Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 2/2

En complément de l’article précédent : Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 1/2, voici la a brochure de l’association PariS-M.

PariS-M, ce sont aussi :

  • Des dîners-débats chaque 3° mercredi du mois,
  • Des apérencontres chaque 1er vendredi du mois,
  • Des ateliers de pratiques BDSM ou de fabrication de matériel avec des spécialistes,
  • Des actions de prévention pour des pratiques BDSM saines, sûres et consensuelles.

Vous pouvez les retrouver sur leur site : http://www.paris-m.org/

Merci à Clarissa Rivière pour le partage de cette brochure.


Clarissa Rivière

Clarissa Rivière est une autrice d’érotisme publiée chez divers éditeurs dont La Musardine et L’ivre-Book principalement.


A lire aussi :

Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 1/2

 

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Écrire du BDSM en respectant les règles de sécurité 1/2

Merci à Clarissa Rivière de son accord pour publier ici son article, pour aider les auteurs à savoir comment aborder le BDSM dans leurs romans de manière safe.

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Par Clarissa Rivière

Mercredi dernier, j’ai participé au dîner-débat mensuel de l’association PariS-M sur le thème de la sécurité :

« En Mai, fais ce qu’il te Play… mais fais le bien !!!!!
Des Jeux de toutes sortes, oui, oh oui !!!
Mais comment faire ? Comment jouer en sécurité et sainement ? »

     C’était passionnant, une dominatrice expérimentée et un médecin sont intervenus et ont répondu à toutes les questions. J’ai pris quelques notes, pour vous concocter un article sérieux, pour une fois !

***

    Les pratiques bdsm sont avant tout des jeux consensuels, négociés, sains et sûrs, entre adultes consentants. Avant une séance, bien parler avec son partenaire, instaurer un climat de confiance, prévoir un safeword pour tout arrêter.

Il existe quatre niveaux de jeu :

— Les jeux à peine SM, pour pimenter les ébats : fessées, pincements, mordillements… sans scénario, ni accessoires.

— Les jeux SM léger : on utilise des liens, des pinces, il y a des contraintes, des scénarios basiques du type « punition » …

— Les jeux SM moyen/classique : les scénarios se complexifient : maître/esclave, on utilise plus d’instruments, des pratiques insolites font leur apparition : bougies, orties, tierce personne, humiliations, uro…

— Les jeux SM hard ou SM limite : le sang peut couler, pratiques d’étouffement, de noyade, marquage, électricité, scatologie, zoophilie (attention, illégal en France et dans de nombreux pays)…

 

Il y a des règles de sécurité et d’hygiène à respecter selon les pratiques :

     Les jeux d’impact (martinet, cravache, fouet…)

— Éviter de frapper les reins, le visage, les yeux en particulier.
— Désinfecter la peau du soumis ou de la soumise ensuite en cas de plaies visibles
— Bien se laver les mains avant de jouer avec un autre partenaire. Les solutions hydroalcooliques ne suffisent pas, il faut se laver les mains avec de l’eau et du savon en cas de contact intime et présence de sécrétions et/ou souillures sur la peau.
— Désinfecter ses instruments entre deux partenaires. Il existe des sprays prévus spécialement (on peut même les mettre à tremper dans des solutions antiseptiques quand le matériel le permet et qu’il a été introduit dans des cavités anatomiques. Penser à les utiliser avec un préservatif quand c’est possible).
— Attention, le fouet peut couper. Certains changent le cracker de leur fouet à chaque partenaire.
— Ne pas frapper une peau lésée, car une blessure, même petite, est une porte d’entrée pour les germes.
— Attention aux coups de poings ou de pieds dans les parties génitales, risque de lésions importantes, dont éclatement des testicules.
— Gants de Dracula (gants hérissés de piquants) : usage unique pour une seule personne, car ça se lave difficilement.

Attention aux objets que l’on se prête et aux accessoires que les clubs mettent parfois à disposition : on ne sait pas comment ils ont été utilisés avant et s’ils ont été nettoyés.

Le BDSM peut être bucolique parfois, se dérouler en forêt par exemple. Se méfier des blessures liées aux végétaux, il y a un risque d’infection, surtout avec des branchages ramassés au ras du sol pouvant être souillés par des animaux sauvages. Choisir des végétaux en hauteur, bien désinfecter les plaies superficielles, et ne pas hésiter à aller aux urgences en cas de blessure à l’œil.

Vérifier une éventuelle allergie pour l’usage des orties par exemple, en testant sur une petite zone, attendre au moins 10 minutes pour voir s’il y a une réaction.

    Le shibari

— Éviter le nerf radial (sous l’aisselle principalement), qui peut occasionner des paralysies passagères d’une partie du bras.
— Éviter les articulations (risque de compression plus important).
— Vérifier la tension des cordes, on doit toujours pouvoir glisser un doigt sous les cordes.
— Prévoir des ciseaux – ou un coupe corde – non loin pour tout couper très vite en cas de soucis.

Pour désinfecter les cordes après une séance, on peut les passer à la flamme, ou les laver (certains utilisent même le lave-linge).

    Les bougies

— Éviter les bougies à la cire d’abeille, elles sont trop chaudes.
— Tester sur sa peau avant.
— Prévoir de l’eau fraiche, des glaçons non loin.

Installer une bâche pour ne pas salir le sol.
Rajouter un masque sur les yeux, pour plus de sensations et éviter les brûlures.
Attention aux bougies rouges, elles peuvent laisser du colorant sur la peau.

    Les jeux d’aiguille

— Contrairement aux apparences, ils sont peu douloureux, car les aiguilles sont fines et très pointues
— Bien laver la zone de jeux avec de la Biseptine ou de la Bétadine avant.
— Mettre des gants stériles type chirurgicaux, mais il faut savoir les mettre car dès qu’on les touche, ils ne sont plus stériles.
— Planter les aiguilles horizontalement et relativement superficiellement pour éviter de toucher des nerfs ou des vaisseaux avec un risque de saignement plus important.

    Les jeux électriques

— Éviter toute la partie haute, au-dessus de la ceinture (présence du cœur) pour les dispositifs puissants et pas forcément adaptés.
— L’électro stimulation type « Violet Wand » est plus douce, offre des picotements légers, aucun souci pour en faire sur tout le corps.

    Le fist

— Utiliser du lubrifiant.
— Éviter de le faire à main nue, sauf si on connaît très bien son partenaire d’un point de vue sérologique, mais il y a toujours un risque infectieux, si un des deux partenaires a des plaies. Le port des gants est conseillé.
— Prendre tout son temps, y aller progressivement, ne jamais forcer, pour ne pas blesser.
— Et bien sûr se laver soigneusement les mains après les jeux… même si on a porté des gants !

Attention aux médicaments type Microlax qui peuvent irriter la muqueuse lors d’une utilisation répétée.

Insérer des objets dans l’anus n’est pas sans risque. Les urgences regorgent d’anecdotes : des personnes viennent avec des objets qu’elles n’arrivent plus à retirer et inventent des histoires pas possibles. Il faut parfois opérer hélas.

Une fois que l’objet a passé la barrière d’un sphincter, le sphincter se referme, l’objet ne peut plus revenir en arrière, on a l’impression que l’objet est attiré à l’intérieur. Bien tenir l’objet pour éviter ce phénomène « d’aspiration », ou en prévoir un avec une base large qui le retienne à l’extérieur. Les petits plugs en métal ont parfois une base trop petite, ils peuvent aussi être perdus, surtout si on a mis beaucoup de gel.

— Mettre un préservatif aux godes, gode ceinture qu’on utilise.

    Les pratiques de strangulation, d’asphyxie

— Attention à ne pas écraser le larynx.
— Le faire très peu de temps et ne jamais laisser la personne seule
— En cas de malaise, de pâleur extrême et de possible malaise vagal, allonger la personne les jambes en l’air ou en position latérale de sécurité sinon.
— Si on utilise un film alimentaire : bien prévoir de faire un trou sur la bouche bien sûr.

En prévention :

— Demander aux soumis de tenir un objet, s’il tombe cela veut dire qu’il y a perte de connaissance.
— Demander à la personne de simuler une perte de conscience, pour vérifier si l’on peut se débrouiller avec son corps lourd et inerte.
— Ne pas hésiter à suivre des formations de secouriste, pour savoir mettre en PLS et faire un massage cardiaque si on s’attaque à ces jeux extrêmes.

    Les jeux uro

— Si on n’a pas l’intention de boire tout de suite, mettre « le champagne » au frigo, sinon les bactéries se développent très vite, car les urines ne sont pas stériles contrairement aux idées reçues (c’est juste « stérile » dans la vessie, mais plus lorsque qu’elles ont emprunté les voies urinaires basses = le trajet de sortie habituel).
— En cas de pose d’une sonde urétrale, il faut une antiseptie importante. Bien nettoyer le méat urinaire avant l’introduction de la sonde avec de la Bétadine.

    Le sang

— Éviter les « vraies » morsures jusqu’au sang : risques infectieux pour le mordu et le mordeur en fonction du contexte.
— Éviter de s’exposer au sang d’une manière générale : risques d’hépatites, de HIV…

    Le marquage au fer, ou Branding 

Pratique réservée aux spécialistes. Il faut maîtriser la température et le temps d’application, afin d’avoir l’effet escompté et éviter des blessures graves.

 

En conclusion, même si le risque zéro n’existe pas, tout est possible avec beaucoup d’attention et de communication avant ! Et que le dominant ou la dominatrice maîtrise la pratique envisagée..

Merci aux intervenants de m’avoir relue, et corrigée, avant publication !


Clarissa Rivière

Clarissa Rivière est une autrice d’érotisme publiée chez divers éditeurs dont La Musardine et L’ivre-Book principalement.


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Témoignage – L’image du BDSM donnée par les livres

 

De la recherche d’un extrait safe ou qu’est-ce qu’une demande simple peut-être prise de tête

Cet article sera avec des gifs parce que parfois, les gifs, ça fait du bien.

Ça a toujours été comme ça. Depuis le début. A chaque fois que j’ai prospecté un peu autour de moi pour savoir si quelqu’un avait une idée de scène safe dans un bouquin que je pourrais prendre en extrait .

« Et pourquoi faire ? »
« Je ne vois pas pourquoi une histoire en aurait besoin. »
« On n’a pas besoin de ce genre de détails pour savoir que nos personnages sont consentants/sont responsables. »
Et puis tous les grands discours politique dissertant sur le fait que… que, eh bien, parler safe sex dans un bouquin, ce ne serait pas bien (parce que, en gros, c’est un peu l’idée qui ressort, hein ?)

Tou.jours.

Et toi, tu es là, tu te dis : « j’ai juste demandé si quelqu’un avait un extrait, hein ? », et tu observes la série habituelle des levers de boucliers, et les longs discours critiquant largement ta demande (oh, drame ! Quelqu’un a demandé s’il existait un extrait de scène de sexe parlant de SAFE SEX !!! Non mais vous ne vous rendez pas compte, vous, les gens, du haut niveau d’hérésie de cette demande, quoi), et les longues dissertations comme quoi on n’a pas besoin de le dire dans les bouquins et que, franchement, ta demande est problématique par rapport à ci ou à ça, et…

Ou alors, quand tu es un peu plus d’humeur, ou même simplement quand tu es un peu plus habitué, tu peux le prendre un peu plus à la cool. Après, avec le temps, on s’habitue, hein ? On est plus formé à l’idée que, voilà, c’est comme d’hab, qu’il va juste falloir attendre que les gens se calment un peu.

Et on scrole les réponses, en se disant « bon… à un moment donné… quelqu’un va peut-être répondre à la question, non ? » (non mais des fois que. Tu sais, quand quelqu’un demande « est-ce que vous avez un extrait de ? », on peut voir émerger des réponses qui sont simplement « oui » ou « non », hein ?).

Alors, point positif, quand même. Et je dirais même très positif. A force, dans certains milieux (enfin, dans les gens qui finissent par connaître cette demande de ma part/le travail que l’on fait sur We Need More Safe Sex Books), il y a une évolution dans le sens où c’est accepté. Si si. Simplement. Il y a des gens qui nous soutiennent, toujours. Et puis il y a aussi ceux qui ne sont pas sensibles à notre démarche (et ils en ont le droit), mais qui ne sont plus pour autant en train de se succéder les uns les autres à servir la soupe citée initialement à chaque demande que l’on pourrait faire. Parfois, même, ils nous orientent même vers des personnes qui pourraient nous aider/nous proposent des extraits s’ils en ont qui leur viennent en  tête. Je veux dire : Merci !!!!

Mais je tiens quand même à signaler que, sérieusement, il n’y a que le fait de rechercher une scène de safe sex qui suscite ça…

Je veux dire… Je fais la même demande demain : « Salut, pour un travail que je fais actuellement, je cherche un extrait de roman se déroulant dans un supermarché, est-ce que vous en avez en tête ? »… ou « Salut, je cherche un extrait de roman parlant d’autisme, vous avez ? »… ou on va dans le non-moral, après, pourquoi pas ? « Une scène où l’un des personnages se drogue », « Une scène de violence conjugale »… Non mais je suis absolument sure que je peux demander une scène parlant d’inceste aussi, hein ? Personne ne va me répondre en me demandant : et pourquoi je cherche ça ? Et pourquoi un roman devrait contenir une scène de ce genre ? Et à quoi ça sert d’abord ? PERSONNE ! Par contre, tu demandes du safe sex… Drame !

Alors je remarque que ça se produit désormais quasi uniquement dans des milieux où on ne s’est pas encore beaucoup manifesté. Ce qui est positif ! Parce que ça montre que, dans ceux où on a passé cette première étape du « pourquoi faire ? », notre démarche est désormais acceptée, et souvent même soutenue mais, au moins, voilà, on ne rencontre plus ces barrières délirantes, à chaque fois. Mais ça reste quand même quelque chose à vivre que de demander simplement un extrait de scène safe, ou ayant un petit détail parlant de consentement, ou du fait de se protéger dans les rapports sexuels, ou n’importe quoi de proche… Vous voyez, en mode naïf (non mais parce que la naïveté, ça revient vite, en fait : on oublie) : j’ai une petite question, coucou…

Et de redescendre en voyant le tsunami déclenché (en mode « ah oui, c’est vrai… »), tsunami qu’il faut longuement scroler en se disant « oui… et, dans le tas, est-ce que quelqu’un va quand même se manifester pour répondre à la demande ? Ne serait-ce qu’en disant « non, je n’en connais pas » » ?

Je ne débats plus, maintenant. Je m’en rends compte. J’ai eu un vécu désagréable, à l’époque où l’un de nos articles sur la Dark romance avait suscité un bad buzz, et je n’ai plus envie de me perdre dans des explications sans fin qui ne sont pas entendables parce que, de toutes façons, il y a trop de barrières en face et qu’on ne peut pas y arriver. Mais je continue à chercher des extraits ! Et à parler de ce sujet ici et sur les réseaux parce que je suis toujours convaincue que c’est un super sujet ! Et je pense toujours que proposer des extraits est intéressant, oui ! Que montrer simplement que, si si, ça peut se faire, et que ce sont même de chouettes scènes et que, eh, ce roman adapté depuis au cinéma en contient aussi, et que ce méga best-seller a une scène également qui…, c’est quelque chose de cool qui peut inspirer les auteurs et leur faire se dire que « ah ouais, tiens, on peut le faire aussi », « ce n’est pas tant une hérésie », « tiens, la scène n’est pas si mal, en fait »…

Bref, de sortir de cette impression d’hérésie liée au fait de parler simplement « safe » dans les scènes sexuelles.

(Non mais, sans blague, il y a un type de scène, pourtant pas du tout spécial ou touchant à une sexualité qui ne concerne pas beaucoup de monde, hein ?, je crois que je ne vais jamais parvenir à avoir un extrait dessus…)

EDIT : Finalement, j’y suis arrivée… avec un bouquin datant de 1977 (et une référence en littérature, qui plus est). Eh, et la modernité, les gens ?


Valéry K. Baran

Valéry K. Baran est une autrice d’érotique et de romance publiée essentiellement aux éditions Harlequin mais aussi chez divers autres éditeurs.


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Osez 20 histoires érotique de Noël – Fellation et préservatif

EXTRAIT
Osez 20 histoires érotique de Noël
« Sur les genoux du Père Noël »

 

Autrice : Magena Suret
Éditions : La Musardine

Elle se glissa à genoux au sol et un éclair de compréhension satisfaite illumina le visage de Timothée qui se rallongea sur ses coudes. Il laissa Amandine lui descendre le pantalon jusque sur les chevilles et écarta au maximum les cuisses. Elle ne perdit pas de temps et plongea sur sa verge, l’enveloppant aussitôt dans sa bouche sur quasiment toute sa longueur. Si elle avait anticipé la fellation, elle aurait favorisé un préservatif aromatisé ; toutefois, le goût du caoutchouc était atténué par leur rapport préalable. Elle ne mit pas longtemps à entendre son partenaire haleter.
Elle suça et aspira avec d’autant plus d’enthousiasme, jouant avec les testicules au creux de sa paume, jusqu’à percevoir la veine gonfler sur sa langue. Elle l’avala alors aussi profond qu’elle le pouvait et le garda au fond de sa gorge tandis qu’il remplissait la protection de son plaisir.

« Le préservatif, ça casse la scène de sexe »

Je lis toujours cette phrase. A chaque fois qu’une conversation vient aborder la non-mention du préservatif dans les romances et les scènes de sexe, même juste un simple instant, il se trouve toujours quelqu’un, et parfois plusieurs personnes, quand ce n’est pas un cri commun qui s’élève soudain, pour sortir ça :

« Mentionner le préservatif, ça casse la scène de sexe ».

Et je ne peux m’empêcher de songer, à chaque fois :

« Et mentionner les vêtements qu’on enlève, ça casse la scène aussi ? »

En fait, et ce n’est pas limité aux romans, tout se passe comme si l’acte sexuel devait être un acte « irréel », lissé, avec un aspect très éthéré, hors du monde, et où tout ce qui ne serait pas dans la continuité de l’étreinte des corps serait un problème.

Monter l’escalier, si ce n’est pas fait en se tripotant, ça casse la scène.

Ouvrir la porte, si le couple ne s’y est pas plaqué en s’embrassant tandis que l’un d’eux abaisse discrètement la poignée, ça casse la scène…

Le déshabillage doit se faire à deux, réciproquement (sinon, ça casse la scène, ce n’est pas sexy, on est bien d’accord).

Même pour le préservatif, on vous suggèrera de le mettre avec une fellation, pour ne pas « casser l’instant », justement.

C’est ce qu’on entend dire sur les livres, mais c’est surtout une pensée très présente tout simplement dans la vie, et cette idée que ça va « casser la scène » en est entièrement le reflet. Il faut que le sexe soit lisse, propre, sans accrocs… Attention à cette magie si fragile ! C’est une faible bougie, un simple souffle pourrait en éteindre la flamme…

Mais c’est vraiment ça, le sexe ?

Le sexe, ce n’est pas des personnes qui peuvent parler, se chahuter, rire dans l’acte ? Le sexe, ce n’est pas la complicité ? Le sexe, ce n’est pas le partage, le fait de prendre soin l’un de l’autre, et prendre ce soin ça ne comprend pas le fait de se protéger comme de protéger son partenaire ? Le sexe, ce n’est pas pouvoir se parler, se regarder et se comprendre ?

J’ai l’impression qu’on est dans une vision infantile, limite, dans le sens où il ne faudrait rien y montrer qui ne soit recouvert de rubans dorés et de poussière d’étoiles… Un conte de fée de l’extrême. Et pourtant, il y a tant d’autres manières de parler de sexualité.

Je ne rejette pas la vision infantile. L’aspect conte de fées est tout à fait appréciable, il plait et c’est très bien. Moi aussi, il me plait. On a tou.te.s envie de contes de fée, parfois. Je critique l’idée qu’offrir une vision plus mature, plus réaliste, qui montre autre chose que des paillettes et des rubans puisse être forcément un problème. Cette idée-là. Que ça « casse la scène », indubitablement. Je le critique parce que, d’une part, c’est enfermer la représentation de la sexualité dans une seule version possible : celle du conte de fées avec son beau vernis posé dessus, et ses actes qui s’enchaînent parfaitement dans une danse muette où rien ne doit faire de vague plus forte ou plus faible que l’autre. Et je le critique parce que c’est même réduire encore cette version-là à une caricature. Les contes de fées ne sont ni aussi jolis, ni aussi lisses. Le temps les a édulcorés mais, même ainsi, ils restent souvent durs, cruels… On peut avoir la magie et l’horreur. On peut avoir l’émerveillement et  la peur.

On peut avoir une scène de sexe rêvée, avec les personnages qui s’enlacent en montant l’escalier, qui s’embrassent en appuyant discrètement sur la poignée de la porte derrière leurs corps collés, qui se déshabillent l’un l’autre sans parvenir à cesser de se toucher, ses mains à elle tremblantes au contact de sa chair à lui, et ses doigts à lui pressants, désireux, avec ses baisers qui lui font perdre la tête… et puis, lui qui ramène la main depuis ses vêtements où elle s’était égarée un instant pour pour lever un préservatif devant son regard à elle.

– Tu veux ? dit-il.

Elle se mord la lèvre. Il est juste au-dessus d’elle, penché, avec ses mèches souples qui retombent devant son front et son sourire en coin pourrait la faire fondre si elle n’était pas déjà si liquide entre ses bras.

Elle porte la main à l’emballage, l’attrape entre ses doigts fins, le fixe, obnubilée. Son cœur bat à toute vitesse. Puis elle relève le regard vers lui, vers ses yeux verts dans lesquels toute trace de jeu s’est désormais effacée, balayée par un désir qui la renverse toute entière, qui semble même le renverser lui, sur l’instant, tant il occupe toute la place… Et elle s’y perd. Son corps pulse de besoin. La réponse s’arrache d’elle-même à sa gorge :

– Oui.

– Mets-le moi.

Son timbre de voix est rauque, empressant.

Elle se redresse, aux berges du vertige. Ouvrir cet emballage est comme un compte à rebours. Le dérouler sur sa chair dure comme une impudence et, en même temps… Elle s’attarde sur le grain de sa peau, si doux sous ses gestes. Et elle lève les yeux sur son visage pour le voir lui, frémissant de désir, se retenant de la toucher, avec son torse qui s’élève et s’abaisse vivement, désormais, et son regard qui la brûle, la bouscule, l’enflamme.

Puis, d’un coup, il la renverse sous lui et entre enfin en elle.


Valéry K. Baran

Valéry K. Baran est une autrice d’érotique et de romance publiée essentiellement aux éditions Harlequin mais aussi chez divers autres éditeurs.


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L’amour a tous les droits… ou pas

« Je fais ça parce que je t’aime ! »

Tout a commencé, il y a fort longtemps, probablement à l’époque où l’auteur/trice a pris la plume pour écrire des romans d’amour. Du dilemme cornélien aux drames de Racine, où les héros mouraient sur scène, il a toujours été gravé dans le marbre, qu’au nom de l’amour, tout était permis.

Quelques siècles plus tard, Anna Karenine se jetait sous un train par remords d’avoir Résultat de recherche d'images pour "Anna Karenine"abandonné sa fille et son mari. Les amants maudits de Belle du seigneur finissaient par se suicider, ne supportant pas la déchéance de leur couple. Le phénomène n’est donc pas nouveau mais, tout comme Shakespeare gardait une certaine réserve sur Roméo et Juliette et leur suicide commun, les actions de ces héros étaient rarement présentées comme positives. Qui souhaite vivre la vie d’Anna Karenine, femme condamnée par son époque et qui méprise son mari et ses valeurs chrétiennes ? Qui a envie de mourir à seize ans comme Roméo et Juliette ? (Hélas, le suicide des adolescents est bel et bien un phénomène inquiétant…)

tout cela est justifié car « Je fais ça parce que je t’aime ! »

Il eut été logique qu’avec l’évolution des mœurs et le taux de divorce grimpant, la littérature et le cinéma suivent une courbe un peu plus… moderne. Hélas, la régression est à l’ordre du jour, surtout dans la romance.

Utile de parler du fameux Fifty shades of grey et de faire remarquer que depuis, nous avons eu bien pire ? De Christian Grey, qui achète une voiture à Anastasia car il estime que la sienne est dangereuse, à Gedeon Stark (Crossfire), qui fait tracer le portable d’Eva (notez l’originalité des noms, au passage) sans son accord, tout cela est justifié car « Je fais ça parce que je t’aime ! ».

C’est bien là où le problème se pose, selon moi : l’amour n’excuse pas tout. L’amour n’est pas la solution. Parfois, même, l’amour est le problème. Et il est tout de même étonnant que ce soit si bien accepté.

Que penser de l’accroche du roman Haker : « il ne demande jamais, il se sert », où il n’est JAMAIS question de consentement mais où, là encore tout est justifié par le sempiternel « ooohh mais j’ai tellement envie de lui ! ».

Le sommet des livres qui me sont tombés sous les yeux (car je n’ai, heureusement pas tout lu), reste l’insipide trilogie Panama où, à la minute où le héros rencontre l’héroïne, il lui interdit de manger des gougères sous prétexte qu’elle va prendre du cul, (heu… Une claque ?) et lui colle la main sous la jupe environ dix minutes après. Vous direz que cette trilogie m’obsède beaucoup trop et vous aurez raison, mais là encore, l’éternel argument : « Je suis amoureuse. J’ai envie de lui. »

J’ai adoré le livre de notre Valéry K. Baran nationale, (et ceci sans forfanterie aucune), Mariée…mais avec qui ? car, outre son côté interactif, la description très fine des personnages et l’histoire distrayante, sans être mièvre, Rose est très lucide sur sa libido débordante et les ennuis qu’elle lui crée : oui, Rose aime le sexe, se retrouve parfois dans des situations embarrassantes, mais elle le sait et assume. C’est également le cas des héros de Pas assez de toi.

parfois même, l’amour est le problème

De la même façon, mes personnages, le groupe de rock VersusJames, se comportent très souvent, (majoritairement, d’ailleurs), comme de parfaits crétins, à cause de leur libido et de leurs sentiments, parfois excessifs, en particulier Nathan Turner. J’ai d’ailleurs à ce niveau, commis un roman d’un pessimisme total : généralement, le héros ou l’héroïne a un passé éprouvant, (je pense notamment aux deux héros de Archer’s voice), a dégusté dans sa vie, mais il rencontre l’homme ou la femme de sa vie et dans la foulée, réalise ses rêves par miracle, après les inévitables rebondissements de « la scène V de l’acte IV », pour faire de nouveau référence à la tragédie. Dans le cas de Nathan Turner, il a eu une jeunesse épouvantable, il rencontre l’amour de sa vie et réalise ses rêves… et c’est encore pire !

L’amour n’excuse pas tout. L’amour ne justifie pas tout. L’amour n’est pas la solution : parfois même, l’amour est le problème, et les problèmes psychologiques (car, clairement, les héros de romance en sont bourrés jusqu’à la garde) ne se résolvent pas en étant amoureux fous. Imagine-t-on Christian Grey chez le psy suivant une vraie thérapie ? Non, pas plus qu’on imagine Anastasia prenant enfin conscience que les habitudes sexuelles de Christian Grey sont bien moins graves que sa tendance à la tyrannie. Tout expliquer par le fait que sa maman était brune et prostituée… eh bien, dans le genre psychologie de comptoir, ça se pose là. Christian Grey, comme Gedeon Stark, comme Esteban Cruz, ont un point commun : ils sont RICHES. Très riches et considèrent que s’ils veulent une femme, ils la prennent, faisant cruellement écho à l’actualité récente. Loin de moi l’idée de rendre les auteurs/trices des méfaits de ces hommes de pouvoir, sûrs de leurs bons droits mais les faits sont là.

Un panneau drolatique circule sur les réseaux sociaux : 50 nuances de grey, c’est glamour parce que le mec est riche et a un hélicoptère. S’il habitait une caravane, ce serait un épisode d’Esprits criminels. Drôle, certes, mais surtout cruellement vrai.

Certes, ce n’est pas moins vrai, (voire pire) dans les romans M/M. Comme le signale fréquemment Jason Crow ici même, le viol n’est pas un acte d’amour. Dans un de ces romans, dont un extrait a été partagé, figure cette phrase, ô combien révélatrice : « Ne pose pas la question à ton cerveau, mais à ton cœur ».

Si le type refuse la capote, emploiera-t-il le même argument ? « Fais-moi confiance, ne pose pas la question à ton cerveau, mais à ton cœur ? »

Dans la vie, il est tout de même préférable de poser la question à son cerveau. Voire de laisser son cerveau y répondre. Après tout, la mission première du cœur est de pomper le sang, pas de répondre à des questions.


Marlene Jones

Marlene Jones est une auteure de romans M/M publiée aux éditions Textes Gais, L’Ivre Book, Evidence et Belphégor.


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Avertissement : une longue histoire

 

Dangereusement Heureux – Pénétration manuelle avec protection de latex et consentement oral

EXTRAIT
Dangereusement Heureux

Auteur : Varian Krylov
Éditions : Auto-édition

Je ne lui dis pas non, même si rien que l’idée me paraissait franchement horrible. Clinique, anatomique, invasive et un peu sadique. Je ne sais pas ce que j’avais imaginé que nous pourrions faire au lit ensemble, excepté peut-être se masturber mutuellement et, éventuellement – j’avais fantasmé dessus et étais presque certain que j’aurais aimé – le baiser, mais être pénétré de cette manière ne m’avait même pas effleuré et, tout à coup, mon corps devint rigide, prêt à se défendre avant même qu’il n’ait touché un seul muscle.

Il se rallongea très lentement, mais pas complètement sur moi, juste pour murmurer à mon oreille.

— Me fais-tu confiance ?

Je croassai un faible « oui », comme si un serpent s’était enroulé autour de ma gorge et serrait ses anneaux, essayant de m’étouffer progressivement.

— Ce n’est pas une question pour ton cerveau, Aidan. C’est une question pour ton cœur. Tu y as pensé et tu as dit « oui ». Mais que ressens-tu ? Peux-tu me faire confiance ?

J’essayai d’oublier l’image d’une main gantée de latex qui sondait ma cavité anale pour revenir à nous, à cette chambre chaleureuse, à ce que j’avais ressenti lorsqu’il m’embrassait, me touchait et me regardait.

— Oui.

— Alors, je vais faire très attention à ne pas gâcher cette confiance.

— D’accord, dis-je.

Extrait soumis par : Kate Lyna.