un monstre est un monstre.

Je ne prétend pas que mes ouvrages soient paroles d’évangile. Je ne prétend pas non plus être un grand auteur. Mais j’ai vocation d’aider et éduquer si je le peux. Et si par ce petit article, j’ai pu vous faire repenser certaines de vos certitudes… Alors tant mieux.

Comme toujours, jouez gentiment.


Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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BDSM : Un monde de règles

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BDSM = Règles

Ceci est un article de Jason Crow.

BDSM ? Parlons-en… en 50 nuances.

En tant qu’auteur et parce que je pratique le BDSM, je dois admettre que je n’aime pas 50 Nuances de Grey. Je me souviens avoir lu des passages qui me faisaient froid dans le dos, parce que Christian Grey, aussi bellâtre soit-il, passe pour un pervers narcissique et Anastasia pour une Mary-Sue en puissance. La combinaison de ces deux personnages donne naissance à quelque chose de malsain, de tordu, quelque chose qui n’a rien à voir avec le vrai BDSM. On pourrait arguer qu’Anastasia finit par dire oui ou qu’elle dit oui puis change d’avis… Peu importe. Du moment qu’il y a une notion de refus catégorique, du moment qu’une personne vous dit « non » ou « stop », vous devez arrêter. Même si votre partenaire vous demande de le traiter d’esclave ou de chien pendant l’amour, tout est avant tout affaire de consentement et de respect. Et malheureusement, c’est une nuance qu’on ne retrouve plus réellement dans nombre d’ouvrages. Les soumis sont représentés comme naïfs et méritant d’être violés et les maîtres abusent de leur pouvoir. C’est dommage, car quand les choses sont bien faites, le BDSM est avant tout un jeu des plus plaisants, si on aime   pimenter sa vie sexuelle.

Vos personnages ont-ils envie de tenter le BDSM ?

En tant qu’auteur, je dirais qu’il est important de savoir respecter ses personnages. Je m’explique : vos personnages, vous leur avez donné une part de votre coeur. Vous avez mis vos tripes et votre sang dans leur création, tant et si bien qu’ils ont fini par devenir plus humains, plus réalistes, pour le meilleur et pour le pire. Mais si vous commencez à leur imposer quelque chose qu’ils ne veulent pas, vous souffrirez à coup sûr d’un bloquage aussi étourdissant que déplaisant. Votre texte vous paraîtra faux, sans saveur. Parce que votre muse vous aura quitté, vous cesserez d’aimer vos écrits. Un personnage de fiction, c’est avant tout un doux trésor, et une personne. Peu importe qu’il soit fictif. Vous lui avez donné une vie. Peut-être pas une vie réelle, mais une vie, oui. Et vous devez lui montrer que vous le respectez. Respecter son personnage, c’est aussi se respecter soi-même d’ailleurs : vous ne voudriez pas être forcé de faire quelque chose qui ne vous plaît pas. Et c’est votre droit. Donc, avant de vous lancer dans la rédaction d’un manuscrit traitant du BDSM, demandez-vous si ces pratiques sont faites pour vos personnages.

Un monde de règles.

Le BDSM, c’est avant tout un monde de règles. Le maître et le soumis ont un rapport étonnant, un rapport de respect, de tolérance, de repousse des limites. Le maître enseigne, le maître apprend, le maître joue, le maître comprend. Le soumis reçoit, le soumis enseigne et apprend, le soumis respecte. Je synthétise mais c’est un peu l’idée. Le maître et le soumis établissent une relation qui va au-delà de ce qu’on peut imaginer parce qu’ils fixent leurs propres limites. Combien de coups de cravache ? Roulette à picots, plug électro ? Jouets ou non ? D’ailleurs, il n’y a pas de ‘mode d’emploi’ en fait. Il y a ceux qui aiment le BDSM hardcore et ceux qui préfèrent le soft BDSM. Tout dépend. Personnellement, j’aime être un maître hard. Mon fiancé est un maître soft et traite son soumis avec une infinie douceur. Mon premier soumis était adepte des pratiques les plus extrêmes. D’autres vous diront ‘stop’ au bout d’un coup de fouet. En admettant qu’ils passent par la case coup de fouet. La première règle ? Respecter l’autre. Etablir les règles dès le départ, avant la première séance. Pas question de s’engager dans quelque chose qui pourrait vous blesser, vous ou votre partenaire.

Mais comment savoir si mon personnage a envie de tenter le BDSM ?

Laissez-le s’exprimer. Oui, c’est complètement schizophrénique comme notion, mais votre personnage vous dira lui-même ce qu’il veut. Je pense aux personnages de Marlene Jones, une amie auteur. Ils aiment le BDSM et elle aime ses personnages. Alors elle leur donne ce qu’ils veulent et ils adorent ça. Parce qu’ils se sentent libres. Parce que tout ce qu’ils ont pu traverser avant a un sens. Parce qu’ils savent qu’ils sont respectés, aimés.

Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse.

On l’a tous entendu ce vieil adage et c’est vrai : ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse. Si certaines pratiques vous semblent trop extrêmes, trop violentes, ne les pratiquez pas. Personne n’a le droit de vous y forcer de toute façon. Qu’il s’agisse de vos personnages ou de la façon dont vous vous comportez dans la vie réelle, il est important que vous sachiez vous respecter autant que vous respectez l’autre. Par exemple : ce qui fait de 50 Nuances un texte aussi faux qu’aberrant de sottise, c’est le fait que les personnages sont creux, sans passion, sans charme. Mais un personnage qui aime ce qu’il fait, un personnage qui vit, qui a des défauts, des qualités, un personnage qui apprend et comprend, c’est magnifique.  Cela dit, nos personnages ne savent pas toujours ce qui est bon pour eux. La sodomie sans préparation, c’est dangereux ? Oui. Le sexe sans capote, c’est dangereux ? Oui. Le BDSM sans règles et sans limites, c’est dangereux ?

Vous n’imaginez même pas.

Prenons un exemple tout bête : les crochets. Vous suspendez votre soumis et lui accrochez, à sa demande, des poids aux tétons. Le soumis aime et au début tout se passe bien, jusqu’à ce que le soumis en demande plus, toujours plus. Vous commencez à vous inquiéter. Le soumis vous assure que tout ira bien.

Et un séjour gratuit à l’hôpital, un !

Le BDSM, c’est plus exotique.

Oui, c’est vrai, le BDSM (dans les livres comme dans la vraie vie) c’est plus exotique que le vanilla sex. Mais ce n’est pas pour autant que vous devez vous lancer tête baissée dans quelque chose que vous ne connaissez pas. Avant d’écrire sur le BDSM, renseignez-vous, informez-vous. Et vous vous rendrez compte que le vanilla sex, bien fait, a du bon aussi. L’important dans le sexe, c’est de savoir ce qui nous fait du bien. On s’en fiche que ça soit vanilla ou rough. Ce qui est important, c’est de prendre son pied et de rendre l’autre heureux.

Conclusion :

Faites vos recherches. Tentez. Ecrivez. Mais avec prudence.

Jason Crow

Jason Crow est un auteur de romans et nouvelles érotique gay.


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